La stratégie militaire via Twitter, le poisson rouge, la girouette et la saison des résultats

La stratégie militaire via Twitter, le poisson rouge, la girouette et la saison des résultats

Hier, je me remémorais les principes de base de la stratégie d’investissement de Warren Buffet. Non, parce qu’à la fin, un des seuls qui a traversé ces 60 dernières années d’investissements sans broncher, sans paniquer et sans crier « au loup », « au secours » ou encore : « on va tous mourir dans d’atroces souffrances », c’est bien lui.

L’Audio du 13 avril

Je me disais donc qu’il y avait peut-être quelque chose à apprendre d’un type qui a acheté Coca-Cola au plus bas après le krach de 87 et qui n’a plus bougé une oreille depuis. D’un gérant qui croit au concept du long terme et qui ne brasse pas d’air tout azimuts en changeant d’avis toutes les trois semaines pour ne pas dire toutes les trois heures comme nous le faisons en ce moment.

Lors de cette journée d’introspection, en relisant les préceptes écrits dans la pierre par Warren Buffet à une époque ou les PC’s n’existaient pas et où internet n’était encore qu’un vague fantasme, pour ne pas dire un gros délire de film d’anticipation, je me disais que, quand même, des fois ça nous ferait du bien d’arrêter d’être ultra-connecté et de croire que les décisions d’investissements sont prises uniquement en consultant un compte Twitter ; celui de Donald Trump.

Lors de la séance de mercredi, le marché reculait parce que nous avions « peur que les Américains frappent en Syrie », surtout suite aux déclarations de Trump sur « Twitter », Trump qui disait aux Russes de faire « gaffe » parce « qu’ils arrivaient ». Le marché était en baisse là-dessus.

Si le marché baissait mercredi à cause de ça, hier il remontait avec le « Tweet » suivant : « Je n’ai jamais dit QUAND l’attaque contre la Syrie prendrait place ». C’est sur CETTE déclaration que les « experts » en stratégie militaire que nous sommes – après avoir suivit le cours sur Internet : « la stratégie militaire en 12 minutes » sur le site www.soyezmoinsidiot.com – ont donc décidé de racheter le marché parce que finalement ça allait bien se passer. Jusqu’au prochain « tweet » en tous les cas.

Ces comportements, dignes de la meilleure girouette du monde, me font encore une fois penser que nous avons une mémoire de poisson rouge et que depuis quelques temps, même pas mal de temps maintenant, nous avons perdu notre capacité de réfléchir en prenant du recul. Je me demande même si nous ne devrions pas revenir aux nouvelles financières sur papier, celles qui sortaient uniquement le lendemain et qui nous laissaient le temps de réfléchir avant d’agir, parce que soyons sincères, ces dernières années, nous agissons, nous réagissons et nous réagissons à nos propres actes avant de commencer même à réfléchir. Il y en a même qui ont carrément sauté l’étape réflexion – et ne sont plus que dans l’action, avec les conséquences et les conneries à répétition que l’on connaît.

En tous les cas, quand ce matin je vois que finalement entre mercredi et jeudi, les marchés ont perdu 1% et repris le même pour cent sur deux « tweets », je me demande quand même ce que peut bien penser « Sun Tzu » et son art de la guerre. Je me demande si du fond de sa tombe il réalise qu’en 2018 les Présidents préviennent leurs ennemis qu’ils vont les frapper « par surprise » directement sur un réseau social qui a pour logo un oiseau qui n’a même pas de pattes.

Quand on voit que l’on peut faire bouger un marché de 1% en brassant de l’air et en racontant n’importe quoi dans les médias, je reste tout de même abasourdi. Et puis visiblement c’est officiel, les décisions militaires se prennent directement dans les médias, puisque le génialissime faiseur de miracle qu’est le Président Français a tout de même déclaré que « la France frapperait la Syrie ‘en temps voulu’ » – entre le Président d’avant qui aurait pu qui n’a pas voulu, on a le Président de maintenant qui peut, mais qui pense que ce n’est pas le « moment » – des fois je me dis que si les alliés ne s’étaient pas bougé en 1944, le PSG et l’Olympique de Marseille joueraient en Bundesliga, le point positif serait quand même que les autoroutes ne seraient pas limitées à 130.

Bref, tout ça pour dire que les intervenants n’ont plus peur de la Syrie, ils ne tremblent plus à l’éventualité d’une attaque comme c’était le cas mercredi et on s’est donc retranché sur le fait que les chiffres du trimestre devraient être bons.

D’ailleurs BlackRock a publié de bons chiffres et Delta Airlines aussi. En revanche Bed Bath & Beyond ont fait un « profit warning » pour 2018 et perdaient 20% pour fêter ça. Le tarif printemps 2018 est donc affiché :

1) En cas de bons chiffres et de résultats supérieurs aux attentes le titre concerné pourra monter de 2%
2) En cas de profit warning ou de trimestre foiré, ou pire de révision à la baisse pour toute l’année à venir, le tarif de la baisse sera majoré à 20%.

La nouvelle IPO de la séance d’hier, c’était Zuora qui prenait 43% pour commencer, en Europe on faisait comme aux USA, on était soulagé par les annonces de Trump et comme on se décontractait, on se rabattait sur les nouvelles individuelles puisque l’on se remémorait soudainement qu’en plus des frappes militaires en Syrie, il y aussi une économie locale, surtout après la publication des Minutes de la BCE qui laissaient entendre qu’éventuellement peut-être Draghi et ses potes s’étaient mis d’accord pour réduire le soutien de la voilure à l’économie. L’abondance de l’utilisation du conditionnel dans les Minutes n’a pas perturbé les traders qui ont vu ça comme un signe que l’économie Européenne donne enfin des signes de vie.

Après on retiendra les chiffres pas terribles de Carrefour pour le premier trimestre 2018, des ventes en baisse à cause que les « conditions en Europe ne sont pas favorables » – visiblement le management de Carrefour n’a pas lu les « Minutes de la Banque Centrale Européenne ». Royal DSM en Hollande a augmenté ses objectifs sur l’année, comme quoi Royal DSM n’est pas dans la même Europe que Carrefour. Et puis on retiendra Sulzer qui annonçait qu’ils ne faisaient plus face à des sanctions aux USA et que dorénavant ils étaient libres de faire du business normalement Outre-Atlantique. 20% de hausse pour fêter ça.

Mais le vainqueur de la journée, ça reste quand même le Bitcoin qui a littéralement pété les plombs alors que l’on avait presque commencé à l’enterrer et peut-être même commencé à rédiger une épitaphe : « Ci-gît le Bitcoin, essayé pas pu ». Eh bien non, la Cryptomonnaie, que dis-je l’ensemble des Cryptomonnaies ont donc pris un ascenseur express et ont toutes bondit de 10 à 30% durant la séance d’hier.

Difficile de trouver des raisons, mais selon certains stratèges locaux, il y avait plus d’acheteurs que de vendeurs et les figures techniques ont toutes cassé à la hausse, on parle de « short covering » massif, mais vu la transparence du truc, il est difficile d’avoir des réponses claires. Une star de la finance disait ce matin : « si le Bitcoin va à 10’000 d’ici la fin de la semaine, cela signifiera que le Bull Market est de retour, dans le cas contraire, ça ne sera que des couvertures de short et ça re-baissera ».

En fait les Cryptomonnaies c’est facile, c’est soit ça monte, soit ça baisse. Un peu comme la bourse en fait. Des fois ça fait rien mais c’est plus rare.

L’or rebaissait hier, il se traite à 1343$. Forcément, pas de guerre, pas de hausse. Le pétrole revenait sous les 67$. Forcément, pas de guerre, pas de hausse.

Ce matin l’Asie est partagée. Le Japon est en hausse de 0.6%, mais le reste s’effrite gentiment, surtout depuis que les chiffres du « Trade Balance » chinois sont sortis et que, pour une fois, chose très rare ; la Chine annonçait un déficit de 5 milliards, alors que d’habitude c’est un excédent. Les exportations étaient en baisse de 2.7% et c’était complètement inattendu, sans compter que l’avenir des exportations est sombre compte tenu de la guerre économique qui bourgeonne entre les USA et les Chinois, même si on n’en parle plus depuis 48 heures et les « tweets » de frappes sur la Syrie.

Dans les nouvelles super-excitantes de la journée, on apprend que Trump a désigné une « task force » pour enquêter sur les «services financiers de la poste ». Vous imaginez le job de rêve ???

– Tu fais quoi comme métier ?
– Je fais partie qu’une « task force » nommée par le Président
– Whaou ! T’es dans les forces de l’ordre ? Tu bosses avec le FBI, le NCIS, la CIA, la NSA ?
– Non, je contrôle les services financiers de la poste pour voir si tout fonctionne bien.

Ça fait rêver. Franchement avant y avait James Bond et maintenant y a « Membre de la task force de la poste ».

Autrement dans le FT on apprend que Trump va discuter des options sur la Syrie avec « ses alliés ». C’est intéressant à plusieurs niveaux ; tout d’abord Trump a encore des alliés. Ensuite si c’est avec Macron, c’est pas gagné à la vitesse où la France se décide à agir – d’ailleurs Macron n’a pas encore décidé si il allait envoyer des troupes en Normandie pour aider au débarquement de juin 44. Et c’est aussi intéressant de voir que la plupart des décisions militaires du moment sont affichées en première page des journaux AVANT qu’ils ne fassent quoi que ce soit. Ça serait tout de même étonnant que dans les cours de West Point on ait carrément supprimé les cours sur « l’effet de surprise ».

On parle également des chiffres des bancaires qui vont sortir aujourd’hui et dans les jours à venir, du nouveau patron de Volkswagen, de Lagarde qui met en garde tout le monde comme tous les trois mois quand elle passe à la télé et de Pompeo, le nouveau chef de la CIA qui veut restaurer la « diplomatie américaine » – la CIA qui veut restaurer la « DIPLOMATIE » – c’est bizarre, mais il y a un truc qui sonne faux. Au passage Pompeo s’est aussi défendu d’être plus à droite que Bolton. C’est en effet impossible, à la droite de Bolton, la place est déjà prise, il y a Hitler.

Le Wall Street explique que la Maison Blanche va continuer à mettre la pression sur la Chine au niveau des accords économiques. Sans surprise, la prochaine proposition viendra sur Twitter, nouveau canal officiel de communication international. Et le Barron’s prévient que Facebook fait face à une nouvelle « death cross », croisement des moyennes mobiles de 50 jours et des 200 jours qui pourraient éventuellement signaler un changement de tendance majeur. Configuration technique similaire à celle du Bitcoin depuis quelques jours, configuration prise à contrepied par les 15% de hausse d’hier. Le journal propose également 9 titres « risqués » pour jouer le rallye sur le pétrole, ils pensent également que les tensions de guerre économique s’estompent et que le deal T-Mobile/Sprint n’est pas encore fait.

Pour le moment les futures sont en baisse de 0.3%, on ne sait jamais, Trump a laissé entendre qu’il évaluait 8 cibles potentielles en Syrie et que la décision pourrait tomber « prochainement », ce qui ne veut rien dire. On espère juste qu’il nous préviendra à quelle heure il frappera – Sun Tzu, si tu nous écoutes, pardonne-nous – côté chiffres économiques nous aurons le CPI en Germanie et en Espagne, il y aura aussi le Trade Balance en Europe après celui tout pourri des Chinois, puis les JOLTS aux USA, ainsi que la confiance du consommateur version Michigan, on saura enfin quand est-ce que l’Américain moyen achètera sa prochaine yaourtière ou son prochain aspirateur de table.

En attendant notre prochaine leçon de stratégie militaire ou en attendant de voir combien de fois nous sommes capable de tourner la veste dans nos visions d’investissement d’ici lundi, je m’en vais vous souhaiter un excellent week-end et un très bon vendredi !

On se retrouve lundi prochain pour une nouvelle partie de pile ou face et d’analyse financière via Twitter.

Thomas Veillet
Investir.ch

« All people are born alike. Except Republicans and Democrats. »

—Groucho Marx

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