Après avoir pris la main pendant dix ans sur les destinées économiques du monde développé, les Banques centrales sont visiblement arrivées plus ou moins au bout de l’exercice.

Didier Saint-Georges

Ce reflux du soutien monétaire, en fragilisant l’édifice des marchés, est d’une importance majeure pour les investisseurs. Mais il fait aussi émerger deux autres forces: le cycle économique et les politiques gouvernementales.

Côté cycle, les marchés se sont pour l’instant rassurés en se félicitant depuis deux ans d’une embellie économique, prolongée aux États-Unis par la politique budgétaire expansionniste du président Trump. Ce cycle commence à montrer ses premiers signes d’essoufflement.

Côté politique, l’économie libérale et mondialisée des dernières années a provoqué l’émergence d’une forme de rébellion souhaitant contester l’ordre économique établi.

La collision entre cycles monétaire, économique et politique constitue le principal risque pour les marchés.

La guerre commerciale aura-t-elle lieu?

L’assaut mené par les États-Unis contre la Chine, conjugué au tarissement de la source mondiale de dollars, compte déjà ses premières victimes. La Bourse chinoise a perdu 15% de sa valeur depuis le début de l’année. Les économies les plus dépendantes d’un financement externe en dollars, au premier rang desquelles l’Argentine, ont également souffert.

Si l’ambition des États-Unis est d’empêcher la Chine de mettre en œuvre son plan stratégique «Made in China 2025», alors la confrontation sera longue et destructrice. Le président chinois ne renoncera certainement pas à son ambition de poursuivre l’ascension de la Chine sur la chaîne de valeur industrielle globale. Il n’est, pour autant, pas certain qu’il faille voir en Donald Trump un héros homérien, porté par le destin vers une guerre inexorable qui ne trouvera son issue que dans l’anéantissement de l’un des protagonistes.

Il est parfaitement plausible que, au contraire, l’aspiration américaine soit pragmatique, politique, et de beaucoup plus court terme. Parvenir avant les élections de mi-mandat à s’enorgueillir d’accords avec la Chine, et si possible aussi avec l’Union européenne, serait du meilleur effet auprès de l’opinion. Une stratégie d’investissement ne doit par conséquent pas exclure l’opportunité d’une issue rationnelle le moment venu.

À court terme, le souci de préservation du capital dans tous les scénarios incite ainsi à la prudence, mais avec toute la flexibilité et la réactivité nécessaires, le pire n’étant jamais sûr.

La zone euro est-elle condamnée?

Les mouvements de panique qui accompagnent les velléités exprimées ici ou là d’une sortie de la zone euro manquent l’essentiel: l’opinion publique a bien compris que le coût en serait prohibitif. À tort ou à raison, l’euro est à ce jour irréversible, comme le rappelait récemment Mario Draghi. En revanche, le fonctionnement de l’ensemble de l’Union européenne présente un besoin urgent de réformes, sous peine de secousses récurrentes qui finiraient bel et bien par venir à bout de l’édifice.

Sur le plan économique, un programme de réforme fiscale en Allemagne pourrait par exemple être une réponse crédible au risque de ralentissement économique. Ce geste de leadership politique positionnerait davantage le pays en locomotive de la croissance européenne plutôt que continuer d’assumer le rôle de surveillant des contraintes de Maastricht. L’une des erreurs les plus récurrentes des observateurs anglo-saxons est probablement d’avoir sous-estimé la volonté politique de se rassembler autour de la survie de la zone euro. Le véritable risque à court terme demeure selon nous celui du cycle, du fait de stabilisateurs monétaires épuisés, et de stabilisateurs budgétaires très insuffisants faute de réformes.

Les menaces de protectionnisme sont naturellement anxiogènes pour la plupart des acteurs économiques. Mais ce constat vaut aussi pour les États-Unis où le monde des affaires commence à signaler à l’Administration américaine les risques d’une telle politique. Paradoxalement, le fait que son impact direct et immédiat sur la croissance économique américaine soit très faible renforce le risque du maintien d’une posture politique très rigide dans l’immédiat. L’actualité pour les marchés est ainsi devenue aujourd’hui principalement politique, ce qui réduit la visibilité et incite à la prudence. Mais des forces de rappel, autrement dit de bon sens, devraient continuer de se multiplier pour aboutir à des compromis bénins.

Rappelons que le véritable risque pour les marchés est plus complexe, donc moins bien appréhendé à court terme: il réside dans la possibilité d’un télescopage entre ces politiques économiques déstabilisatrices, un cycle économique devenu vulnérable, et des Banques centrales à court de munitions.


Retrouvez l’intégralité de la Carmignac’s Note de Didier Saint-Georges et notre stratégie d’investissement


Source : Carmignac, 30/06/2018

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