La note macro de Nicolas Blanc, Responsable de l’Allocation chez Ellipsis AM.

Contrastant avec la fébrilité et l’irrationnel qui dominent les débats britanniques, l’UE a choisi de répondre à la demande de délai déposée par Theresa May de la manière la plus neutre et la plus «légaliste» possible. Un délai technique est accordé jusqu’au 22 mai, si l’accord est ratifié cette semaine par les Communes, permettant au UK de prendre toutes les actes législatifs nécessaires.

Dans l’hypothèse où cet accord serait rejeté pour la troisième fois (à supposer d’ailleurs que le speaker accepte qu’il soit soumis au vote), le délai ne sera repoussé qu’au 12 avril. Cette date est un pivot dans le processus de sortie car c’est le dernier jour où le parlement anglais peut décider de la participation du pays aux élections européennes, une condition sine qua non à toute extension longue du processus de sortie. L’UE évite donc un piège qui lui était tendu si elle acceptait la demande de Mme May (une simple extension au 30 juin). Si, à cette date, aucun accord n’était encore trouvé, la présence britannique n’étant plus possible sans mettre en danger les institutions, l’UE n’aurait eu de choix qu’entre le hard Brexit et des concessions supplémentaires.

Ici, la balle reste bien du coté anglais. L’UE donne:

  • une dernière chance à son accord (sans trop y croire, selon les rumeurs qui ont filtré des discussions) et, en cas d’échec,
  • une période de deux semaines dans laquelle une voie future devra être définie, puis validée par l’UE, l’absence de réaction et d’organisation d’élections européennes valant implicitement choix du hard Brexit.

Il est délicat d’imaginer l’issue qui prévaudra, l’accord de Mme May pouvant finalement convaincre des Brexiteers grâce au risque d’une annulation de la sortie en cas de délai long. En cas de rejet, le parlement (Mme May sera alors certainement hors-jeu) pourra-t-il transformer son rejet du hard Brexit, clairement exprimé dans un vote récent, en une définition claire d’un nouveau processus de sortie, ce qui impliquera un déchirement des Tories? Le risque d’un nouveau blocage existe mais nous semble tout de même limité, au regard des enjeux en présence.

FOMC: patience et longueur de temps…

Les dirigeants de la Fed ont confirmé et même amplifié le tournant accommodant pris lors du FOMC de janvier. Comme reflété dans les dots, une large majorité considère désormais qu’aucune hausse ne sera nécessaire cette année, le consensus étant précédemment de 2. Le communiqué met l’accent sur la patience et l’observation des données pour déterminer les ajustements futurs (lesquels pourraient bien être des baisses de taux, comme l’attendent les marchés de futures). Les projections économiques ont été abaissées (+2,1% pour la croissance cette année, très près de l’estimation de long-terme, +1,9% et émergence d’un risque à la baisse pour l’inflation). La réduction du bilan devrait bien prendre fin en octobre mais le rythme devrait baisser dès le mois de mai, avec un bilan de la Fed à cette date toujours très significatif. Sans surprise, la réaction des marchés de taux a été positive.

La croissance exponentielle du populisme

La démocratie libérale, triomphante après la chute du communisme, se trouve aujourd’hui minoritaire. Selon les estimations de Bloomberg, et exprimée en part de la production mondiale, la fraction des pays non démocratiques ou ceux dont les démocraties ont mis au pouvoir des populistes est passé de 20% à la fin des années 2000 à 70% aujourd’hui (la croissance chinoise et l’élection de Trump expliquant une bonne partie du mouvement). Si dans certains cas des régimes autoritaires peuvent prétendre à une efficacité économique (on peut penser à la Chine), la réponse à une situation de crise généralisée, nécessitant une coordination importante, pourrait être rendue plus difficile.