Le premier trimestre de 2018 a marqué une baisse de l’enthousiasme des investisseurs pour le secteur de la technologie. La guerre de Trump contre le plan chinois 2025 ainsi que le scandale Cambridge Analytica ont marqué un frein à la progression boursière des titres du secteur. L’horizon semble bouché et la mer houleuse. Que faut-il en conclure?

Dans quelle galère les investisseurs se sont-ils embarqués ?

L’industrie globale dite de l’IT (Information Technology) qui regroupe différents segments d’activité a pesé 4,5 trillions de dollars en 2017, selon l’institut de recherche IDC. Si les estimations de croissance pour 2018 devaient se concrétiser, ce chiffre augmenterait à plus de 4,8 trillions de dollars.

Les Etats-Unis représentent 33% de cette somme mais la Chine pourrait dépasser les américains en 2032. Voilà pourquoi Mr Trump déclare la guerre aux entreprises chinoises du secteur.

Selon IDC, les différents segments de ce secteur se présentent de la manière suivante: les catégories traditionnelles de hardware, software et services totalisent 53%, la catégorie telecom 30% et les 17% restant sont des technologies dites émergentes et qui peuvent être un mix des trois autres catégories.

Selon CompTIA, cette industrie devrait croître d’environ 5% en 2018. Les plus optimistes mettent le curseur à 7,2% alors que les plus pessimistes tablent sur 2,8% de croissance.

Cette tendance haussière est motivée par différents facteurs dont la démocratisation de la technologie, une nouvelle phase de développement du cloud, l’internet des objets, l’intelligence artificielle, la réalité augmentée et virtuelle.

Pourquoi les ventes de smartphones sont-elles si importantes ?

Selon une étude du FMI, publiée début 2018, les ventes de smartphones deviennent si importantes qu’elles ont un impact majeur sur les économies de certains pays. Selon une statistique de Gartner et IDC, les ventes de téléphones (en millions d’unités) ont largement surpassé celles des ordinateurs depuis 2011.

Les pays qui bénéficient le plus de cette tendance se trouvent en Asie. En effet, les exportations de téléphones représentaient plus du tiers de celles de Taiwan, 15% à Singapour et Corée du Sud et 11% en Malaisie. Le même constat peut être fait pour les composants électroniques.

L’Asie, et plus précisément la Chine, devient donc une puissance dominante dans le monde de la technologie, surtout dans les secteurs des télécommunications.

Donc si Apple tousse ou si Trump attaque les entreprises chinoises, les investisseurs craignent un tsunami. Mais la Chine ne peut se résumer aux seules compagnies de télécom ou de composants électroniques. Des compagnies comme Alibaba deviennent aussi des leaders incontestés dans d’autres domaines tel le commerce en ligne.

Que doit considérer l’investisseur dans ce marché agité ?

Plusieurs études dont celle de JPMorgan (The impact of technology on long-term potential economic growth), démontrent que les développements technologiques ne faiblissent pas et que la société devra trouver un nouvel équilibre.

L’impact de ce secteur sur les chiffres macro-économiques est tel que chaque ralentissement de croissance du secteur affecte les estimations de croissance des PIB de plusieurs régions du monde. Selon une estimation du FMI (World Economic Outlook, April 2018), les ventes de smartphones et de leurs composants auraient contribué à un sixième de la croissance des échanges commerciaux en 2017. A cela s’ajoute les effets positifs et négatifs sur certains pans de l’activité humaine donc sur le monde du travail. L’avancée inexorable du secteur technologique bouleversera certaines catégories d’emplois mais créera de nouvelles opportunités et de nouveaux métiers. Comme les analystes et économistes ne remettent pas en doute leurs visions, nous pouvons conclure que le secteur de la technologie n’est pas en phase de disparition.

Un autre aspect déstabilisant pour les investisseurs peut être trouvé dans les récentes informations sur des compagnies comme Facebook ou Amazon. Comme l’écrivent fort justement deux gestionnaires du fonds Invesco Global Leisure, les deux sociétés ne seront que peu affectées par de nouvelles législations ou par les interrogations du monde politique. La première car les utilisateurs savent que leurs données ne sont pas totalement protégées et qu’ils acceptent ce fait en échange d’un service «gratuit». La deuxième car elle ne détient pas une part si importante du commerce mondial et surtout qu’il semblerait que Mr Trump attaque régulièrement Amazon car il n’aime guère le CEO de la compagnie. En effet, Jeff Bezos détient le Washington Post dont les articles sont souvent très critiques à l’égard du président des Etats-Unis.

De plus, comme le signale justement le gestionnaire du fonds de Fidelity Global Technology, le secteur de la technologie ne se résume pas aux seuls FAANG. De multiples opportunités existent dans d’autres sociétés de petites, moyennes ou grandes capitalisations boursières.

Faut-il acheter ou vendre ce secteur ?

«Peut-être que oui, peut-être que non» dirait un Normand. Nous pensons tout de même qu’un investisseur dont le profil de risque est adéquat peut commencer à acheter ce secteur. Celui qui détient déjà des positions devrait les garder. Certes, l’indice du Nasdaq, qui comporte une multitude de titres du secteur, montre une configuration technique guère favorable. Donc il existe une forte probabilité de baisse malgré les bons résultats des poids lourds de l’industrie. Voilà pourquoi un début d’achat, et non pas l’intégralité d’une position, est envisageable durant ce fameux mois de mai.

La mer est agitée mais il faut tenir le cap et garder en mémoire que, tel le phare, le secteur de la technologie éclairera le monde pendant encore de longues années. Et pour ceux qui ne sont pas encore convaincus, un dernier graphique tiré d’une étude de Deloitte Global (Deloitte technology 2018 predictions.)