Une nouvelle conférence sur le changement climatique (COP) des Nations Unies est sur le point de s’achever; qu’en ressort-il?

Par Pascal Dudle, Head of Listed Impact, Senior Portfolio Manager, Matthias Fawer, Senior Analyst ESG & Impact Assessment et Marco Lenfers, Client Portfolio Manager

 

En bref

  • La conférence sur le changement climatique des Nations Unies (COP27) nous rappelle que les économies en voie de développement subissent en premier lieu les conséquences négatives des émissions principalement produites dans les pays industrialisés.
  • Puisque les sociétés occidentales sont responsables de la majeure partie des émissions de gaz à effet de serre et de l’épuisement des ressources naturelles, c’est à elles qu’incombe d’atteindre la neutralité carbone.
  • Un indicateur commun utilisé pour mesurer les progrès d’une société en la matière est la méthode de l’empreinte carbone. Nous estimons toutefois que cette approche est trop restrictive.
  • Selon nous, la méthode des «émissions potentielles évitées» (EPE), prônée par l’équipe d’investissement à impact de Vontobel, permet de mettre en évidence les avantages environnementaux réels du produit d’une société.

Pascal Dudle

Le sommet, qui s’est tenu dans la ville égyptienne de Sharm el-Sheikh la deuxième semaine de novembre, a non seulement permis de réaffirmer les objectifs déjà fixés et d’en définir de nouveaux pour réduire les émissions, mais a également exposé quelques vérités déplaisantes, notamment le fait que les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont atteint un niveau record et qu’elles sont principalement produites par les pays les plus industrialisés du monde,(1) alors que l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie en subissent les conséquences de plein fouet.

Puisque les sociétés occidentales sont responsables de la majeure partie des émissions de GES et de l’épuisement des ressources naturelles, c’est à elles qu’incombe d’y remédier. Pour ce faire, il est notamment possible d’adopter une stratégie visant à réduire les émissions de carbone et d’agir en conséquence. Une étude de Bank of America démontre que le nombre de sociétés qui se sont fixé des objectifs en matière de neutralité carbone2 a fortement augmenté en 2021 en raison d’un durcissement de la réglementation, de la pression des actionnaires et des mesures prises par les pairs (voir graphique 1). En pratique, un tel engagement se reflète dans la prise en considération des objectifs de zéro émission nette dans le processus décisionnel de la direction.

2022.11.16.Net zero

Un objectif difficile à atteindre

Matthias Fawer

Cependant, les objectifs «zéro émission nette» ne sont pas exempts de doutes. Par exemple, le New York Times affirme que ces objectifs pourraient s’avérer être des promesses vaines, voire pourraient entraver les efforts mis en œuvre pour mettre un terme au changement climatique du fait qu’un nombre trop important de sociétés repoussent le problème.3 En outre, ils ciblent principalement les émissions de carbone des scopes 1 et 2, soit les émissions de carbone produites au cours du processus de fabrication, ce qui exclut les émissions de scope 3, c’est-à-dire les émissions liées à la chaîne de valeur du produit dans son ensemble ainsi qu’à son cycle de vie (voir graphique 2). Un autre point sensible dénonce la dépendance par rapport aux nouvelles technologies telles que les systèmes de capture du carbone pour réduire les émissions. Le NYT souligne le fait que, à l’heure actuelle, seules 19 installations de ce type existent dans le monde, ce qui suffit à peine pour éliminer les émissions annuelles de 700 Américains. La publication remet également en question la pratique consistant à se cacher derrière des «solutions naturelles», c’est-à-dire planter des arbres, pour neutraliser les émissions.

2022.11.16.Empreinte carbone

Empreinte carbone vs émissions potentielles évitées

Marco Lenfers

Malgré tout, nous pensons que l’initiative des sociétés pour réduire les émissions de carbone est louable. Mais que signifie-t-elle pour les investisseurs et comment ces derniers peuvent-ils soutenir les objectifs de «zéro émission nette»?

L’empreinte carbone est souvent utilisée comme base; les investisseurs privilégient les portefeuilles de sociétés affichant une empreinte carbone plus faible plutôt qu’une «peer group». Toutefois, cet indicateur est selon nous trop succinct, car il considère en général uniquement les émissions de carbone des scopes 1 et 2 d’une société (voir la définition ci-dessus) et exclut ainsi une partie de l’impact réel des produits et services de celle-ci sur le monde. Par exemple, les sociétés technologiques telles que les FAANG (Facebook, Amazon, Apple, Netflix et Google) et leurs équivalents chinois (Baidu, Alibaba ou encore Tencent) ont une faible empreinte carbone par rapport à leurs revenus ou à leur capitalisation boursière, mais leurs activités contribuent peu à réduire l’empreinte écologique de la société.

Quelle approche pourrait être considérée pour l’avenir? En tant que gestionnaires actifs en mesure d’examiner de près chaque candidat pour un portefeuille, nous avons exploité les compétences des experts du climat d’ISS ESG afin de mettre au point une méthode dite des «émissions potentielles évitées» ou EPE. Considérer les émissions de l’ensemble de la chaîne de valeur permet d’évaluer la contribution potentielle d’une société à l’atténuation du changement climatique en intégrant une allocation de capital axée sur les solutions. Afin d’évaluer les références en matière de durabilité des positions existantes d’un portefeuille ou des ajouts éventuels, nous demandons à la direction de la société concernée de nous fournir les données nécessaires pour calculer les émissions évitées4 par rapport à un produit standard ou à une référence sectorielle.

Examinons un exemple concret pour illustrer la différence entre les deux méthodes. En considérant l’ensemble des émissions de la chaîne de valeur d’une éolienne (production, installation et démantèlement5), nous observons qu’elle émet près de 640 tonnes de dioxyde de carbone par mégawatt de puissance. Cependant, en considérant la quantité d’émissions de CO2 «évitées» par une éolienne par rapport à une centrale électrique à combustibles fossiles, nous constatons que cette quantité est 50 fois plus grande que la quantité d’émissions produites (voir graphique 3). Il existe de nombreux autres exemples qui mettent en évidence les avantages de la méthode plus complète. Selon nous, une perspective EPE permet notamment d’exposer les avantages environnementaux du train par rapport à la voiture ou ceux des bâtiments à haute efficacité énergétique par rapport aux bâtiments non isolés.

En conclusion, quelques sociétés excellent en apparence et affichent une faible empreinte carbone, mais un examen plus approfondi contredit leurs résultats. Nous estimons que se concentrer sur les champions «réels» comme le propose la méthode globale des EPE est une approche beaucoup plus intéressante, bien qu’également plus exigeante en termes de recherche. Selon nous, les sociétés qui devraient faire l’objet d’une attention particulière sont notamment Vestas, un fabricant d’éoliennes danois, Saint-Gobain, un fournisseur de verre à haute performance pour les bâtiments basé en France, ou encore Andritz, un fournisseur autrichien d’équipements pour les centrales hydroélectriques.

2022.11.16.Emissions potentielles

 

1. Greenhouse Emissions Rise to Record, Erasing Drop During Pandemic, article de blog du Fonds monétaire international, 30 juin 2022. https://www.imf.org/en/Blogs/Articles/2022/06/30/greenhouse-emissions-rise-to-record-erasing-drop-during-pandemic
2. La neutralité carbone désigne la capacité d’un pays ou d’une société à éliminer de l’atmosphère la même quantité de carbone que celle émise par ce pays ou cette société. En théorie, la réalisation de cet objectif devrait mettre un terme au réchauffement climatique mondial.
3. Net Zero Global Warming – just a flaw? New York Times: Opinion Video , juillet 2022
4. Les émissions évitées sont les émissions qui auraient été émises sans la mise en œuvre d’une action ou intervention particulière. Voir aussi Potential Avoided Emissions (PAE): Dataset & Bespoke offering, ISS ESG, avril 2022.
5. Afin d’effectuer une comparaison directe, nous avons également inclus les scopes 1, 2 et 3 dans le calcul de l’empreinte carbone.

 


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