Sur le divan du psy

Sur le divan du psy

Le monde merveilleux de la finance nous a encore gratifié d’une de ces journées qui est plus basée sur la psychologie que sur les fondamentaux. D’ailleurs un fondamental, c’est quoi ? Si ce n’est la réalité d’un marché qui se confronte aux attentes d’un type qui est devant un spreadsheet excel qu’il n’a même pas construit lui-même…

L’Audio du 30 janvier 2019

Actuellement, les bourses mondiales travaillent sur trois axes.

Premier axe :

Les négociations entre la Chine et les USA. On sait qu’elles sont en cours à Washington et, bien qu’il n’ait jamais été question de ça, on espère que les deux parties vont communiquer sur l’avancée des débats en fin de semaine.

Si l’on regarde la situation sous l’angle du positif ; on sait que les Chinois n’ont pas vraiment d’autre choix que de trouver une solution parce que leur économie est en ralentissement. Quand aux Américains, ils font les malins, mais ne peuvent pas non plus trop se permettre de se mettre en guerre avec la Chine.

Positif

C’est donc plutôt positif, si l’on part du principe que les parties qui négocient sont intelligentes, logiques et saines d’esprit. Mais comme ce sont tous des politiciens professionnels, on peut facilement craindre le pire, puisque intelligent, logique et sain d’esprit sont trois qualificatifs qui sont rarement…. Non…. Qui ne sont JAMAIS utilisés en politique.

Négatif

Si l’on regarde la chose sous l’angle du négatif ; on sait que les Américains sont en train de faire la guerre à Huawei et de se balader avec des bateaux de guerre dans la mer de Chine… Ce qui ne va pas faciliter la détente.

Du point de vue du marché, on garde un œil dessus, mais pour le moment, on n’en tire aucune conclusion. Ce qui est assez rare, puisqu’habituellement, le financier est une espèce qui adore tirer des conclusions pour ne rien dire.

Le second axe :

C’est les banques centrales, leur soutien et les taux qui vont avec. Aux USA, Powell a choisi son camp au tout début du mois de janvier en exprimant son pacte de non-agression vis- à-vis des bourses mondiales et en expliquant ses bonnes intentions aux économistes, leur démontrant calmement que monter les taux ne veut pas forcément dire « STOPPER » l’économie, mais veut aussi dire « FREINER L’INFLATION » – qui souvent est bien plus dangereuse pour l’économie qu’une hausse des taux.

En Europe Draghi a parlé avant-hier pour déclarer que si nécessaire, il remettrait le Quantitative Easing en place– le Quantitative Easing plus connu sous le nom de « méthadone de marchés financiers » et que dès lors, il n’y avait plus rien à craindre, la bouée de sauvetage étant toujours accrochée au bastingage.

Tout oublié

Oublié le fait que l’économie européenne est au bord du gouffre, oublié le fait que plus personne ne s’entend en Europe et que rien ne fonctionne. Oublié les insatisfactions sociales. Draghi est là, tout se passera bien. À moins qu’il fasse un AVC dans les 3 semaines et qu’on le remplace par un pote à Macron qui a raté son bac et qui a fait trois semaines de stage dans une banque avec un logo vert.

Mais en gros, pour le moment, on se sent soutenu par les banques centrales.

Le troisième axe

Notre  raison de vivre, c’est les chiffres du trimestre. Hier nous étions d’ailleurs 100% concentrés là-dessus. Tout d’abord parce qu’il y avait un wagon de publications AVANT la séance et surtout, parce qu’il y avait Apple APRÈS la séance.

Les chiffres du trimestre nous fournissent joie et bonheur en fonction de l’interprétation que nous en faisons et surtout en fonction de où ils sont par rapport aux attentes que l’on a ajusté durant les trois mois précédent pour ne pas être trop en-dessus ou en-dessous.

La Carte Magique

Sachant que chaque CEO garde une carte en main, le choix de faire monter violemment sa boîte ou de la faire baisser tout aussi violemment. En effet, à la fin de la conférence de presse, il n’a qu’à ajouter « et le reste de l’année sera géniale » et le titre s’envolera d’au moins 10% sans tenir compte des chiffres du trimestre précédent.

Ou alors il lui suffit de dire « et le reste de l’année sera toute pourrie » et l’effet sera exactement inverse.

Ce qu’il faut retenir c’est que selon les déclarations à la fin de la conférence de presse, on sait si ça valait la peine d’écouter ce qu’ils avaient dit au début de la conférence ou pas. Parce qu’en cas de « le reste de l’année sera géniale », plus personne n’en a rien à foutre des chiffres des trois mois précédents. C’est instantané.

En haut, en bas, en haut, en bas… Tiens, on est au fitness

Tout ça pour vous dire qu’hier les marchés ont baissé un peu à certains endroits, sont montés un peu à d’autres. Souvent à cause des chiffres trimestriels et quand on ne savait pas trop pourquoi on disait que c’était à cause de la Chine ou des banques centrales. Mais pour être franc, hier c’était surtout à cause des trimestriels.

Bons

En vrac Pfizer, 3M, Xerox, HCA Healthcare et Philipps ont publié de bons chiffres et passaient la journée en hausse.

Pardon. Pfizer, 3M, Xerox, HCA Healthcare et Philipps ont publié des chiffres qui étaient au-dessus des attentes des analystes, lesquels avaient été briefés depuis trois mois par Pfizer, 3M, Xerox, HCA Healthcare et Philipps ne pas trop attendre d’eux.

Pas bons

De l’autre côté, chiffres pourris chez Harley Davidson, SAP (qui virent de gens) ou encore chez Verizon. Eux, ils avaient mal expliqué aux analystes que ça serait plus dur, alors forcément, on attendait mieux. C’est toujours une question de communication.

À la fin de la journée le bilan était mitigé, il y avait à boire et à manger et ce n’était pas facile de prendre une décision d’investissement pour les 12 prochains mois. Mais en même temps, qui investit pour les 12 prochains mois, on sait bien que l’on veut tous devenir riche demain ou au maximum d’ici vendredi…

Flying like a lingot

L’or continue de s’envoler. Il est à 1318$ ce matin et le pétrole vaut 53.60$. Il est en train de confirmer sa figure de tête/épaules inversée et je ne serais même pas surpris de le voir à 65$ avant le printemps.

Ce matin, l’Asie ne fait rien et dans les nouvelles du jour, le seul truc qui intéresse les gens ce matin, c’est l’analyse des chiffres d’Apple et d’AMD d’hier soir.

AMDAPPLE

Les deux compagnies technologiques étaient de sortie et globalement, ce n’est pas simple d’interpréter les choses.

Apple a publié des chiffres qui n’étaient pas terribles. En dessous des attentes dans pas mal de secteurs, après avoir pourtant déjà fait un profit warning début janvier. Sans surprise, la Chine est un point noir dans le bilan d’Apple, puisque le ralentissement est frappant. Il faudra retenir que les ventes en Chine étaient en baisse de 27% sur un an et qu’ils ont vendu 15% d’iPhones en moins sur une année.

On a quand même réussi à trouver un chiffre sur les ventes des Iphones, malgré qu’Apple ne les donne plus.

Mais globalement, comme ce n’est pas une surprise, qu’ils avaient prévenu, que Tim Cook s’est montré confiant et droit dans ses bottes pour le passé, comme pour l’avenir, le titre était quand même en hausse de 5.8% after close.

La Carte Magique (bis)

Du côté de chez AMD, on les attendait aussi au virage, puisqu’après le profit warning de Nvidia, le titre s’était déjà fait décimer ; 9% il y a 2 jours et encore 4% de baisse hier.

Pourtant les chiffres étaient excellents et au-delà des nombres, c’est surtout le fait que la presse financière se montre enthousiaste après la conférence de presse qui poussait le titre en hausse de près de 9%. Il faut dire que la CEO d’AMD s’est montrée très encourageante sur le reste de l’année, utilisant la carte du « et le reste de l’année sera géniale »… Ce qui faisait oublier tout le reste.

Plus près de toi mon Powell

Globalement les chiffres trimestriels continuent donc d’être bons et si Powell et la Chine ne nous pètent pas dans les mains ces prochains jours, il n’y a pas de raison que ça parte en sucette, même si je ne comprends pas toujours le comportement bipolaire de ce marché.

Pour le reste, on attend donc Powell ce soir, puis Facebook et Microsoft et plein d’autres encore. Ce matin les futures sont inchangés et on est dans les starting-blocks pour savoir si nous serons bull ou bear durant les 8 prochaines heures, vu que c’est à peu près comme ça que l’on navigue actuellement.

Passez une excellente journée, si vous n’êtes pas bloqué par la neige qu’on nous annonce et qui ne vient pas. C’est drôle au travail je vis avec des annonces qui ne se confirment pas et quand je rentre le soir, je me rend compte qu’on est à peu près aussi fiable que la météo.

Bon, je vais continuer de cracher mes poumons et je vous retrouve demain !

Thomas Veillet
Investir.ch

« Suppose you were an idiot, and suppose you were a member of Congress; but I repeat myself. »
Mark Twain

Il n'y a aucun article dans cette catégorie.