La note macro de Nicolas Blanc, Responsable de l’Allocation chez Ellipsis AM.

La prudence reste de mise à la BCE. Ainsi, Mario Draghi, pour dire qu’il devrait bientôt fermer le robinet du QE, a simplement tu le fait qu’il pourrait l’ouvrir encore plus grand et minimisé ensuite la portée de cette omission. Il s’agit, d’une part, d’assortir une probabilité à sa décision future et donc de rehausser son caractère contingent. Il faut donc comprendre que la probabilité que son programme se termine cette année a légèrement augmenté.

D’autre part, la banque centrale cherche à préparer le marché à chacune des inflexions de sa politique, et donc à dévoiler ses décisions de manière très progressive. Il lui faut donc décomposer son annonce en plusieurs messages incrémentaux, d’où le caractère très préliminaire du premier. Il reste que, selon nous, le programme prendra bien fin cette année, avec une dernière diminution en septembre, et que cette perspective va maintenir la pression sur les taux.

Début de descente ?

Alors que le rythme d’activité économique avait connu une accélération synchronisée en fin de l’année dernière, et à des niveaux sensiblement supérieurs au potentiel, il semble que le retour à une certaine modération apparaisse en 2018. Les indicateurs de surprise, qui mesurent l’écart entre les publications économiques et les attentes préalables, sont en baisse. Après les records de l’année dernière, les publications du début d’année, bien que positives, apparaissent décevantes.

La plupart des nowcast, qui visent à anticiper le niveau instantané de la croissance, accusent également une baisse depuis le début de l’année. Parmi les économies développées, les US seraient repassés sous les 3%, après un début d’année supérieur à 4%. En Europe, la baisse est encore plus prononcée, après les publications de l’indice IFO et diverses hard data en Allemagne. La récente force de l’Euro et la montée des incertitudes politiques ont certainement joué dans cette évolution. Le Japon est également touché par une publication décevante de sa production industrielle. Du coté des émergents, la situation apparait plus stable, la Chine maintenant des niveaux toujours élevés, absorbant sans difficultés les réformes de Xi Jinping.

Sur le fond, ce ralentissement apparent ne constitue pas une mauvaise nouvelle, car la poursuite d’un rythme nettement au-dessus du potentiel créait les bases d’un ralentissement brutal. Il permettra aux banques centrales de conserver leur gradualisme. Il conviendra toutefois, dans les semaines à venir, de vérifier que l’atterrissage se déroule en douceur.

L’embarras du choix

Les résultats de l’élection italienne ne donnent de majorité à aucun groupe et ouvrent de nombreux scénarios possibles, entre lesquels le rôle du PD nous semble central:

  • M5S+PD, auquel MS5 semble favorable. Cette solution, bloquée aujourd’hui par Renzi, permettrait au PD un recentrage à gauche et d’éviter des nouvelles élections.
  • L+FI+UDC+PD (grande coalition), qui pourrait être acceptée par les électeurs du PD et éviter de nouvelles élections.
  • M5S+L (alliance populiste), très peu probable en raison de divergences sur les sujets sociaux.
  • Un gouvernement technique, avec le risque d’aboutir rapidement à de nouvelles élections.

En toutes hypothèses, l’Italie devrait souffrir d’une incertitude prolongée et de l’arrêt des réformes.

 

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