Bitcoin: entre spéculation et technologie du futur

Bitcoin: entre spéculation et technologie du futur

Cette année, la valeur de Bitcoin a fait un bond de 1500%.1 Toutefois, comparé à celui des actions et des obligations, le marché demeure minuscule. Avec quelque 200 «Initial Coin Offerings», les cryptodevises suscitent pour l’heure énormément d’intérêt et les investisseurs qui souhaitent en tirer profit sont de plus en plus nombreux.

Par Kevin Gardiner, Global Investment Strategist, Rothschild Wealth Management.

 

Kevin Gardiner

Si le nombre possible de Bitcoins est limité, celui des cryptodevises en revanche ne l’est pas. Elles ne sont pas porteuses d’intérêt. Il est vrai qu’en ce moment, les banques ne paient pas d’intérêt, mais elles le referont un jour. Contrairement à l’or, les cryptomonnaies ne séduisent pas par leur éclat et ne sont à l’abri ni d’un effondrement social ni d’une attaque atomique. Elles n’ont d’attirant que leur prix en augmentation, raison classique pour les investisseurs de se joindre à la spéculation. Il se peut que le prix augmente encore fortement tout comme il peut s’effondrer. Un motif de prudence donc dans la consommation des investissements en crytomonnaies. En effet, le profil de Bitcoin rappelle à s’y méprendre celui d’une bulle typique et les cryptomonnaies pourraient parfaitement devenir la prochaine.

 

Bitcoin – une technologie révolutionnaire?

De quelque manière qu’évoluent les prix, la technologie quant à elle pourrait mener le secteur de la finance vers de nouvelles voies. La première cryptomonnaie, Bitcoin, a vu le jour en 2009, en partie en réaction à la crise financière mondiale. Une monnaie est conçue comme sauvegarde des valeurs, unité de compte et moyen de paiement. Comme moyen de paiement, Bitcoin est véritablement fascinant. Par contre, la cryptomonnaie ne peut pas servir de sauvegarde de valeurs. La blockchain (chaîne de blocs) ou distributed ledger economy sur laquelle reposent les nouvelles monnaies a été développée comme alternative aux administrations centrales, banques et autres intermédiaires régnant sur le système moderne de paiement. Elle facilite les paiements anonymes sur Internet et établit un registre sécurisé et décentralisé qui ne demande ni notifications ni contrôles officiels.

Aujourd’hui, les banques de compensation et autres institutions financières enregistrent de manière numérique toutes les transactions sur un grand livre (key ledger). La blockchain se dispense de cet intermédiaire: un petit nombre de notifications potentiellement non sécurisées est remplacé par un nombre incroyablement élevé de notifications décentralisées qui ne peuvent guère être coordonnées à des fins frauduleuses. La notification décentralisée provient d’une communauté d’utilisateurs qui regroupent les transactions dites de minage en des blocs de données. Chaque bloc est rattaché au bloc précédent et il se forme ainsi une chaîne chronologique.

Les transactions n’étant pas contrôlées par une autorité centrale, la sécurité du système repose sur le nombre de participants. Les membres du réseau doivent arriver à un consensus avant qu’un nouveau bloc soit pris en compte. Certains dispositifs assurent qu’il est impossible de manipuler les blocs existants a posteriori. Ce système est censé empêcher toute modification.

Le minage demande de fortes capacités informatiques. Les membres ajoutant de nouveaux blocs à la chaîne sont récompensés par des Bitcoins. De même qu’aux États-Unis, on a fait franchir des chaînes de montagnes à la fibre optique dans l’intention d’accélérer la négociation de titres en mettant en place des connexions directes, des entreprises se sont créées – certaines dans des endroits pour le moins inattendus – qui se consacrent au minage de Bitcoins jusqu’au nombre maximum de 21 millions décidé pour leur production. En Mongolie par exemple, l’électricité thermique bon marché se prête très bien au minage de Bitcoins. Ce que cela fait peser sur l’environnement et en frais informatiques est discutable. Selon une évaluation, l’obtention d’un seul Bitcoin consommerait autant d’énergie que tout un ménage américain en une semaine.

Étant donné les excès manifestes et le battage médiatique autour de Bitcoin, le potentiel pour une mutation radicale en matière d’enregistrement et de traitement des paiements ne devrait pas être négligé. Cette technologie est susceptible d’évincer les grandes institutions financières, de réduire les frais et d’augmenter la vitesse des transactions.

 

Investisseurs: la prudence est de mise

Cependant, pour les investisseurs intéressés, il n’est pas si facile d’investir en cryptodevises. Celles-ci n’étant pas porteuses d’intérêt et n’ayant pas de valeur d’utilité, leur valeur de marché ne peut être estimée. L’offre continue n’est attractive que dans la mesure où il existe une demande correspondante. Les développements les plus récents pourraient pointer vers une bulle spéculative. L’immatérialité numérique de Bitcoin représente un inconvénient par rapport à l’or qui est plutôt une valeur refuge.

Personne ne sait aujourd’hui qui finira gagnant dans la nouvelle technologie de la finance. Comme ce fut le cas dans le passé pour des innovations radicales – telles l’imprimerie, l’automobile ou Internet – peut-être serait-il plus sûr de soutenir non pas les investisseurs en puissance mais plutôt les utilisateurs, dont les frais diminuent grâce aux nouvelles technologies.


1. source: coindesk.com (au 11.12.2017)

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