ETF : l’oeuvre survivra à son créateur

ETF : l’oeuvre survivra à son créateur

John Bogle, inventeur des ETF est décédé cette semaine alors que l’instrument financier qu’il a créé n’a jamais connu autant de succès.

Lors d’une précédente chronique nous avions évoqué le 40e anniversaire de la création des fonds indiciels (40 ans d’ETF ça se fête? Pas pour tout le monde). Le concepteur de ces fonds, fondateur et ancien CEO du groupe Vanguard, vient de décéder à 89 ans.

RIP John Bogle.

L’invention de John Bogle a révolutionné le monde du fonds de placement et exercé une influence sans précédent sur l’activité de l’asset management. Sa volonté était de mettre à disposition du «petit» épargnant une solution d’investissement bon marché, diversifiée et qu’il pouvait conserver pour la vie. Le fonds passif ou indiciel était né. Après un lancement chaotique, et une quasi-faillite, le succès des deux dernières décennies a été fulgurant. Vanguard («avant-garde» en français) est devenu l’un des plus grands gérants d’actifs au monde.

La croissance exponentielle des fonds passifs n’est cependant pas du goût de tous les acteurs de marché puisqu’elle s’est faite en partie au détriment des gestions actives. Un de nos postulats était que l’hégémonie des produits gérés passivement n’était pas de nature à offrir une opportunité aux gérants. Au contraire, nous restons convaincus que c’est à ces derniers de se démarquer et de chercher à démontrer leur valeur ajoutée aux investisseurs. Risque de bulle dans les produits passifs? Peut-être. Certains signes avant-coureurs le laissent supposer: les indices prolifèrent, il y a plus d’indices aux Etats-Unis que de titres cotés, les produits financiers gratuits sont une réalité, Fidelity vient de lancer des fonds de placement sans commission de gestion, finalement le lancement du «meta-ETF» qui réplique la performance des titres de sociétés qui dérivent leurs revenus de la gestion d’ETF…

Il n’y aura pas de banal mécanisme de retour à la moyenne. Ces vingt dernières années, la démocratisation de l’accès au marché a bénéficié au consommateur-investisseur car elle lui a permis d’accéder aux marchés financiers à très faible coût. Aujourd’hui, dans un paysage dominé par la gestion passive, l’évolution du prix des titres des sociétés faisant partie d’un indice de marché se fait de manière de moins en moins discriminée et de plus en plus éloignée de ses fondamentaux. Il y a des limites au «tout-passif».

Dans une tribune publiée par le WSJ en novembre 2018, John Bogle lui-même a mis en garde contre la part très (trop) importante de l’actionnariat détenue par les instruments passifs (actuellement près de 20%, une proportion qui a quadruplé en 10 ans). Le contrôle effectif des droits de vote au sein des trois grands promoteurs Blackrock, State Street et Vanguard fait également peur (Bogle envisage qu’ils pourraient à terme détenir ensemble jusqu’à 30% des droits de vote). Les enjeux de gouvernance sont au cœur d’une activité de gestion durable et responsable. Sa dernière tribune est là pour nous le rappeler.

 

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