Quand c’est évident, c’est évidemment faux – Coup de gueule du jour

Quand c’est évident, c’est évidemment faux – Coup de gueule du jour

Le titre de cette chronique peut paraître pompeux, mais c’est une phrase avec laquelle je vis depuis l’an 2001... En ce temps-là, j’avais un vrai métier: j’étais hedge fund manager. Je gérais un fonds long/short qui avait une performance plutôt pas mal, mais qui n’était pas assez “gros” pour intéresser les grands du monde de l’investissement. Quand je dis “les grands”, je veux dire les types que l’on a désignés pour faire de la sélection, mais qui n’ont jamais géré quoi que ce soit eux-mêmes.

Chronique publiée dans le magazine Banco du mois d’octobre 2017 (N°112)

 

 

 

L’Audio :

Mais je m’égare, loin de moi l’envie de vous faire ressentir ma frustration. Je voulais plutôt vous parler de l’expression “quand c’est évident, c’est évidemment faux” qui a pris tout son sens ces derniers mois, bien que nous prenions largement soin de l’ignorer, pour avoir l’air moins ridicule.

Oui, parce que forcément, souvenez-vous qu’il n’y a pas si longtemps que ça, il était “évident” – par exemple – que le pétrole allait tomber à dix dollars. Les stars de l’analyse et de l’économie pétrolière, avaient tous ressorti leurs bouquins et les théories apprises lorsqu’ils portaient des culottes courtes pour nous expliquer par A + B que le baril ne pouvait aller ailleurs, voire plus bas, pour les plus pessimistes.

Depuis, le baril est remonté. Mais on continue de payer ces “stars” 30’000 dollars par mois parce qu’elles ont des opinions. Personnellement, j’ai aussi des opinions, mais tout le monde s’en fiche parce que je ne bosse pas pour Goldman Sachs ou Jean-Pierre Morgan ou Morgan Stanley. D’ailleurs, je ne bosse pour personne – au cas où vous avez besoin de moi, vous pouvez appeler BANCO. Un chroniqueur ex-trader qui a un avis sur tout, ça peut toujours servir.

Tout ça pour vous dire qu’en plus du pétrole qui va à 10 dollars et qui n’y est jamais allé, il était aussi “évident” que cette année 2017 allait être pourrie comme jamais. D’ailleurs, les quelques personnes qui ont osé prédire que le S&P500 toucherait 2’500 d’ici la fin de l’année ont été internées sans autre forme de procès, parce qu’il fallait évidemment être aussi débile que Trump et Kim réunis pour croire que ça allait monter encore.

Il était donc “évident” que si le mois de janvier était pourri, le reste de l’année le serait aussi. Mais le mois de janvier n’a pas été pourri et on s’est dit que c’était un coup de bol. Toutes les stars de la finance ont commencé à défier à la télé pour dire que ça ne pouvait pas durer. Mais ça a duré.

Arrivés au mois de mai, l’évidence du proverbe “sell in May and go away” s’est imposée à tous. Il valait mieux ficher le camp pour ne pas voir ce que l’on avait raté. On y a bien cru un moment, mais à la fin du mois on était quand même plus haut qu’au début (et on y est toujours).

Ensuite il y a “évidemment” eu le rallye d’été. Ca, on ne peut rien y faire. Et nous voilà arrivés aux deux pires mois de l’année: septembre et octobre. On le sait tous, c’est la saison des krachs, et à nouveau, c’est évident que l’on ne va pas s’en remettre. Et pourtant, on a passé les 2’500 points sur le S&P500 et les types que l’on avait internés au début de l’année ont été libérés s’ils promettaient de se taire.

Tout ça pour vous dire que j’en ai marre. J’en ai marre d’entendre ces théories à deux balles qui prédisent tout et n’importe quoi, qui se présentent comme des évidences et qui ne paient jamais la facture à la fin. J’en ai marre de ces “experts en finance” à qui on ne demande pas de bilan, parce qu’on se contente de leurs diplômes. J’en ai marre de voir que CNBC ne reconvoque jamais ces types pour justifier leurs erreurs et le fait qu’ils ont eu 100% faux, si ce n’est plus.

Surtout qu’entre deux, ils ont acheté une maison à Cologny et un chalet à Verbier. Alors quand j’entends depuis la rentrée scolaire que le marché va se péter la figure, tout comme j’entends de- puis le début de l’année qu’atteindre les 2’500 points est utopique, je me mettrais volontiers à casser de la vaisselle ou des guitares – sauf que, me concernant, la vaisselle est plus plausible. D’où mon envie de hurler “quand c’est évident, c’est évidemment faux”. Longue vie au bull market et à poil les shorts!

Mon CV est disponible sur le site Investir.ch pour ceux que ça intéresse.

Thomas Veillet
Fondateur du site (Investir.ch, pas Google, hélas)

J'aime cet article 100

Annonce

Il n'y a aucun article dans cette catégorie.

Nos partenaires