Les investisseurs «retail» affichent dans l’ensemble des gains exceptionnels cette année, au contraire des hedge funds qui n’ont que peu profité du rebond des marchés depuis le mois de mars. Aperçu.

Par Valérie Noel, Head of Markets

 

Après une décennie relativement compliquée pour les hedge funds, l’année 2020 va peut être sceller le sort de nombre d’entre eux, du fait de performances décevantes.

Une majeure partie des fonds spéculatifs a entamé la nouvelle année avec un positionnement relativement agressif. Il en était de même pour les investisseurs particuliers américains. En effet, les «petits porteurs» partageaient un engouement identique à celui des hedge funds pour les grandes capitalisations technologiques.

Lorsque le crash lié à la pandémie est survenu au mois de mars, la plupart des hedge funds n’avaient peu ou pas de protection dans leur portefeuille et ont de ce fait subi de plein fouet la correction. Certes, le pourcentage de baisse était plus contenu que celui des principaux indices d’actions tels que le S&P 500. Toutefois, les pertes subies étaient suffisamment importantes pour déclencher chez la plupart de ces gérants un réflexe de protection du capital de leurs investisseurs. C’est en effet le propre d’une stratégie de hedge fund; lorsqu’une crise survient (ou menace de survenir), le mandat permet au gérant de baisser le risque du portefeuille afin de protéger les actifs du fonds. C’est ce que beaucoup de gérants ont entrepris, et ce malgré le fait que cette réduction de risque soit intervenue après un crash exceptionnel de par sa rapidité et son ampleur.

A contrario, les investisseurs particuliers ont interprété le crash du mois de mars comme une opportunité d’achat. Certes, les dégâts infligés à leurs portefeuilles étaient conséquents mais les années précédentes avaient démontré la résilience du marché des actions, prompt à rebondir après un choc. Si la crise économique s’annonçait redoutable, la distribution d’aides, la possibilité pour beaucoup de salariés ou indépendants de travailler depuis la maison et les interventions massives des banques centrales à travers le monde laissaient entrevoir des jours meilleurs. Les sites de trading en ligne tels que Robinhood ou Charles Schwab devenaient dès lors le terrain de jeu favori de nombreux «day traders» coincés à la maison.

Beaucoup d’experts tiraient alors la sonnette d’alarme. Cette frénésie spéculative de la part des «petits porteurs» allait forcément mal finir. Non seulement ils étaient sur le point de perdre leur travail, mais ils (ou elles) risquaient de perdre leurs chemises en bourse.

Où en est-on aujourd’hui? Comme le montre le graphique ci-dessous, l’indice S&P 500 (la ligne bleue) a bien rebondi depuis le creux du mois de mars et la performance depuis le début de l’année est proche de 10%, ce qui est remarquable lorsque l’on sait qu’elle s’affichait à -30% à mi-mars.

L’indice HFRX des hedge funds (ligne rouge), qui représente la performance agrégée d’un échantillon représentatif de fonds spéculatifs, a également rebondi mais de manière beaucoup plus limitée (+5%), du fait d’une exposition au marché des actions bien moindre qu’un indice composé d’actions à 100%.

Quant aux investisseurs particuliers (ligne noire), ils affichent des gains exceptionnels, si l’on en croit un panier de valeurs créé par Goldman Sachs et qui représente les titres les plus populaires parmi les «petits porteurs». A mi-novembre, ce panier affiche une performance d’environ 55%. En effet, les particuliers se sont rués sur les titres qui tirent profits de la pandémie tels que les géants du Web (Apple, Google, Amazon, etc.) mais aussi de nouvelles valeurs de croissance comme Zoom, Peloton, Etsy ou autre Paypal.

Les investisseurs particuliers, adeptes des comptes «discount brokers» et du «do it yourself» ont donc damé le pion à de nombreux spécialistes alors même que les hedge funds continuent de facturer des frais élevés (2% de frais de gestion et 20% de frais de performance dans la plupart des cas).

Performance du panier des valeurs favorites des particuliers (ligne noire), des hedge funds (ligne rouge) et du S&P 500 (ligne bleu)
Source : zerohedge, Bloomberg

Attention toutefois, cette sur-performance du panier «valeurs favorites des investisseurs retail» est à prendre avec beaucoup de précaution. Tout d’abord, il n’est bien sûr pas représentatif de la performance de l’ensemble des investisseurs particuliers. D’autre part, la manière dont ce panier est construit n’est pas complètement transparente et un fort biais de sélection (ou mauvais échantillonnage) n’est pas à exclure.

Cependant, la performance très médiocre des hedge funds en 2020 reste une grosse déception pour de nombreux investisseurs institutionnels. Après tout, les conditions de marché cette année semblaient être favorables aux gérants expérimentés avec un mandat de gestion sans contrainte-forte volatilité sur la première partie de l’année, grande dispersion de performance au niveau des styles (croissance, value) et des secteurs, etc.

Il y a donc fort à parier que certains investisseurs institutionnels vont «tirer la prise» à la fin de l’année, c’est-à-dire retirer tout ou une partie de leurs actifs des hedge funds les moins performants.

Relevons toutefois que certains hedge funds ont très bien tiré leur épingle du jeu. C’est le cas par exemple des fonds «macro» Brevan Howard Asset Management, du long/short secteur technologique Coatue Management ainsi que du fonds Saba Capital de Boaz Weinstein. La liste des meilleurs gérants 2020 à fin octobre est disponible dans le tableau ci-dessous.

Par contre, certains hedge funds subissent de grosses désillusions. C’est le cas notamment de Bridgewater, le fonds Macro géré par Ray Dalio et qui est en baisse de 19% depuis le début de l’année (à fin octobre).

Performance des meilleurs et moins bons hedge funds en 2020 (à fin octobre)
Source : zerohedge, HSBC

Malgré ces chiffres peu encourageants pour l’industrie des hedge funds, certains analystes tempèrent: «L’environnement macro-économique devrait rester difficile. Les gérants qui se concentrent sur leur cœur de compétence ainsi que la sélection de titre via l’analyse fondamentale devraient à terme délivrer de bonnes performances, avec une volatilité modérée et une faible corrélation aux principaux indices (…) A contrario, les particuliers ont pris des risques démesurés et finiront par subir un retour de flamme».

Il est en effet tout à fait possible que les hedge funds–ou tout du moins certains d’entre eux–connaissent des années beaucoup plus fastes qu’en 2020. Cela étant, nous ne serions pas étonnés de voir certains particuliers continuer à briller de par leurs résultats boursiers. Mieux informés et mieux équipés qu’auparavant, les particuliers sont peut-être aussi mieux connectés avec la réalité du quotidien. Rendez-vous dans un an pour faire le point sur cette «compétition» passionnante…

 

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