L’été a malheureusement confirmé les premières détonations entendues au printemps. L’arrivée en fin de course de trois cycles concomitants - monétaire, économique et politique - représente toujours le problème principal pour les marchés.

Didier Saint-Georges

Il est toujours délicat de naviguer dans les périodes de fin de cycles. Car au moment où les premières victimes commencent à être touchées, d’autres entonnent avec la dernière des énergies leur baroud d’honneur. Il s’ensuit des décalages très brutaux de performances entre régions, secteurs et classes d’actifs.

Les États-Unis dans le confort du « jusqu’ici tout va bien »

La performance des actions américaines s’est poursuivie, alors que la plupart des marchés ont décroché. Cette divergence indique que l’enjeu des élections de mi-mandat ne détourne pas l’attention des investisseurs des bienfaits immédiats de la doctrine « America First ».

Le soutien budgétaire prend pour l’instant le relai du soutien monétaire. L’avantage est aux États-Unis, seuls à profiter d’un stimulant dans la dernière ligne droite de cette fin de cycle. Jusqu’ici donc, tout va bien. À l’arrivée toutefois, l’économique américaine ne pourra éviter l’impact du ralentissement global. Le marché actions redescendra alors de son piédestal, affaiblissant probablement le dollar du même coup.

En attendant, les soucis du reste du monde renforcent la position privilégiée du marché américain. Il faut donc y demeurer, mais en surveillant de très près les signaux qui indiqueront l’amorce de la dernière phase de ce cycle.

Les faiblesses structurelles de l’Europe à l’épreuve

Les stigmates d’un ralentissement économique sont déjà visibles en Europe, la tendance s’étant inversée sur la plupart des indicateurs économiques avancés. Cette inflexion pourrait représenter une difficulté pour l’ambition de la BCE d’éteindre son programme d’achats d’actifs.

De surcroit, la situation politique en Italie introduit la possibilité d’une nouvelle interrogation existentielle pour l’U.E. Le projet de budget de la coalition pourrait inaugurer une période de négociations dures avec Bruxelles. La prudence reste donc de mise sur les actifs européens.

Le monde émergent, principale victime collatérale du télescopage

Les marchés émergents ont cristallisé, plus encore que nous l’anticipions, la majeure partie du stress de marché depuis le début de l’année. L’assèchement des liquidités en dollars par la Fed a affaibli les marchés émergents, et tout particulièrement les pays qui en sont les plus dépendants (Argentine puis Turquie).

Toutefois, la dimension économique du télescopage n’a pas été sans effet. Ainsi, le bon comportement des actions indiennes est le fruit d’une croissance domestique toujours robuste et d’une politique monétaire crédible. Le comportement du marché chinois est également éclairant : Pékin ayant signifié sa volonté de protéger sa croissance économique de l’attitude de l’Administration Trump, les secteurs cycliques se sont bien comportés, tandis les belles valeurs de croissance ont souffert.

Comment interpréter ces observations pour l’avenir ? Certainement :
– en anticipant que, la normalisation de la politique monétaire américaine n’en étant qu’à ses débuts, la pression générale sur l’univers émergent va persister ;
– en évitant de parier sur les rebondissements de la « guerre commerciale ». Toute conviction dans ce domaine est illusoire ;
– enfin, et c’est très important, en conservant le repère des fondamentaux économiques, seul véritable ancrage des performances dans la durée.

À cet égard, le segment des valeurs de croissance chinoises, qui exercent pour la plupart une activité essentiellement domestique, souvent dans l’univers technologique, recèle désormais un grand potentiel de performances à long terme.

Quand trois cycles touchent à leur fin en même temps, des phénomènes étranges commencent à se produire. Des bombes à retardement commencent à exploser par endroits, tandis que les quelques abris disponibles deviennent vite surpeuplés. Ainsi à mi-année, Amazon, Microsoft, Apple et Netflix, sont responsables de plus de 80% des gains de l’indice S&P500 cette année.

La gestion devient un exercice périlleux, où il est impératif de garder sa lucidité sur la multiplication des fragilités et la concentration des paris.

 

Retrouvez l’intégralité de la Carmignac’s Note de Didier Saint-Georges et notre stratégie d’investissement

Source: Bloomberg, 31/08/2018

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