Le havre de prospérité asiatique n’y échappera pas... bien au contraire.

Le commerce a été un enjeu de puissance au travers de l’Histoire. En fait, la doctrine économique mercantiliste vient du fond des âges. Dans sa version initiale, elle apparait pour la première fois aux 15e/16e siècle. A l’origine, il s’agissait essentiellement d’une théorie fondant la richesse des Etats sur l’accumulation des réserves en or et argent. En substance, l’Etat devait s’appuyer sur le commerce (et dégager un solde net excédentaire) pour s’enrichir et se renforcer. Il pouvait pour ce faire adopter des politiques défensives (barrières ou tarifs douaniers) et/ou offensives (monnaie sous-évaluée, subventions, etc.).

De très nombreux Etats européens ont eu recours au nationalisme économique aux 17e et 18e siècle, ce qui n’a pas manqué de provoquer de nombreux conflits armés, d’ailleurs. Plus récemment, au 20e siècle, la Corée du Sud et le Japon ont aussi fondé leur envol économique sur l’encouragement à l’exportation de produits manufacturés, le découragement de l’importation de biens de consommation, la constitution de monopoles industriels et commerciaux soutenus par l’Etat, une monnaie faible.

Au 21e siècle, l’essor de la mondialisation a favorisé le recul du nationalisme économique, à une exception notable la Chine. Son modèle de développement – un pays, deux systèmes – s’appuie en grande partie sur une forme de mercantilisme. Il n’empêche que ces dernières décennies, l’Asie a connu la paix, une démographie favorable, des économies en croissance, une inflation mesurée et a entretenu des liens solides avec le monde occidental. Elle a bénéficié en retour d’énormes investissements étrangers au point de devenir le centre mondial des chaînes de fabrication des biens de consommation mondiaux. Conséquence logique, l’Asie a été le chouchou des investisseurs au cours des dernières décennies.

Performance relative des actions asiatiques depuis 1995
Source: Bloomberg

Depuis quelques trimestres, l’administration Trump ne cache plus son attachement pour le protectionnisme. En filigrane, c’est le mercantilisme au sens large qu’elle veut rétablir. Trump veut réduire son déficit commercial et restaurer la compétitivité des États-Unis. Tous les moyens sont bons: droits de douane, “weaponisation” du USD (et des systèmes financiers et de paiements américains prédominants), renégociation de la protection militaire, etc. Les attaques répétées contre les champions chinois de la technologie (ZTE, Huawei, etc.) vont dans le même sens. Les États-Unis espèrent (vainement) rapatrier des emplois par le démembrement des chaînes de production asiatiques.

La prochaine étape – inhabituelle et corrosive – pourrait être une dévaluation du dollar américain. L’administration américaine envisage semble-t-il d’intervenir sur le marché des changes pour réduire (de 10%?) la valeur du billet vert par rapport aux principales devises. Une telle stratégie n’a jamais été mise en œuvre unilatéralement par les États-Unis. En effet, toutes les anciennes phases d’ajustement monétaire impliquant l’USD (Louvre, Plaza, Shanghai) ont été multilatérales. Des interventions américaines sur le marché des changes perturberaient sérieusement les marchés. La Chine a bien compris les enjeux qui se profilent. Elle laisse depuis peu le marché provoquer le glissement – au demeurant légitime d’un point de vue économique – de sa monnaie. Cette action préventive coupe l’herbe sous les pieds de Trump. C’est aussi un avertissement “politique” important. Il n’empêche que cette tactique comporte des risques majeurs: provoquer la fébrilité domestique et des sorties de capitaux massives de Chine.

Il est facile d’imaginer que l’avenir de l’Asie pourrait s’assombrir. La montée de la Chine bouleverse profondément les modèles de développement de l’Asie. Elle détient la plupart des clés susceptibles de déclencher des changements / développements stratégiques majeurs dans la région. Mais le Japon mérite également une attention particulière en raison de son – inhabituelle – faiblesse stratégique.

En conclusion

A court terme la crainte d’une instabilité monétaire à la 2015/16, qui avait provoqué la grande fébrilité des marchés financiers, va se poursuivre. Les craintes de récession mondiale nous semblent prématurées et excessives. Nous sommes en train de vivre, pour sûr, un nouvel épisode de fin brutale de complaisance et de versatilité des investisseurs. C’est assez vertueux en fait!

A moyen terme, les perspectives de “démondialisation” ébranlent les fondements de la prospérité asiatique. L’âge d’or asiatique est menacé. Les actifs asiatiques vont continuer de consolider / sous-performer au cours des prochains trimestres.

 

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