Ce dernier volet de l'enquête présente les vues des analystes sur 10 secteurs.

Cet article est tiré de l’Analyst Survey 2018 réalisée par Fidelity auprès de 162 analystes au niveau mondial.

Santé : indicateur à 6.1 (contre 5.8 l’an passé)

En dépit de l’embellie de l’environnement économique général, l’état d’esprit de nos analystes du secteur de la santé ne s’est pas autant amélioré que dans certains autres secteurs. Malgré la légère amélioration de l’indicateur de sentiment à 6,1, la santé figure désormais parmi les trois derniers secteurs. L’une des raisons en est la suivante : la confiance avait été solide au cours des années précédentes, si bien que le potentiel d’amélioration est devenu moindre. Mais, il existe également d’autres facteurs: la réglementation et les prix.

Les pressions constantes dues aux interventions réglementaires et au contrôle des prix des médicaments se font ressentir dans l’enquête ; 75 % de nos analystes du secteur de la santé s’attendent ainsi à davantage de réglementation sous une forme ou une autre. Ils sont 83 % à estimer que les bénéfices de leurs entreprises sont particulièrement vulnérables à l’incertitude politique dans l’UE et 42 % pensent que la géopolitique pourrait avoir un impact modérément négatif sur les projets d’investissement stratégiques (plus que dans les autres secteurs, à l’exception de l’énergie). L’inflation est également une source de préoccupation, 83 % des analystes du secteur de la santé estimant qu’une inflation plus élevée aura pour effet de réduire les marges, ce qui laisse entrevoir un pouvoir de fixation des prix moindre que dans d’autres secteurs.

Graphique 1 : S’attendre à davantage d’interventionnisme réglementaire dans la santé

Matériaux : 6.7 (vs 6.4)

Le secteur des matériaux a retrouvé des couleurs. Il s’est vu attribuer le quatrième indicateur de sentiment le plus élevé et les analystes s’attendent à un regain d’activité sur le front des fusions-acquisitions (F&A). 33 % de nos analystes du secteur des matières premières estiment que les F&A représentent un objectif « dans une large mesure » ou une « priorité stratégique ». Ces F&A sont plus susceptibles de prendre la forme d’une démarche stratégique majeure et/ou de la conquête de nouveaux marchés, plutôt que d’acquisitions ciblées – l’inverse de la situation générale. Même si 25 % d’entre eux affirment que les bilans sont tendus, ils sont toutefois moins nombreux cette année qu’en 2017 à indiquer qu’ils sont excessivement tendus et plus nombreux à entrevoir une baisse plutôt qu’une hausse des niveaux d’endettement.

Les analystes du secteur des matériaux se concentrent naturellement sur la Chine en raison de son rôle dans la demande et la production d’acier, d’aluminium et de charbon. Ainsi, lorsqu’ils sont 40% à anticiper un ralentissement et 27 % un atterrissage brutal en Chine, il convient d’en prendre acte – il pourrait en effet s’agir de l’un des plus grands risques en 2018.

Graphique 2 : Le secteur des matériaux pourraient être le témoin de nombreuses opérations de fusions & acquisitions

Industrie : 6.6 (vs 6.2)

L’industrie abrite un ensemble large et diversifié d’entreprises, mais la plupart des analystes s’accordent sur le fait que l’automatisation aura une influence majeure sur le secteur. Cela transparaît d’ailleurs dans les dépenses d’investissement, 69 % des analystes du secteur s’attendant à une augmentation modérée ou importante des dépenses d’investissement au cours des 12 prochains mois. Environ 50 % de nos analystes pensent que l’accent va de plus en plus être mis sur les investissements de croissance par rapport à l’an dernier.

L’automatisation a un impact transformateur et la croissance de la demande reste favorable. L’an dernier, les dirigeants d’entreprise nous indiquaient que la croissance des bénéfices avait été le fait de l’expansion du marché et de la croissance de la demande finale. Cette année, près des trois quarts d’entre eux affirment que l’augmentation de la rentabilité proviendra d’une croissance plus élevée et plus rapide de la demande finale.

Graphique 3 : Reprise des dépenses d’investissement attendue dans l’industrie

Technologies de l’information (7.1 vs 7.3)

Après une année de forte hausse l’an dernier, l’indicateur de confiance pour le secteur des technologies de l’information s’est plus ou moins stabilisé cette année à un niveau élevé de 7,1, demeurant ainsi fermement dans un territoire synonyme d’amélioration des conditions des entreprises. Aucun analyste ne s’attend à une détérioration de la rentabilité en 2018 par rapport à 2017 et 84 % des analystes indiquent que les dirigeants d’entreprise sont considérés comme « plus » ou « beaucoup plus » confiants que l’an dernier. Selon les deux tiers des analystes, les effectifs devraient augmenter d’au moins 60 % en 2018. Compte tenu du regain de confiance qu’enregistrent d’autres secteurs, les dépenses technologiques devraient augmenter de façon généralisée, soutenant ainsi la croissance du secteur.

Pourquoi l’indicateur de sentiment est-il en légère baisse par rapport à l’année dernière ? La note relative aux dividendes en est la principale raison. L’an dernier, 60 % des analystes du secteur anticipaient une nouvelle augmentation des dividendes, alors qu’ils ne sont plus que 42 % à le prévoir cette année. En outre, 50 % des analystes du secteur des technologies de l’information avaient déclaré que les bilans étaient « très sûrs et prudents » en 2017, un pourcentage qui a chuté à 33 % cette année. Toutefois, l’extrême sécurité des bilans pourrait impliquer des niveaux de trésorerie excessifs ; l’augmentation des embauches, des dépenses technologiques et des dépenses d’équipement que les analystes anticipent cette année, de même que la part belle faite par les investissements à la croissance, sont de bon augure pour la croissance future.

Graphique 4 : Technologies de l’information – soutenues par la hausse des dépenses technologiques dans tous les secteurs

Services collectifs (5.8 vs 5.5)

Les entreprises du secteur vont être confrontées à d’importants changements réglementaires : 50 % de nos analystes estiment en effet que les aspects envrionnementaux seront les plus impactants en terme de coûts. Nos analystes estiment que ces coûts seront majoritairement financés par une hausse de l’endettement en 2018.

Cette situation pourrait peser sur la rentabilité. 30 % des analystes pensent que la rentabilité pourrait diminuer en 2018, soit le pourcentage le plus élevé de tous les secteurs, avec celui de la consommation cyclique. Sans surprise, ils attribuent cela à l’augmentation des coûts. Si l’inflation s’accélère, elle pourrait exercer davantage de pressions sur les services collectifs, 70 % des analystes estimant qu’elle ferait principalement baisser les marges. Du côté positif, la relance budgétaire pourrait offrir un modeste coup de pouce au secteur, selon la moitié des analystes qui couvrent les services collectifs.

Graphique 5 : La réglementation domine les questions environnementales et sociales dans les services collectifs

Finance : 6.5 (vs 5.8)

Les banques ont assaini leur bilan et réduit leur exposition au risque de crédit. L’indicateur de sentiment a fait un bond impressionnant de 0,7 par rapport à l’année dernière grâce aux anticipations de dividendes plus élevés et à de meilleurs taux de rentabilité. 60 % de nos analystes s’attendent à une augmentation des dividendes distribués et presque autant d’entre eux entrevoient une amélioration de la rentabilité, principalement sous l’effet des réductions de coûts.

Les bilans apparaissent également en bonne santé, plus de la moitié des répondants les estimant modérément ou extrêmement prudents. Mais, les entreprises vont devoir piocher dans leur trésorerie
afin de s’adapter à la numérisation de l’environnement. En effet, 82 % des analystes du secteur affirment que les dépenses en technologies de l’information vont continuer d’augmenter cette année de manière à tenter de suivre le rythme de l’innovation et de renforcer la sécurité des données et la cyberprotection.

Graphique 6 : Les bilans du secteur financier apparaissent solides

Energie : 7.1 (vs 6.4)

L’amélioration de la confiance dans le secteur de l’énergie au cours des deux dernières années est spectaculaire. La hausse du prix du pétrole a certes aidé, mais il est encore loin de son sommet ; la situation du secteur doit tout autant à sa discipline stricte en matière de gestion des coûts et de volumes de production (tant aux États-Unis [pétrole de schiste] que dans les pays de l’OPEP).

Nos analystes pensent que le prix moyen du pétrole en 2018 ne sera que légèrement supérieur à celui de 2017, mais ils s’attendent à ce que cette discipline se poursuive, tandis que la demande va rester soutenue, à moins que l’économie mondiale ne tombe subitement en récession. Les flux de trésorerie sont solides et les incitations financières des dirigeants reposent moins sur une augmentation de la production qu’au cours des cinq dernières années. Les analystes s’attendent donc à ce que les entreprises continuent de procéder à des rachats d’actions, d’augmenter leurs dividendes, de rembourser leur dette et de réduire leur endettement en 2018.

Graphique 7 : Energie : tirer les leçons des erreurs (prévisions pour 2018 par rapport à 2017)

Télécommunications : 6.4 (vs 5.7)

Les opérateurs de télécommunications bénéficient de l’assouplissement de la réglementation en Europe et ont profité d’un financement bon marché pour réduire les coûts liés au service de leur dette. Même si 33 % des analystes – plus que dans tout autre secteur à l’exception de l’énergie – les perçoivent encore comme modérément tendus, les bilans sont aujourd’hui dans une meilleure situation qu’au cours des quatre ou cinq dernières années.

Les distributions de dividendes, qui constituent un bon baromètre de la santé du secteur, devraient augmenter cette année. Les possibilités de réduction des coûts grâce à la « numérisation » restent importantes et rendent probables des opérations de fusions-acquisitions plus importantes, lesquelles sont vues d’un bon oeil par nos analystes en raison de la nature très concurrentielle du marché avec des entreprises à coûts fixes.

Ils perçoivent également certains signes d’amélioration sur le front des prix dans la mesure où les entreprises relèvent timidement leurs prix. Mais, le pouvoir de fixation des prix demeure plus faible qu’ailleurs et le secteur est le seul dans lequel une majorité (significative) d’analystes s’attend à ce que les prix à la production augmentent moins que l’inflation. Toutefois, des coûts de production et une hausse des salaires moins élevés que dans d’autres secteurs devraient aider.

Graphique 8 : La faiblesse des pressions sur les coûts de production soutient les flux de trésorerie dans les télécommunications

Consommation cyclique : 5.8 (vs 5.1)

Le sentiment au sein du secteur de la consommation cyclique s’est redressé par rapport à l’année dernière où les réponses positives l’emportaient à peine sur les réponses négatives ; mais ce secteur est un secteur des extrêmes. La consommation n’est pas forcément en train de souffrir dans l’ensemble, mais les conditions restent difficiles dans certaines parties du secteur et l’endettement est élevé parmi les entreprises américaines.

Les entreprises qui sont exposées l‘attrait grandissant pour les jeux d’argent, les loisirs et les dépenses destinées à payer des « expériences » enregistrent une croissance, mais les distributeurs traditionnels dans les domaines des produits alimentaires et des vêtements éprouvent des difficultés sous l’effet de la faiblesse des marges, de la sévérité de la concurrence, de la taille excessive des magasins et de l’évolution structurelle des canaux de distribution en faveur de diverses formes d’achats en ligne. Compte tenu de la faiblesse de la croissance des volumes du marché, ils doivent grignoter mutuellement leurs parts de marché pour survivre – un environnement difficile.

Les analystes indiquent également que les groupes de consommation cyclique se trouvent à des stades plus avancés de leur cycle industriel que d’autres sociétés et 50 % d’entre eux affirment que les entreprises se préparent maintenant à la fin du cycle. Près de 33 % – un même pourcentage se retrouve uniquement dans le secteur des services collectifs – entrevoient une détérioration de la rentabilité et l’attribuent à la rupture, aux nouveaux entrants et au ralentissement de la demande.

Graphique 9 : Davantage de groupes de consommation cyclique en fin de cycle

Consommation de base : 7.1 (vs 5.8)

La confiance parmi les analystes du secteur de la consommation de base est plus solide que celle de leurs homologues du secteur de la consommation cyclique, en partie en raison de marges plus élevées, d’un contrôle très strict des coûts et d’un meilleur pouvoir de fixation des prix, surtout au sein des grandes marques. Les entreprises du secteur bénéficient également de la croissance structurelle de la demande dans les pays émergents ; cette situation confère un avantage aux entreprises européennes sur leurs concurrentes américaines qui sont moins exposées aux nouveaux marchés.

Mais, leur polarisation notable sur le contrôle des coûts et le « budget à base zéro », qui se retrouve aujourd’hui dans toute l’industrie, pourrait nuire à l’image des marques à plus long terme ; c’est là le compromis entre croissance et marge. Et les analystes ajoutent que, en particulier dans les pays développés, les entreprises du secteur de la consommation de base font face à de réelles difficultés en matière de volume ; les jeunes consommateurs préfèrent en effet les produits locaux, authentiques ou biologiques aux grandes marques. Cette situation exerce des pressions sur les marges ; mais, les entreprises ont été jusqu’à présent en mesure d’augmenter leurs prix, ce qui leur a permis de maintenir relativement stables leurs chiffres d’affaires.

L’endettement est élevé, mais la moitié des analystes s’attend à ce qu’il diminue en 2018 dans la mesure où il est principalement lié aux fusions-acquisitions et moins d’opérations de grande envergure sont attendues. Le coût du service de la dette est également nettement inférieur à ce qu’il était il y a quelques années et de nombreuses entreprises ont refinancé leur dette avec des échéances à long terme.

Graphique 10 : Une forte dépendance à l’égard de la réduction des coûts dans le secteur de la consommation de base