Pour de nombreuses maladies du sang, des gènes défectueux ont été identifiés, ce qui les rend hautement compatibles avec la thérapie génique.

Quand les besoins médicaux non satisfaits rencontrent les nouvelles technologies

Peu d’options thérapeutiques jusqu’à présent

Des cancers du sang aux maladies rares héréditaires, l’hématologie représente un marché de plus de 100 milliards de dollars, avec une croissance à deux chiffres. Alors que ces maladies altèrent des fonctions sanguines cruciales, comme le transport de l’oxygène ou la défense contre les infections, les thérapies existantes sont encore invasives et coûteuses. Le coût total des thérapies standard de l’hémophilie se situe entre 10 et 20 millions de dollars et les possibilités de traitement sont limitées.

La thérapie génique apporte une réponse

Nos gènes sont responsables du fonctionnement, de la production ou même de la forme de nos cellules sanguines. Pour de nombreuses maladies rares du sang, les gènes défectueux ont déjà été identifiés, ce qui en fait des cibles idéales pour les thérapies géniques.

Des données publiées en 2019 ont montré que pour de nombreuses maladies du sang, une réparation partielle de la fonction des gènes pourrait suffire à améliorer considérablement les conditions sanguines. Cette même année, Bluebird Bio a ouvert la voie à la première thérapie génique approuvée en Europe pour une maladie rare du sang, la β-Thalassémie.

Une année 2020 pleine de promesses

Pour les maladies rares du sang, plusieurs thérapies géniques sont en voie d’approbation.

Plusieurs sociétés sont actives dans ce domaine à l’image BioMarin avec Valrox (4 à 5 milliards de dollars de ventes potentielles) qui pourrait être la première thérapie génique sur l’hémophilie à entrer sur le marché avec une décision de la FDA attendue d’ici l’été. Mais la concurrence n’est pas en reste. SPK-8011 de Spark/ Roche et SB-525 de Sangamo/Pfizer sont les deux programmes qui suivent de près BioMarin.

Parmi les nombreux médicaments en développement, la thérapie génique utilisant l’ARN propose une approche intéressante que nous suivons de près. Alnylam avec comme partenaire Sanofi mène une étude basée sur l’ARN dont les données de la phase III sont attendues cette année.

Menace sur l’élixir de vie

Il s’agit de contrôler l’hémorragie

L’hémophilie, la drépanocytose et β-Thalassémie sont les maladies rares du sang les plus courantes. Plus de 400 000 patients sont atteints d’hémophilie dans le monde entier, et il n’existe pas de remède à ce jour.

L’hémophilie a deux principales formes, la A (80 % des cas) et la B (20 % des cas), toutes deux caractérisées par des niveaux insuffisants de protéines de coagulation (respectivement une déficience en facteur VIII et en facteur IX) nécessaires pour sceller les plaies, contrôler les saignements et favoriser la guérison.

La drépanocytose et β-Thalassémie sont des maladies génétiques causées par une mutation sur le gène codant pour l’hémoglobine, la protéine porteuse d’oxygène. Dans le cas de la drépanocytose, les globules rouges prennent une forme de faucilles et meurent précocement, entrainant une anémie. Ils peuvent également, dans certains cas, bloquer la circulation sanguine. Quant à la β-Thalassémie, les mutations génétiques altèrent la production de l’hémoglobine entrainant une anémie importante.

Une charge économique au-delà du risque clinique

Les coûts des traitements actuels sont importants et s’élèvent en moyenne à 300 000 dollars par an et à près d’un million de dollars pour les cas les plus graves. On comprend aisément que seuls les patients vivant dans les pays riches ont accès à ces traitements et que l’impact économique sur les dépenses de santé est important.

Le remplacement du facteur de coagulation ou prophylaxie est la norme de soins pour l’hémophilie et la β-thalassémie. Ces deux traitements nécessitent plusieurs injections par semaine pour, dans le cas de l’hémophilie, remplacer le facteur de coagulation manquant. Pour la β-thalassémie, seule la greffe de moelle osseuse permet une guérison permanente. En effet, les cellules souches hématopoïétiques, situées dans la moelle osseuse, sont responsables du développement de tous les types de cellules sanguines.

Les thérapies géniques doivent encore prouver leur durabilité à long terme

Les thérapies géniques éliminent ou réduisent la nécessité d’injections régulières. Cependant l’aspect financier demeure. Les coûts initiaux élevés doivent se révéler plus avantageux que les dépenses récurrentes engagées avec les thérapies standard.

De ce fait, des études récentes ont montré que les thérapies géniques permettent en fin de compte aux systèmes de santé de faire des économies. Par exemple, le coût de la thérapie génique pour l’hémophilie est estimé à 2 à 3 millions de dollars par injection, mais son efficacité peut durer jusqu’à 10 ans ou plus. Alors qu’en pensent les payeurs? BioMarin a récemment déclaré que la plupart des assureurs sont prêts à payer pour un traitement de ce type.

Les années 20 pourraient être celles de la guérison!

“Le premier domaine thérapeutique sur lequel nous allons nous concentrer est l’hémophilie”, Scott Gottlieb.

En 2018, le commissaire de la FDA de l’époque, Scott Gottlieb, a souligné le réel potentiel de la thérapie génique pour l’hémophilie. L’agence américaine a établi des programmes accélérés pour l’approbation des thérapies géniques pour l’hémophilie, ce qui a permis de réduire les incertitudes en ce qui concerne le cadre réglementaire.

Pourquoi la thérapie génique devrait-elle fonctionner pour l’hémophilie?

La thérapie génique pourrait être très efficace dans les cas d’hémophilie A et B, car le défaut vient d’un seul gène produisant de telles protéines. D’après les données cliniques publiées que nous avons lues jusqu’à présent, une augmentation modeste des protéines de coagulation réduit considérablement les saignements. Ces études permettent de nourrir de grands espoirs pour cette thérapie.

L’hémophilie A a été, jusqu’à présent, la première forme à être ciblée par les biotech car elle est la forme la plus courante et touche donc un plus grand nombre de patients. La première entreprise susceptible d’obtenir l’approbation de la FDA, cette année, est BioMarin pour la forme A. Quant à l’hémophilie B, AMT-061 développé par UniQure est la première thérapie à rentrer en phase III et pourrait être commercialisée d’ici 2021. Elle se trouve devant ses principaux concurrents qui sont notamment Spark et Sangamo.

CRISPR/CAS 9 comme remède ultime?

L’édition génique, utilisant entre autres, la technologie CRISPR/CAS 9, devrait émerger comme une option thérapeutique ultime. Si les essais cliniques montrent une efficacité et une sécurité à long terme, les premières thérapies pourraient entrer sur le marché dès 2025. En collaboration avec Vertex, CRISPR Therapeutics développe son programme CTX001 sur la drépanocytose et β-Thalassémie.

Catalyseurs

• Des données plus importantes sont attendues pour 2020. Vertex et son partenaire CRISPR Therapeutics publieront des résultats supplémentaires sur la β-thalassémie et la drépanocytose.

• Une conférence sur la thérapie génique pour les troubles sanguins se tiendra du 3 au 5 mars 2020. Plusieurs sociétés, dont Bluebird, Editas ou Roche, présenteront des données supplémentaires.

• De nouvelles fusions et acquisitions se dessinent dans le domaine de l’hémophilie. Après l’acquisition de Spark par Roche l’année dernière, UniQure, Alnylam ou BioMarin pourraient être d’excellents candidats car leurs traitements pourraient arriver sur le marché prochainement.

Risques

• Le principal défi reste la sécurité, car la thérapie génique est appliquée aux cellules souches, à partir desquelles toutes les cellules sont créées.

• Une adoption commerciale plus lente que prévu pour la thérapie génique de BlueBird. La société a reçu l’approbation par l’UE en 2019 sur la β-thalassémie. Compte tenu du prix élevé (1,57 million d’euros), les assurances pourraient choisir de ne rembourser cette thérapie que pour la forme la plus grave. Si tel était le cas, les possibilités commerciales seraient limitées.

• Si elle est approuvée, la thérapie génique sur l’hémophilie deviendra le médicament le plus cher au monde. BioMarin a déjà annoncé une fourchette de prix de 2 à 3 millions de dollars. Le remboursement de ce remède fera certainement l’objet de négociations.

Conclusion

Avec l’approbation récente de la thérapie génique de Bluebird sur la β-thalassémie, et plusieurs candidats sur l’hémophilie proches d’une mise sur le marché, nous pensons que plusieurs sociétés de notre portefeuille Biotechnologie sont susceptibles d’en bénéficier.

 

Sources : Global Market Insights, National Hemophilia Foundation (NHF), Medical gallery of Blausen Medical 2014