Il n’est pas encore bien entamé, mais il semblerait que le mois d’août constitue finalement cette année encore une période d’accalmie estivale. Tout le monde est en vacances et nous pouvons à nouveau nous délecter en lisant la rubrique des faits divers dans les journaux1. Ce sera certainement toujours mieux que les nouvelles que nous sommes obligés d’écouter ces derniers jours.

Yves Longchamp, Head of Research, ETHENEA Independent Investors (Schweiz) AG

Le président américain Donald Trump a de nouveau fait les gros titres. Non seulement ses opinions politiques choquent les gens, mais en plus contrairement à ses revendications, elles n’apportent rien d’autre qu’incompréhension et scandale.

L’échec probablement définitif de sa réforme de santé au Sénat (majoritairement républicain) ainsi que l’échec du financement de sa réforme fiscale prévue ont fait du 45e président des États-Unis un canard boiteux (lame duck en anglais). Même sa courte victoire, rendue possible grâce à l’aide apportée par le Sénateur McCain, gravement malade, et qui avait au moins permis d’ouvrir les débats à propos de la réforme de santé, n’en changera probablement pas l’issue.

L’euphorie générale des marchés financiers à la suite de l’élection de Donald Trump semble s’être complètement évanouie. L’intérêt que Trump porte à la grâce présidentielle, notamment pour son propre bénéfice personnel2, finit par soulever des interrogations. Même Nixon3 Tricky Dick ne s’était pas mis autant dans l’embarras. Trump, au contraire, semble vouloir se surpasser lui-même à bien des égards. Après tout, c’est bien son administration qui est à l’origine du concept des «faits alternatifs» (d’ailleurs Trump lui-même semble plutôt désinvolte vis-à-vis de la vérité). Le journal New York Times prend la peine de recueillir4 minutieusement ses mensonges et ses contrevérités. Une lecture très intéressante pour les journées d’été pluvieuses. Dans tous les cas, le billet vert se trouve depuis sous une pression considérable et est en passe de quitter sa fourchette de fluctuation face à l’euro – malgré les politiques monétaires divergentes des banques centrales compétentes.

En Europe, des nouvelles très différentes nous parviennent sur le succès – ou plutôt sur l’échec – des négociations relatives au Brexit entre l’UE et le Royaume-Uni. Les médias ne sont pas unanimes quant à savoir si le torpillage des négociations est du fait de l’arrogance ou de l’ignorance de la part des Britanniques, mais les images de la délégation européenne de Michel Barnier et de la britannique de David Davis en disent long5. On y voit les Européens assis avec leurs dossiers devant eux, tandis que les Britanniques ont tout juste un stylo – et cela moins de vingt-quatre mois avant l’éventuel et laborieux Brexit du 29/03/2019. On est en droit de se demander: pourquoi les Britanniques sont-ils si détendus ?

On ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’un cas flagrant d’ignorance. Il est pourtant avéré que l’économie britannique va plus mal que la zone euro. Les initiatives des adversaires du Brexit pour en reprendre les discussions semblent (pour le moment) inefficaces bien qu’il soit devenu clair entre-temps pour beaucoup de partisans qu’ils ont été au moins en partie induits en erreur.6,7

Guido Barthels, Portfolio Manager, ETHENEA Independent Investors SA

Prenons l’exemple d’Euratom8. Theresa May ne s’est apparemment chargée du dossier Euratom que de manière très superficielle avant de valider l’article 50 le 29/03/2017. Il devient peu à peu évident que le maintien du fonctionnement des quinze centrales nucléaires actives en Grande-Bretagne risque d’être remis en cause puisqu’entre autres, Euratom est compétente pour la surveillance des normes de sécurité des centrales nucléaires dans l’UE. Un retrait obligerait les Britanniques à créer de toute pièce leur propre autorité, avec ses normes propres et son personnel, dans un délai de vingt mois ou voire même de fermer les centrales nucléaires, avec les conséquences que cela aurait sur l’approvisionnement en énergie. Après la sortie d’Euratom, les patients atteints de cancer suivant une radiothérapie seraient également dans l’obligation de se tourner vers d’autres prestataires pour avoir accès aux isotopes radioactifs dont ils ont besoin pour leur traitement, puisque cette autorité est aussi compétente dans ce domaine.

Deux exemples qui, à mes yeux, prouvent l’ignorance des Britanniques envers les implications beaucoup plus profondes qu’il n’y paraît du partenariat établi depuis 1973 avec l’UE (ou plus précisément avec la CEE). Si la Grande-Bretagne décidait tout simplement de sortir de la table des négociations, les conséquences négatives en seraient difficile à prévoir. Contrairement à ce que la photo suggère, nous pouvons seulement espérer que la délégation britannique examine de près la question.

Pour nous, cela signifie qu’il est à peine concevable d’investir en Grande-Bretagne en ce moment, car les risques sont, à tout point de vue, difficiles à estimer. Si la livre continue à perdre de la valeur, cela pourrait avoir un impact positif sur les exportations britanniques à court terme. À long terme, les raisons pour lesquelles la devise a chuté reviendraient au premier plan. Nous cherchons à bénéficier d’une dépréciation supplémentaire des cours de la livre à l’aide des options sur devise.

En Allemagne, les accords collusoires entre les anciens grands constructeurs automobiles nous ont encore surpris peu avant les vacances d’été avec des décotes significatives des actions Daimler, BMW et Volkswagen. À l’heure où ces lignes ont été écrites, il n’était toutefois pas possible de prévoir l’étendue des conséquences. Il est cependant probable que les conséqueneces soient mauvaises voire très mauvaises et très mauvaises : on sait que les autorités américaines mènent également leurs enquêtes et qu’elles ne sont pas connues pour donner de petites amendes. La situation reste par conséquent sous (haute) tension.

Les marchés financiers, malgré les nouvelles actuelles aucune tendance particulière ne s’est dégagée, sont toujours assez peu volatils. A l’exception du dollar américain mentionné précédemment, aucune tendance claire ne s’est dégagée.

Dans tous les cas, nous nous réjouissons de cette période d’accalmie saisonnière, période pendant laquelle la presse s’en donne à cœur-joie pour alimenter la rubrique des faits divers. Nous ouvrons la présente édition du commentaire de marché avec un récit sur le rhinocéros gris. Une histoire que va vous raconter notre économiste en chef Yves Longchamp dans ses perspectives macroéconomiques (à découvrir sur le site web d’ETHENEA).

 


1 http://www.tagesspiegel.de/weltspiegel/20-jahre-sammy-die-mutter-aller-krokodilmeldungen-im-sommerloch/10182952.html
2 http://www.foxnews.com/politics/2017/07/24/can-trump-self-pardon-legal-experts-weigh-in.html
3 http://www.urbandictionary.com/define.php?term=Tricky%20Dick
4 https://www.nytimes.com/interactive/2017/06/23/opinion/trumps-lies.html?_r=0&emc=edit_ty_20170721&nl=opinion-today&nlid=79629818&te=1
5 http://www.bild.de/politik/ausland/brexit/brexit-brite-verbluefft-in-bruessel-52574990.bild.html
6 http://www.independent.co.uk/voices/brexit-eu-negotiator-europe-euratom-airline-safety-negotiations-theresa-may-worse-anyone-guessed-a7858586.html
7 http://www.dailyrecord.co.uk/news/politics/former-celtic-director-warns-british-10824361
8 http://thebulletin.org/what-euratom-and-why-has-it-emerged-brexit-battleground10969

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