Plus tu pédales moins fort, moins t’avances plus vite

Plus tu pédales moins fort, moins t’avances plus vite

Quatrième séance de hausse consécutive aux USA, la techno est de retour et on est super-content parce que les Chinois et les Américains vont se parler.

L’Audio du 14 septembre

Reste à voir ce qu’ils vont se dire, mais au moins le dialogue est ouvert on a un secret espoir de voir cette guerre économique trouver la paix, même si l’on passe notre temps à tourner la veste à ce sujet. D’ailleurs on l’a tellement tournée, la veste, qu’il y a des trous dans la doublure et elle est toute élimée aux manches.

Les USA terminaient donc en hausse et avaient leur propre vie, parce que pendant ce temps, dans le reste du monde, c’était un peu différent. Mais commençons par les USA. C’est donc très simple ; il y a la perspective de voir les Chinois s’asseoir en face de Trump qui soulageait tout le monde et qui faisait remonter le Dow Jones au-dessus des 26’000, le S&P500 au-dessus des 2900 et le Nasdaq au-dessus des 8000. Pour le reste, c’était surtout beaucoup de bla-bla. Les analystes et autres gourous rivalisent de théories fumeuses avec une visibilité à 12 minutes, Jamie Dimon et Donald Trump s’envoient des tartes à la crème via médias interposés à propos de lequel des deux est le plus intelligent – faisant suite au fait que Dimon se verrait bien Président dans deux ans et qu’il s’estime plus intelligent que Trump.

Trump a d’ailleurs répondu par Twitter en disant qu’actuellement les banquiers faisaient les malins parce qu’ils paraissaient beaucoup plus intelligents qu’ils ne le sont réellement grâce à sa « FORMIDABLE » politique économique…

Autrement, on regardait monter le marché et on profitait de la belle journée qui se déroulait devant nous pour lire le dernier article de Nouriel Roubini – pour ceux qui auraient oublié, Nouriel Roubini est celui qui avait prévu la crise financière de 2007-2008. Celui qui avait aussi prévu que le S&P500 irait à 333 quand il était à 666 juste avant le rebond qui nous a ramené ici. Hier, Roubini est revenu avec « les 10 raisons pourquoi en 2020 on sera à nouveau dans une crise financière bien plus profonde et qui durera bien plus longtemps que la précédente et qui fera bien plus mal et qu’à la fin on va mourir dans d’atroces souffrances ».

Pour ceux qui meurent d’impatience de savoir comment est-ce que la grande faucheuse va avoir leur peau, voici – en gros – pourquoi dans 2 ans ça sera de nouveau la grosse merde la grosse cata et que quand le prochain krach sera là, ça va faire tellement mal partout…

Raison 1 : Le « Stimulus Fiscal actuel ne suffira pas pour tenir la croissance proche des 3% ces prochaines années, ça va se dégonfler et repasser sous les 2.

Raison 2 : Le stimulus a été mis en place au mauvais moment. L’inflation va grimper au-dessus des objectifs, les banques centrales vont monter les taux de concert, la liquidité va se réduire. Et les rats vont envahir les villes – bon, d’accord, ça j’ai rajouté.

Raison 3 : La guerre économique entre les USA et le reste du monde va certainement empirer et faire baisser la croissance et monter l’inflation – conséquence : voir Raison numéro 2, rats y compris.

Raison 4 : La politique américaine va ajouter des pressions « stagflationnistes » et va forcer la FED à monter les taux encore et encore, il y a aura des ruptures dans les chaînes de production causées par les restrictions de transferts technologiques mis en place par le gouvernement – cette raison 4, je ne serais pas étonné qu’elle ait été inventée un soir où il ne restait plus que de la Tequila dans le bar.

Raison 5 : Le monde entier va ralentir et le monde entier va répliquer à l’agression de Trump sur les tarifs douaniers. Et puis à la fin c’est les Allemands qui vont prendre le pouvoir – la dernière phrase j’ai aussi rajouté parce que ça faisait un peu plus « film de guerre ».

Raison 6 : L’Europe va également ralentir à cause des frictions internes et des gouvernements populistes qui arrivent de tous les côtés. Pour celle-là, de raison, c’est quand même un peu la même que la 5, puisque l’Europe est quand même comprise dans « le monde entier », ou je me trompe ?

Raison 7 : Les marchés sont trop chers, le Private Equity est surévalué, les marchés émergents sont trop « leveragés », l’immobilier commercial et résidentiel est trop cher et ils vont donc se « re-pricer » eux-mêmes – pour ceux qui doutent, ça veut dire : se péter la gueule grave.

Raison 8 : Lorsque la correction arrivera la liquidité pourrie du marché actuel va se faire sentir, la disparition des market-makers et de certains trading desks va se faire sentir, les high frequency traders vont exploser et les flash-crashs seront légion. Et là encore, les rats envahiront les villes, mais aussi des troupeaux d’ours en colère.

Raison 9 : Trump va se prendre la tête avec les Iraniens – un peu plus que maintenant et ça va provoquer un choc pétrolier et un choc géopolitique. Restera plus que Tintin et les deux Dupondt pour régler la crise dans la région.

Raison 10 : Il n’y aura pas de solution « monétaire » pour sauver le monde vu que l’on a déjà épuisé toutes les techniques de sauvetage et la dixième raison est un mélange des 9 précédentes et on peut aussi y rajouter toutes nos peurs les plus primaires, la disparition du soleil, la nuit permanente, une guerre atomique, les vaches qui prennent le pouvoir et qui entament une guerre avec les bouchers, les extra-terrestres qui envahissent la terre et que Will Smith sera pas là pour aider et puis même, pour faire peur à tout le monde, François Hollande pourrait revenir au pouvoir.

Voici donc à quoi Roubini a passé son week-end et ce qui m’a occupé cette nuit. Mais en attendant, il est assez rassurant, ça ne sera pas avant 12 mois et comme il a toujours été hyper-balèze en terme de timing, on peut lui faire confiance.

En attendant, hier les marchés US sont montés. Il sera temps d’envahir l’Iran et de chasser le rat plus tard.

L’Europe n’a rien fait ou presque alors que Draghi disait qu’il était urgent de ne rien faire, comme d’habitude et que la Banque d’Angleterre décidait de ne rien faire non plus.

Finalement le seul truc sympa qui s’est passé c’est Erdogan qui a monté les taux en Turquie de 17.75% à 24% – 6.25% de hausse, ça rigole pas, quand je pense qu’on pinaille à la FED tous les 3 mois pour monter de 0.25%… Pour être honnête, ce n’est pas Erdogan qui a monté les taux, c’est la Banque Centrale Turque, mais j’imagine que le Président de la Banque Centrale n’a pas le droit de se remplir une tasse de café sans demander la permission à Dieu. La Livre Turque est donc fortement montée dans la foulée.

L’or est à 1209$, le pétrole à 68.77$ et le Bitcoin est à 6551$, ça remonte gentiment, mais les experts disent que la baisse n’est pas finie et qu’il faut encore ceinture attachée savoir garder.

Dans les nouvelles du jour, Ray Dalio, le patron du plus gros Hedge Fund du monde pense comme Roubini, la fin du monde est pour dans deux ans. Bien que sa version à lui soit un peu plus light. Le FT se demande si la Banque Centrale Turque est suffisamment indépendante… La réponse est contenue dans la question. Goldman Sachs restructure son « top management » et semble s’éloigner encore un peu plus du trading.

Et autrement tout le monde parle de la mort de Lehman il y a 10 ans et qu’ils auraient pu être sauvés et on a aussi des images en direct de l’ouragan Florence qui est en train de construire des grands parking en Caroline du Nord pendant que les services du gaz de la Nouvelle Angleterre s’amuse à faire sauter des maisons au hasard.

Pour le moment les futures sont inchangés et on va attendre le trade balance en Europe et le Michigan Consumer confidence ainsi que les Business Inventories.

Pas grand-chose d’autre à ajouter pour conclure cette semaine, on verra si la seconde partie du mois de septembre nous amène un peu plus de « fun » ou si l’on va passer notre temps à célébrer les 10 ans du paroxysme de la crise des subprimes et nous expliquer combien l’avenir sera tout pourri. En attendant, je vous souhaite un excellent week-end et je vous dis : « à lundi ».

Thomas Veillet
Investir.ch

« I am patient with stupidity but not with those who are proud of it. » Edith Sitwell

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