L’économie américaine est-elle à bout de souffle?

L’économie américaine est-elle à bout de souffle?

Pierre Gave, de la société Gavekal Research a exposé ses vues macroéconomiques à l’occasion d’une présentation organisée par la société de gestion Notz Stucki à Genève.

La société Gavekal, spécialisée en recherche économique et financière, est connue des spécialistes du milieu pour ses vues s’écartant régulièrement du consensus et offrant dans le cas présent une vision beaucoup moins idyllique de l’Amérique selon Trump telle que décrite dans notre article de la semaine dernière.

Le marché américain a fortement rebondi suite à l’élection de Donald Trump, alors que de nombreux experts prédisaient une descente aux enfers. Le projet du nouveau président de rendre au pays sa grandeur semble donc avoir trouvé une oreille attentive du côté des investisseurs. Mais qu’est-ce que la grandeur ? Large question mais en la réduisant au « simple » côté économique, la croissance constituerait assurément un des éléments de réponse.

Pierre Gave

Comme l’a expliqué Pierre Gave, la croissance peut arriver de 2 manières. Soit par l’augmentation de la population, soit par l’augmentation de la productivité. Vu la faible natalité dans les pays développés, seul l’axe de la productivité reste envisageable. La question est donc de savoir si les Etats-Unis seront en mesure d’augmenter leur productivité.

Dans l’ensemble, ces dernières années, l’Amérique a fait face à un énorme déficit en termes de dépenses d’infrastructures ou d’investissements industriels. Sur ce point, l’expert relève que les politiques de taux très bas n’ont historiquement jamais favorisé l’investissement mais ont uniquement contribué à faire augmenter le prix des actifs financiers et immobiliers et à maintenir en vie artificiellement des sociétés qui n’étaient pas financièrement viables.

Par ailleurs, les grandes sociétés américaines qui investissent le font de plus en plus à l’étranger, ce qui n’a donc aucun effet bénéfique pour la croissance domestique. A cela, il faut ajouter un cadre réglementaire de plus en plus strict ainsi qu’une fiscalité de plus en plus complexe, les deux étant peu favorables aux affaires. Sur ces points, les réformes envisagées par le nouveau président pourraient améliorer la situation.

Dès lors, si l’on combine un allègement de la taxation (moins de rentrées fiscales) à une relance par les plans d’infrastructures (augmentation des dépenses), il devient évident que l’endettement du pays ne pourra qu’augmenter et que la question suivante sera de voir qui sera acheteur de la nouvelle dette émise. S’il apparait que ce ne sera pas la Fed, ni les ménages américains, il faudra se tourner vers l’étranger. A priori, les investisseurs étrangers seront attirés par les taux plus élevés offerts en dollar et la demande maintiendra le niveau de la devise américaine.

C’est là qu’apparait la grande contradiction de ce plan, puisque les taux et la devise soutenus par les acheteurs étrangers auront un impact direct négatif sur la balance des paiements et le PIB américains. Or, un PIB en baisse est synonyme de baisse de croissance et la conséquence directe en est la montée du chômage. Pas vraiment de quoi rendre aux Américains un quelconque sentiment de grandeur.

Ces propos sur un dollar fort doivent cependant être nuancés par le fait que la devise américaine est déjà fortement surévaluée par rapport aux autres devises majeures sur base de la parité de pouvoir d’achat et que le président Trump lui-même milite pour un dollar plus faible à coups de tweets.

Le dollar restant néanmoins la principale devise mondiale, il est intéressant d’envisager différents scénarios. Ceux qui pensent que le dollar peut encore se renforcer devront favoriser les petites capitalisations américaines. Par contre ceux qui pensent que le dollar devrait baisser favoriseront plutôt les actions européennes et asiatiques, d’autant plus que les marchés d’actions de ces 2 régions n’ont pas autant rebondi que le marché américain.

La devise américaine n’est cependant pas le seul facteur à prendre en compte. Le Brexit reste une grande inconnue même si jusqu’à présent les marchés n’ont pas spécialement mal réagi. Les élections françaises constituent également pour Pierre Gave le risque le plus important. La Chine a renoué avec la croissance – qui devrait rester modeste – mais l’endettement des ménages a augmenté et la santé des banques s’est quelque peu détériorée. La devise chinoise devrait rester stable vu le désir du régime d’en faire une monnaie de réserve pour toute la région. Le seul risque serait un dollar qui baisse trop et oblige les autorités chinoises à aligner leur propre devise afin de ne pas trop perdre en compétitivité.

Afin de résumer ses vues et de les mettre en pratique, Pierre Gave a proposé quelques idées d’investissement. Pour la dette émergente, Inde, Chine et Mexique sont à favoriser. En ce qui concerne les actions, les titres de la Zone Euro devraient donner des résultats d’autant meilleurs que les investisseurs ont tendance à surestimer le risque politique. En Asie, regarder du côté de Hong Kong et jouer les thèmes de la consommation et du tourisme en Chine. En termes de secteurs, revenir sur les financières, la robotique et la défense.

Et pour terminer, la grande question : sommes-nous à la fin d’un rebond cyclique…

… ou au début d’un marché haussier séculaire ?

 

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