La note macro de Nicolas Blanc, Responsable de l’Allocation chez Ellipsis AM.

Assez paradoxalement, les derniers développements du dossier du Brexit augmentent l’incertitude mais pas réellement le risque de la situation. En effet, l’opposition des Communes au Hard Brexit s’affirme de plus en plus clairement, y compris chez de nombreux conservateurs. L’UE y est évidemment très hostile et cette éventualité n’est évoquée par Mme May que comme moyen de négociation. Elle ne se produirait que par accident.

Au vu de l’ampleur de la défaite de Theresa May, la probabilité que son accord soit ratifié in fine par le parlement a significativement baissé (sans être toutefois nulle, car sa proposition résulte d’un ensemble assez cohérent de contraintes, ainsi que de la position de l’UE). La suite des événements impose donc un délai supplémentaire. Il nous semble que celui-ci sera facilement obtenu, l’UE n’ayant aucun intérêt à provoquer le Hard Brexit et son intransigeance s’est révélée jusqu’ici improductive.

La présence des élections européennes pourrait compliquer la situation (quelle représentation pour le UK, si celui-ci fait encore partie de l’UE en juillet?), sans la rendre réellement impossible. La tâche de Mme May pendant cette période va être de trouver un projet permettant de dégager une majorité parlementaire, en abandonnant certaines des contraintes qu’elle s’était fixées. Pour pouvoir rallier tout ou partie du Labour à sa cause, il faudra positionner le UK plus près de l’Europe, dans une solution «à la norvégienne». Notons que, même dans l’hypothèse ù un tel consensus se dégagerait, la question de l’accord de divorce – et le backstop voulu par l’UE – resterait toujours présente. En outre, il achèverait de déchirer les conservateurs.

En cas d’échec de cette tentative, et au vu de l’impuissance des institutions, le retour aux urnes pourrait s’imposer à Mme May, qui s’en défend bien sûr aujourd’hui. Il serait audacieux de tabler dans ce cas sur une annulation du Brexit mais l’hypothèse d’un Hard Brexit choisi démocratiquement est très improbable. On comprend donc pourquoi les marchés ont accueilli la défaite de Mme May avec une telle sérénité.

Du soutien budgétaire en zone euro

Alors que la croissance européenne ralentit, le mouvement des gilets jaunes pourrait finalement constituer une nouvelle positive, par les dépenses publiques qu’il a suscitées. On peut juste regretter que le soutien budgétaire envisagé n’améliore pas la capacité productive. En revanche, le choix de baisser les impôts plutôt que d’augmenter les dépenses va dans le sens de l’efficacité. De son côté, l’Allemagne, subissant un ralentissement de son activité et affichant un solde élevé de sa balance courante, pourrait aussi assouplir sa position. L’Italie a réussi, elle, à se conformer aux demandes de l’UE tout en maintenant une partie de ses nouvelles dépenses sociales. Elle a ainsi largement endigué la hausse des taux que ses projets initiaux avaient engendrée et qui constituait une menace pour la croissance. Les budgets publics devraient donc contribuer à la croissance cette année.

Le shutdown, combien ça coute?

C’est le plus long shutdown de l’histoire, et ses impacts font débat entre économistes. Il faut d’abord compter le travail non-effectué par les employés laissés de côté et par les sous-traitants, ainsi que la baisse de consommation. Mais l’activité subira également l’interruption de certains services, comme les agréments nécessaires aux produits ou services règlementés. Enfin, ce sont les effets sur la confiance des ménages et des entreprises qui sont les plus difficiles à évaluer. La Maison blanche estime que chaque semaine de shutdown retire le montant significatif de 0,13% à la croissance américaine. Dans un contexte en ralentissement, cette confrontation est un jeu assez dangereux.