Les analystes continuent d’être positifs sur plusieurs régions pour 2018.

Cet article est tiré de l’Analyst Survey 2018 réalisée par Fidelity auprès de 162 analystes au niveau mondial.

 

États-Unis: un second souffle?

Même après une excellente année 2017, nos analystes continuent d’être positifs sur les États-Unis. L’indicateur de sentiment a atteint 6,6, un niveau équivalent à la moyenne mondiale. La croissance des dividendes est le principal facteur à l’origine de cette augmentation; en effet, les deux tiers de nos analystes, soit plus que dans toute autre région, voient les entreprises qu’ils couvrent accroître leurs dividendes.

La principale source d’inquiétude pour les investisseurs à l’égard des États-Unis concerne le calendrier de relèvement des taux d’intérêt par la Réserve fédérale. Celle-ci pourrait augmenter ses taux plus rapidement et plus fréquemment que prévu en cas d’accélération de la croissance des salaire. Parmi nos analystes, 65 % anticipent à une hausse modérée des salaires, mais seulement 12% prévoient une forte hausse. Cela tend à indiquer que nos analystes s’attendent à ce que la faiblesse du taux de chômage exerce des pressions haussières sur l’inflation, mais néanmoins de façon contrôlée.

Les politiques du président Donald Trump devraient avoir un impact modérément positif pour la plupart des analystes. Dans le même temps, plus de 40 % d’entre eux affirment qu’il va y avoir moins de réglementation – un optimisme partagé par presque aucun autre analyste ailleurs dans le monde. L’une des autres mesures politiques de Trump est l’instauration d’un taux d’imposition avantageux sur les capitaux rapatriés. La question est de savoir où va aller cet argent ? 46 % des analystes pensent que leurs entreprises procéderont à des rachats d’actions, 19 % qu’il financera davantage de fusions-acquisitions et 12 % qu’il permettra principalement à rembourser de la dette. Aucun ne pense qu’il financera des dividendes plus élevés.

Les conclusions de notre enquête continuent également de faire la part belle aux fusions-acquisitions. 50 % de nos analystes anticipent un volume modéré de fusions et acquisitions, tandis que 42 % d’entre eux s’attendent à ce que les fusions et acquisitions constituent un « objectif important » ou une « extrême priorité stratégique » pour leurs entreprises américaines. Mais, ce n’est pas la seule façon dont les industries évoluent : le nombre d’analystes s’attendant à ce que les technologies de rupture aient un impact modéré ou élevé a augmenté de façon significative cette année.

Graphique 1 : États-Unis – les technologies de rupture deviennent de plus en plus une source de préoccupation

Europe de l’Est, Moyen-Orient, Afrique et Amérique latine: de nombreux facteurs positifs

En dépit de la modeste hausse de l’indicateur de sentiment par rapport à l’année dernière, celui-ci est néanmoins bien supérieur à cinq (au-dessus duquel les réponses positives sont plus nombreuses que les réponses négatives), ce qui signifie que les fondamentaux des entreprises continuent de s’améliorer.

Il existe de nombreux facteurs positifs en Europe de l’Est, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine. La région bénéficie de la hausse des prix des matières premières et du moindre écho médiatique de plusieurs affaires récentes de corruption en Amérique latine. Il en a résulté un regain d’optimisme parmi les entreprises. Les deux tiers de nos analystes couvrant ces régions affirment que les équipes de direction sont « plus confiantes », tandis qu’une grande majorité d’entre eux affirment que les dirigeants s’attendent à ce que la croissance des bénéfices soit tirée par la croissance de la demande finale. C’est là une situation conforme à une croissance observée au cours des phases plus précoces du cycle ; en effet, deux tiers de nos analystes estiment que les sociétés qu’ils couvrent en sont encore dans une phase de croissance de début ou de milieu de cycle.

Plus d’analystes couvrant cette région que n’importe où ailleurs s’attendent à voir l’accélération de l’inflation permettre aux entreprises d’accroître leurs marges. Cela est de bon augure pour les salariés, comme en témoigne la proportion relativement élevée d’analystes (près du tiers) qui anticipe de fortes augmentations de salaire cette année. Mais, il existe également des sources de préoccupation. Les bilans ne sont pas aussi sûrs qu’ailleurs ; près de 33 % des analystes pensent qu’ils sont modérément tendus. L’administration Trump aux États-Unis pourrait également susciter des risques ; 46 % des analystes prévoient déjà un impact modérément négatif de la politique américaine au cours des deux prochaines années. De plus, moins d’analystes déclarent que leurs entreprises accordent une importance croissante aux critères ESG que l’an dernier, contrairement aux autres régions. La corruption est la préoccupation numéro un.

Graphique 2 : La région EEMOA/Amérique latine : dans une phase relativement plus précoce du cycle

Europe : un optimisme grandissant

Les entreprises européennes sortent d’années de contrôle des coûts et de mouvements de concentration. Grâce aux vents porteurs de la croissance mondiale, elles tirent profit au mieux des coûts de financement très bas, d’une rentabilité croissante et de bilans solides afin d’investir dans le capital productif et dans la technologie tout en rémunérant leurs actionnaires.

Selon nos analystes européens, les dirigeants des entreprises sont sensiblement plus confiants à l’égard des perspectives de leurs activités. Un peu plus de 50 % des analystes – soit le double de l’an dernier – affirment que la confiance des dirigeants pour investir dans leur activité est en hausse par rapport à 2017.

Plus de quatre sur dix prévoient des dépenses d’investissement plus élevées. Comme ailleurs, la priorité demeure les dépenses de maintenance, mais de plus en plus d’entreprises commencent à investir dans la croissance.

Bien plus de la moitié des analystes européens s’attendent à une amélioration de la rentabilité, grâce avant tout à la croissance de la demande et aux économies de coûts ; il s’agit là du point de vue le plus optimiste au monde. Néanmoins, il est clair que les entreprises ne peuvent se permettre de se montrer moins strictes à l’égard de la discipline en matière de coûts qui leur a permis de traverser deux récessions en une décennie. Par exemple, la réduction des coûts contribue beaucoup plus fortement à la croissance attendue de la rentabilité qu’aux États-Unis et moins d’analystes affirment que le pouvoir de fixation des prix permettra d’accroître la rentabilité.

Des taux de rentabilité plus élevés et des bilans solides vont permettre à de nombreuses entreprises d’augmenter davantage leurs dividendes. Six analystes européens sur dix s’attendent à une augmentation des distributions de dividendes, une part plus élevée que nulle part ailleurs à l’exception des États-Unis. La plupart des analystes européens s’attendent également à ce que l’accent soit mis sur les fusions et acquisitions au cours des deux prochaines années. Les opérations sont plus susceptibles d’impliquer des acquisitions ciblées, plutôt que des opérations stratégiques de grande envergure qui occupent une place plus importante dans les anticipations des analystes américains.

Globalement, l’Europe apparaît en bonne santé. Les craintes déflationnistes se sont atténuées à la faveur de la reprise des économies périphériques. L’austérité n’est plus aussi sévère qu’auparavant et les salaires devraient augmenter selon près des trois quarts de nos analystes couvrant la région, ce dont devraient bénéficier les ménages. (à l’exception du Royaume-Uni où la croissance des salaires réels est négative depuis le début de l’année 2017, en partie en raison de l’impact inflationniste de la chute de la livre sterling après le vote en faveur du Brexit.) Il existe des facteurs négatifs réels et potentiels que nos analystes surveillent de près. Plus encore que l’année dernière, les analystes européens préviennent que le Brexit pèse déjà sur les décisions d’investissement stratégiques au Royaume-Uni. Ils font également observer dans leur grande majorité que les bénéfices des entreprises seraient vulnérables à l’incertitude ou l’instabilité politique en Europe.

Graphique 3 : Les analystes européens prévoient une amélioration de la rentabilité

Graphique 3 bis : Les analystes prévoient très largement un maintien voire une augmentation des dividendes

Royaume-Uni: les répercussions négatives du Brexit

Le long divorce du Royaume-Uni avec l’Union européenne a continué de dominer l’actualité politique (tout au moins en Grande-Bretagne), mais nos analystes semblent moins préoccupés. En effet, les trois quarts de l’ensemble de nos analystes estiment que Brexit n’aura aucune incidence sur les plans d’investissement stratégiques des sociétés qu’ils couvrent au cours des deux prochaines années.

Toutefois, il existe une différence marquée selon l’endroit où ces sociétés sont basées. Alors que 95 % de nos analystes couvrant les sociétés chinoises déclarent ne pas être inquiets, par exemple, alors que 54 % des analystes qui couvrent l’Europe s’attendent à un impact modérément négatif du Brexit et 9 % d’entre eux anticipent d’importantes répercussions négatives. Les secteurs de la consommation cyclique, de la finance, de l’industrie et des matériaux sont particulièrement touchés.

Le Brexit pèse également sur la volonté des entreprises d’investir au Royaume-Uni ; parmi les analystes européens, 61 % indiquent ainsi que leurs entreprises sont moins disposées à investir au Royaume-Uni à la suite du référendum. Un tiers des analystes américains et un quart des analystes japonais constatent des attitudes similaires parmi leurs sociétés.

Du point de vue des plans d’investissement au Royaume-Uni par secteur, plus de la moitié des analystes couvrant l’industrie pensent que le Brexit va avoir un impact modérément ou sensiblement négatif. Les secteurs de la consommation cyclique, de la finance, des matériaux et de la santé devraient également être affectés.

Nos analystes indiquent que les sociétés qu’ils couvrent sont préoccupées par l’incertitude entourant tout accord potentiel entre le Royaume-Uni et l’UE et notamment au regard des risques qui pèsent sur la place de Londres en tant que centre financier, la perte de talents qui y est liée, ainsi que par les inquiétudes à l’égard du marché immobilier.

L’inflation en Grande-Bretagne devrait rester inchangée, six analystes sur dix s’attendant à ce que les prix du Royaume-Uni restent stables au cours des 12 prochains mois. Seulement 25 % d’entre eux pensent que l’inflation va s’accélérer en affectant tout particulièrement les secteurs de l’industrie, de la consommation et de l’énergie.

Graphique 4 : Les entreprises européennes sont les plus préoccupées par l’impact du Brexit sur l’investissement au Royaume-Uni

Chine – redressement sur fond de rééquilibrage

Les analystes constatent cette année des signes attestant du redressement de l’économie chinoise, comme en témoigne la confiance des dirigeants d’entreprise qui, au travers de divers indicateurs, a atteint des niveaux record pluriannuels.

L’indicateur de sentiment global est passé à 6,4 contre 5,7 l’an dernier, soit la plus forte augmentation pour un pays ou une région dans le cadre de l’enquête. Même si cet indicateur reste inférieur à la moyenne mondiale de 6,6, les craintes de voir la croissance économique de la Chine connaître un passage à vide semblent s’atténuer. Près de 90 % de nos analystes dans le monde affirment que les dirigeants des entreprises qu’ils couvrent ne craignent pas un « atterrissage brutal » en Chine.

Pour la première fois en quatre ans, les prévisions de nouvelles dépenses d’investissement en Chine sont devenues positives ; il s’agit là de l’un des retournements de tendance les plus marqués de l’enquête. Les dirigeants d’entreprises issues d’un large éventail de secteurs sont en train de délaisser les investissements de maintenance en faveur des investissements de croissance, témoignant ainsi de l’optimisme accru dans la deuxième puissance économique mondiale et de la volonté d’innover et de moderniser les chaînes de valeur dans le pays.

Face à ces perspectives prometteuses, les entreprises chinoises prévoient de concrétiser le financement de leurs projets d’expansion. 33 % des analystes – plus que partout ailleurs – s’attendent à ce que l’endettement des entreprises continue d’augmenter, et ce, en dépit du fait que ces dernières prévoient des coûts de financement plus élevés cette année, selon 62 % des analystes chinois. C’est beaucoup plus qu’aux États-Unis où seulement 25 % des analystes entrevoient une augmentation des coûts de financement.

En dépit de conditions de liquidité quelque peu plus restrictives, la Chine s’y retrouve néanmoins dans la mesure où le pays sort de plusieurs années de baisse des prix industriels. Le rebond des prix des matières premières au niveau mondial en 2017 a été bénéfique ; la Chine est en effet le plus grand producteur mondial de plusieurs matières premières, dont le cuivre, le minerai de fer et l’aluminium. Les entreprises commencent également à constater les effets positifs de la réforme de l’offre du gouvernement qui s’est traduite par des réductions ciblées des surcapacités de production au sein d’un certain nombre d’industries majeures, comme notamment la sidérurgie.

Des défis subsistent. La prospérité grandissante de la Chine, le vieillissement de sa population et la diminution de sa main-d’oeuvre ont contribué à faire augmenter les salaires. Au niveau mondial, 72 % de nos analystes s’attendent à ce que les salaires de leurs entreprises augmentent, soit le pourcentage le plus élevé des cinq dernières années. La Chine figure en tête ; 86 % des analystes anticipent une hausse des salaires au sein des entreprises qu’ils suivent.

Toutefois, même si la croissance a ralenti au cours des dernières années et nous estimons que ce ralentissement devrait se stabiliser comme en témoigne une grande majorité de nos analystes.

Graphique 5 : Chine – peu de craintes d’un « atterrissage brutal » de l’économie

Japon – récolter les fruits des «Abenomics»

Tout d’abord, la mauvaise nouvelle : malgré cinq années « d’Abenomics », la croissance des salaires au Japon reste faible et l’inflation est toujours bien en-deçà de son objectif.

La bonne nouvelle concerne le chômage : celui-ci est à son plus bas niveau depuis le milieu des années 1990 et les bénéfices des entreprises sont à des niveaux record ; ce ne sont là que quelques-uns des nombreux signes attestant de la sensible amélioration de l’économie japonaise au cours des dernières années.

Avec un indicateur de sentiment de 7,0, nos analystes sont plus optimistes sur le Japon que sur n’importe quel autre pays ou région. Les meilleures notes du pays ont été étayées par la situation financière des entreprises qui ont une santé de fer et les anticipations de dividendes stables ou de plus en plus généreux.

Aucun pays ne fait mieux que le Japon lorsqu’il s’agit de faire preuve de prudence en matière de gestion des bilans : 47 % des répondants ont ainsi indiqué que les bilans japonais étaient très sûrs et prudents, tandis que 20 % ont déclaré que les bilans étaient modérément prudents. Une partie du mérite peut être attribuée à la refonte de la gouvernance d’entreprise dans le cadre des réformes économiques du Premier ministre Shinzo Abe, laquelle a contribué à améliorer l’efficacité du capital et à accroître les rémunérations des actionnaires à des niveaux record. Cette amélioration semble appelée à se poursuivre : près de 50 % de nos analystes japonais prévoient une augmentation de la rentabilité cette année.

Toutefois, les anticipations d’une hausse des salaires ne sont pas aussi largement partagées qu’ailleurs. Le Japon s’est classé au dernier rang parmi les pays et régions de l’enquête avec seulement 54 % des analystes qui entrevoient des augmentations modérées ou importantes des salaires cette année.

Conformément à ce résultat, il semble exister peu de pressions haussières sur les prix. Seulement 7 % des analystes japonais – la proportion la plus faible au monde – déclarent que les entreprises prévoient de procéder à des hausses de prix supérieures au taux de l’indice des prix à la consommation. Et l’inflation au Japon reste modérée : l’IPC est ressorti à 1 % en rythme annuel en décembre, soit son plus haut niveau en 33 mois.

Néanmoins, des hausses modérées des prix restent significatives pour le Japon, un pays où règne une mentalité déflationniste depuis des années.

Graphique 6 : Conservatisme des bilans au Japon

Asie-Pacifique, hors Chine et Japon – accélération de la croissance

Au-delà du Japon et de la Chine, l’indicateur de sentiment dans le reste de la région Asie-Pacifique (6,2) apparaît quelque peu mitigé par rapport au reste du monde – mais, un chiffre supérieur à cinq indique toutefois que les opinions positives l’emportent sur les négatives. Le niveau global de l’indicateur représente une amélioration séquentielle notable au sein de la région (qui s’étend de l’Australie à l’Inde) par comparaison avec celui de l’année précédente (5,7).

Comme en Chine, les prévisions tablent sur une augmentation des coûts de production relativement élevée au sein des entreprises. Les analystes de la région semblent également moins optimistes en ce qui concerne les distributions de dividendes, Seulement 34 % d’entre eux s’attendent à les voir augmenter, alors qu’ils sont une majorité dans la plupart des autres régions du monde (une exception notable est la Chine où seulement 29 % des analystes anticipent une hausse des dividendes).

Les perspectives de la région varient selon les secteurs. De manière anecdotique, l’orientation de la réglementation devrait être un facteur important pour des entreprises telles que les producteurs de matières premières qui ont profité d’importants avantages en 2017 des réglementations sur les droits anti-dumping ou les droits d’importation, ainsi que des réductions forcées de l’offre.

Graphique 7 : Asie-Pacifique, hors Japon et Chine : ce n’est pas la fin