La positive attitude et la peau de l’ours

La positive attitude et la peau de l’ours

La semaine dernière aura été bonne. Non seulement elle aura été bonne pour les bourses mondiales, mais en plus d’avoir été bonne pour les bourses mondiales elle aura aussi été bonne pour le moral des investisseurs. En tous les cas c’est ce que laisse supposer la presse du week-end, mais également la «photo instantanée » du marché.

L’Audio du 14 mai 2018

Pas besoin d’avoir fait 35 ans d’analyse technique pour constater que le graphique du S&P500 a cassé sa tendance baissière. Depuis le mois de février nous nous trainions dans un espèce de trading range latéral qui nous angoissait. Nous avions même été tester la moyenne mobile des 200 jours plusieurs fois – trois fois, pour être exact – et nous en sommes revenus vivants. Du coup, dorénavant nous avons un « triple bottom », qui, pour éviter toute traduction foireuse, devient un support technique fort intéressant pour toute correction future, pour autant qu’il y en ait une ces prochaines semaines, tellement l’environnement semble avoir soudainement changé de couleur…

Oui, il faut reconnaître que ces derniers temps nous nous étions installés dans une espèce de «certitude absolue » où tout le monde savait que la fin du « Bull Market » était proche et que ce n’était qu’une question de temps avant que le marché s’effondre définitivement. Les arguments pour expliquer ces attentes étaient nombreux et ne manquaient pas de nous convaincre que ça allait forcément finir par nous « péter à la figure ». Mais, comme d’habitude, quand c’est évident, c’est évidemment faux.

Il y a une semaine jour pour jour, je n’aurais pas écrit ça, mais il est vrai que ces derniers jours, le « mood » semble avoir changé, si la météo était corrélée, j’aurais eu tendance à dire que c’est l’effet printanier, mais comme c’est carrément l’inverse, il faudra trouver autre chose.

Non, depuis une semaine, c’est un peu comme si les intervenants ne trouvaient plus de raison de paniquer, plus de raison de justifier une baisse éventuelle programmée. La plupart des arguments qui poussaient vers un scénario catastrophe se sont lentement étiolés et ne semblent plus aussi valables qu’ils l’étaient encore au milieu du mois d’avril.

Si l’on reprend rapidement le menu des réjouissances annoncées, on se rendra rapidement compte que rien n’a été délivré. On craignait des déceptions du côté des chiffres trimestriels. Que nenni. Au contraire, mis à part la digestion de certaines annonces, le marché a été impressionné par la qualité des chiffres annoncés, il y a même des analystes qui commencent à dire que le prochain trimestre pourrait également être excellent, tant la croissance semble solide – alors que TOUT LE MONDE était convaincu que c’était le dernier « BON » trimestre.

Il y avait aussi la crainte de voir une inflation galopante toucher les USA, les taux exploser à la hausse et le rendement du 10 ans américain passer au-dessus des 3%. Rappelez-vous, l’entrée sur le « territoire des 3% » était vécu comme une angoisse psychologique profonde par le marché il n’y encore pas si longtemps.

Puis nous sommes allés au-dessus des 3%. Et nous en sommes revenus. Nous n’avons pas assisté à des scènes de panique, il n’y a pas eu d’invasion de rats dans les villes et aucun trader n’est mort de suffocation pour avoir traité trop longtemps au-dessus des 3% sans oxygène. Aujourd’hui c’est carrément rentré dans les mœurs et tant que nous n’allons pas à 4% de rendement, tout le monde s’en fout. Sans compter que la FED est sereine et son boss l’a encore répété vendredi dernier ; la croissance est forte, l’inflation est maitrisée, l’économie est en parfaite santé et Alice au Pays de Merveilles, c’était nul à côté de là où nous sommes aujourd’hui. Sauf que nous n’avons pas encore de lapins qui nous encouragent à acheter le marché, seulement des Bulls et c’est moins mignon.

Et puis il y avait la guerre économique, mais ça, plus personne ne s’en inquète, puisque visiblement Trump fait ce qu’il veut et même les Chinois lui obéissent. On a eu peur pendant quelques jours, mais actuellement, tout est dans les prix et plus personne n’en parle si c’est n’est pour dire que ; « finalement, Trump, il est pas si nul ». Je dis nul, parce que c’est plus poli, en général, on dit : « finalement, Trump, il est pas si con », mais c’est vulgaire. Alors, Trump il est pas si nul.

Et pour terminer, la dernière angoisse c’est les risques « géopolitiques ». Pour être honnête, le risque avec eux, c’est qu’ils peuvent nous exploser au visage à tout instant. Ceux que l’on voyait venir, mais aussi et surtout, ceux que l’on n’avait pas vu venir. Nous sommes donc toujours dans l’expectative. Mais si l’on regarde ce que l’on a traversé ces derniers mois, on se dit que mis à part le Mexique qui envahit le Texas, on ne voit pas trop ce qui pourrait arriver.

Les tensions entre la Corée du Nord et les USA ont disparu, Trump va aller rendre visite à Kim en juin et ensuite ils vont s’inscrire ensemble au Prix Nobel de la Paix. Les USA ont le droit de bombarder la Syrie quand ils veulent, tout le monde s’en fout. Pareil pour Israël, puisque depuis une semaine ils ont installé un stand de tir directement sur les positions iraniennes en Syrie et que, là aussi, tout le monde s’en tape. Les USA peuvent se retirer de tous les accords de non-agression signés par Obama, personne ne s’en inquiète et à la limite, on trouve ça cool. Et puis Poutine est trop occupé à mettre sa dictature personnelle en place pour s’inquiéter de ce qui se passe ailleurs.

Non, franchement quand on regarde tout ce qui nous « stressait » il y a encore trois mois, on dirait que tout est sous contrôle et que rien ne peut nous arriver. Les marchés ont retrouvé des couleurs, la tendance baissière est cassée, la voie est ouverte pour retourner chercher les plus « hauts historiques ». Sans compter que le Dow Jones a aligné six séances de hausse consécutives, chose qui n’était plus arrivé depuis 2017 et la volatitilé, ça fait 7 séances que ça baisse.

LE GROS STRESS que nous avions depuis février est en train de s’en aller et ce matin la VIX est à 12.5%, bien loin des 25% qui nous angoissaient lorsque la communauté financière avait pris subitement conscience qu’après 2.95% de rendement sur le 10 ans, il y avait successivement 2.96%, puis 2.97, 98, 99 et finalement 3%… OH MY GOD, OH MY GOD, OH MY GOD… Mais heureusement, tout ça c’est fini. C’est un peu comme quand on s’habitue à vivre avec quelque chose qui fait mal, la douleur devient supportable petit à petit.

Non, je dis aussi ça pour les supporters lausannois, on s’habitue assez rapidement a être en « challenge league », c’est chiant, mais on s’habitue. Bon, c’est pas que la « Super League » est très excitante en Suisse, alors en-dessus ou en-dessous, ça ne change pas grand-chose à la fin.

Mais là n’est pas le sujet.

Tout ça pour vous dire que depuis vendredi dernier, une certaine tendance négative a cédé. Les angoisses qui nous pesaient sur le moral semblent un peu mieux gérées. Et même si tout n’est pas réglé, on peut même imaginer que l’on va ressentir comme un vent de positivisme sur les marchés. Mon esprit chagrin et contrariant va forcément s’en inquiéter parce qu’il n’aime pas aller là où la foule va, mais toujours est-il que ce matin les futures sont déjà en hausse de 0.3% et on peut imaginer que la belle fin de semaine dernière va se prolonger sur celle qui commence.

Ce matin le Japon avance de 0.25%, Hong Kong de 1.35% et la Chine de 0.5%. L’or ne fait rien à 1320$ et le pétrole n’est pas encore à 300$, mais ça ne saurait tarder. Pour l’instant, il consolide sur les 70$.

Dans les nouvelles du jour, le Barron’s revient sur la thématique des « rachats d’actions », ou des « shares buy-back » comme on dit là-bas. Le journal revient sur le fait que si vous cherchez une seule raison pour acheter des actions cette année, ça pourrait-être celle-là… Selon les estimations, en 2018, 650 milliards pourraient être dévolus aux rachats d’actions par les membres du S&P500, y compris les 100 milliards déjà annoncés par Apple. La thématique est connue, mais pourrait encore fonctionner en 2018, surtout si c’est pas encore cette année que le krach aura lieu et que le Bull Market n’est pas vraiment mort.

On apprend aussi que le merger entre Fuji et Xerox est mort, qu’Apple et Samsung vont encore se retrouver devant un juge pour une histoire de patente, qu’HSBC annonce avoir bouclé le premier deal de « trade finance » via le Blockchain – comme personne n’a encore vraiment compris le concept du Blockchain, ça nous fait une belle jambe. En Italie, on dirait qu’ils sont en train de trouver un accord entre l’extrême gauche et l’extrême droite, on se réjouit déjà de voir la gueule du Premier Ministre, l’arrière petit-fils de Mussolini croisé avec un descendant immigré du Che.

Tesla a encore perdu des « top managers » et le Wall Street Journal s’en inquiète, surtout si Tesla venait à avoir besoin de pognon après l’été et Bolton, le sympatique descendant d’Hitler qui fait office de Conseiller à la Sécurité Nationale auprès de Trump, menace de sanctions tous les pays ou sociétés qui continueraient à travailler avec l’Iran après la dénonciation de l’accord sur le nucléaire.

Il faudrait peut-être qu’à l’occasion quelqu’un prenne le temps de lui expliquer qu’il est le Conseiller à la Sécurité Nationale des USA et pas du reste du monde. Ça ne sera pas simple, mais on peut essayer.

Il n’y aura pas de chiffres économiques aujourd’hui et cette semaine il y aura encore 12 sociétés membres du S&P500 qui publieront, dont Cisco, John Deere et Campbell Soups. C’est excitant, n’est-il pas ?

En attendant, on dira que « TOUT EST DANS LES PRIX » et que rien ne peut plus nous arriver. À moins que Bolton déclare la guerre à Poutine dans l’enthousiasme de sa fonction. D’ici-là, je vous souhaite un bon lundi, pour autant qu’un lundi puisse être bon et on se retrouve demain à la même heure et au même endroit et si ce matin vous ne savez vraiment pas quoi faire, vous pouvez aussi allez voir les dernières chroniques de Gaaaz.ch

À demain.

Thomas Veillet
Investir.ch

« Toute pensée occupant uniquement notre esprit devient vraie pour nous et a tendance à se transformer en acte. »

Émile Coué

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