C’est quoi l’inflation déjà ?

C’est quoi l’inflation déjà ?

La semaine semble démarrer sur les chapeaux de roues. Les futures sont en hausse de 0.4% - ce qui est tout de même exceptionnel au retour de week-end, l’Asie est en hausse – 1.5% à Tokyo, 1.5% à Hong Kong et même la Chine monte – la volatilité est revenue sous les 15%, d’accord, ce ne sont pas les 10% du mois de janvier, mais on est quand même moins mal barrés qu’en février et même le Bitcoin rebondit ce matin après s’être pris 20% dans la tête la semaine dernière. On dirait que c’est un lundi qui se va se passer sans accroc. Un peu comme vendredi dernier.

L’Audio du 12 mars 2018

En tous les cas, quand on voit ce qu’on voit. Quand on voit que le Nasdaq a battu des plus hauts historiques vendredi dernier, que certains titres des FAANG’s sont nettement, mais alors nettement plus haut que lors de la « Black Week » de début février et que l’indice des Semi-conducteurs – indicateur avancé devant l’éternel – a battu de nouveau records, on peut se demander : « mais ils sont où les Bears ? » et surtout, mais où est passée l’inflation ???

Oui, car il est vrai que depuis vendredi on n’oserait même plus en parler, de l’inflation. Il faut dire qu’en toute fin de semaine nous avons eu droit à nos fameux Non Farm Payrolls, autrement dit les chiffres de l’emploi américain. Mais dans le package que l’on nous délivre tous les premiers vendredi de chaque mois, il y a le nombre d’emplois créés, ce qui nous donne une idée de la « dynamique » de l’économie, mais aussi la « croissance des salaires ».

Alors la « croissance des salaires », c’est un truc d’habitude on s’en tape allégrement le coquillard, sauf depuis deux mois où c’est devenu l’obsession du trader moyen, puisqu’il a découvert que si les salaires étaient en croissance, c’était dangereux pour l’économie qui pourrait commencer à surchauffer et devenir « inflationniste » – obligeant du même coup notre bien aimée FED à monter les taux plus que de raison, ce qui aurait pour effet de stopper brutalement la croissance à coup de crampons juste en-dessous du genou là où y a pas de protège-tibias.

C’est d’ailleurs CE CHIFFRE qui a planté le marché début février. Si, si, rappelez-vous, au tout début du mois de février quand vos préoccupations étaient encore de savoir si il allait faire beau pendant la semaine de ski à la montagne, la croissance des salaires était sortie plus forte qu’attendue et le marché s’était fait démonter par les machines qui avaient déclenché des ordres de vente plus la volatilité montait et plus les ordres de vente déclenchaient.

Mais bon, la semaine dernière les économistes qui avaient bossé comme des fous sur le sujet avaient prévu 222’000 nouvelles créations d’emploi et ils se sont fourrés le doigt dans l’œil jusqu’au coude, puisque c’est sorti à 313’000 – ce qu’il y a de bien ce mois c’est qu’on ne peut pas leur reprocher (aux économistes) d’avoir raté l’objectif d’un tout petit peu, ils ont bien foiré le truc. C’est un peu comme le golfeur qui frappe sa balle sur le trou numéro 2, mais qui frappe dans la direction opposée au trou, il veut juste est sûr de se rater. Là, les économistes voulaient être sûr de faire faux dans leurs prévisions, ils ont donc dit n’importe quoi et ça a marché. On a donc raté les créations d’emplois de près de 100’000 – un stade de foot entier et demi à côté de la plaque, c’est pas mal.

Et en même temps LA CROISSANCE des salaires était bof… Rien à voir avec le mois passé. Plus d’inflation. Cou-couche panier l’inflation. En gros, vendredi était LA JOURNÉE PARFAITE… Un pays qui montre une économie en pleine forme et qui nous fait dire que l’on se fout carrément de la guerre économique que Trump tente de lancer et une croissance des salaires quasi nulle qui nous détend au niveau de l’inflation. On se demandait presque ce que l’on pouvait rêver de mieux.

À la fin c’est record historiques sur le Nasdaq, le S&P n’est plus qu’à 100 points des plus hauts et même l’Europe montait sauf l’Allemagne qui a publié des chiffres timorés sur leurs exportations et à voir Trump qui veut s’en prendre aux voitures allemandes, ce n’est pas encore gagné pour le DAX. D’ailleurs par moment on se demande si Trump n’est pas pote avec Ray Dalio qui est short sur l’Europe et les banques italiennes depuis des semaines.

En tous les cas, depuis vendredi 14h30, tout va très bien du point de vue économique, les peurs de l’inflation se sont calmées, la guerre économique ne semble pas trop perturber les intervenants, Trump n’a rien twitté comme conneries ce week-end et la Maison Blanche a confirmé qu’il allait rencontré Kim Jong Un et qu’ils allaient faire un 18 trous ensemble.

Tout va bien, à la fin du mois de mars nous serons à 3’000 sur le S&P500 et plus personne ne se souviendra de ce qui s’est passé en février, d’ailleurs ; il s’est passé quoi en février, mis à part les JO ???

Dans les nouvelles du jour, le Président Chinois a été autorisé à régner à vie. Il est intéressant de voir combien les pays qui sont récemment passés à la « démocratie » entre guillemets, sont tous en train d’autoriser leur Président à se représenter « à vie » et sont tous en train de supprimer soigneusement la concurrence de l’opposition. Pendant ce temps on parle et on reparle de guerre économique, le Président Trump veut s’en prendre aux voitures européennes, ce qui n’est pas franchement une surprise, en même temps, si tu veux une Mercedes et que t’es un rappeur américain, ça va vraiment te gêner de payer un peu plus cher ou tu va te contenter de rouler dans F-150 ? On peut se poser la question.

Et puis le feuilleton Broadcom-Qualcomm connaît un nouveau rebondissement puisque l’on s’autorise à penser dans les milieux autorisés qu’Intel serait sur le point d’avaler Broadcom. L’histoire ne dit pas s’ils veulent acheter Broadcom avant ou après qu’ils aient racheté eux-mêmes Qualcomm – histoire qui, je le rappelle, n’est pas terminée puisque les actionnaires de Qualcomm n’ont pas encore pu voter sur le sujet, la SEC ayant ouvert une enquête. En tous les cas, alors que le secteur des « chips » est au plus haut de tous les temps, ces multiples spéculations devraient encore donner un coup de fouet à l’ensemble et cela prouve aussi qu’Intel a peur de la concurrence et semble bien décidé à sortir les armes pour garder le pouvoir.

Autrement le Barron’s interview Ed Yardeni – un « bull » forever – qui estime qu’il n’y a toujours aucune raison de changer d’avis – on sent un vent de « bull market » ce matin c’est impressionnant. Comme si tout à coup, toutes les théories négationnistes de fin du monde et de krach boursier avaient toutes été oubliées au fond d’un carton. Le journal financier du dimanche voit aussi des opportunités dans le secteur des soupes, des clopes et de la bière, selon eux, Campbell Soups, Altria et Molson ne sont pas chers.

Tesla a annoncé qu’ils avaient fermé leur chaîne de production du modèle 3 pendant une semaine fin février. La « fermeture » de la chaîne était prévue et ils ont amélioré la technologie de production afin de produire plus et mieux, reste à déterminer si la nouvelle est bonne ou mauvaise, mais en même temps, dès que cela concerne Tesla, tout le monde trouve ça très cool. En plus dans la foulée Musk annonce qu’il va commencer à faire des « petits voyages » dès 2019 avec son vaisseau spatial qui doit aller sur mars à terme ou comment manager une boîte avec des annonces marketing en continuant à brûler du cash comme si ça ne coûtait rien.

Côté chiffres économiques ce lundi ça sera très très calme, mis à part le Budget Américain et la rencontre des Ministres des Finances européens, ça sera vide de sens. Pour le moment on a l’impression que la semaine démarre sous les meilleurs auspices, plus personne ne parle inflation ou hausse des taux, on est presque, je dis bien PRESQUE dans le même état de béatitude dans lequel nous étions à la fin du mois de janvier.

Il me reste à vous souhaiter une très belle journée, un très bon début de semaine et on se retrouve demain, comme d’habitude.

Thomas Veillet
Investir.ch

« Les Français m’agacent prodigieusement, mais comme je ne connais aucune langue étrangère, je suis bien obligé de parler avec eux. »

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