L'analyse macroéconomique de Didier Saint-Georges, Managing Director et Membre du Comité d’Investissement chez Carmignac.

Didier Saint-Georges

L’articulation d’un scénario central est certes un point de départ incontournable mais il doit s’inscrire dans une analyse des risques, positifs comme négatifs, c’est-à-dire dans une compréhension des principaux enjeux, ceux qui pourraient produire en cas d’inflexion importante un effet décisif sur les marchés, à la hausse comme à la baisse. Cette analyse a montré sur longue période sa nécessité pour produire une performance solide à travers les cycles de marchés.

Ces enjeux s’analysent sur trois registres distincts bien qu’interdépendants: configuration des marchés, économie et politique. A l’analyse, il apparait que 2018 s’accompagnera d’enjeux déterminants qui justifient que cette année nouvelle soit abordée avec les yeux grands ouverts.

Politique

À juste raison, ce registre n’est en général pas le plus important pour les marchés: les prévisions dans ce domaine sont encore plus aléatoires qu’en matière économique, et leur impact sur les marchés encore davantage. Pour autant, la quiétude des investisseurs, tentés désormais d’ignorer presqu’entièrement le registre politique, est probablement excessive.

D’abord, les conséquences des évènements politiques se manifestent souvent avec retard. L’économie britannique pourrait ressentir douloureusement en 2018 les conséquences du vote sur le Brexit de 2016. Dans ce contexte, nous commençons l’année avec une position vendeuse sur la livre sterling, qui s’avérera bénéficiaire de difficulté constante des négociations.

En outre, les scrutins à venir en Amérique Latine comme en Europe ne seront pas anodins. Il conviendra d’être attentif en particulier aux taux des emprunts d’État de la périphérie. En revanche, dans le cas d’une issue politique favorable, notre scénario central, c’est la monnaie unique qui en profitera.

Enfin, le Moyen-Orient gronde aujourd’hui de menaces d’instabilité politique, et donc économique, auxquelles nous sommes très attentifs. Nos positions en actions de producteurs pétroliers occidentaux et de sociétés aurifères, constituent une police d’assurance à fort potentiel contre une montée du risque politique dans cette région.

Economie

Les prévisions des économistes, qui en 2017 se sont avérées trop pessimistes, ont naturellement été revues à la hausse, ceci au moment où la confiance, la consommation, les rythmes d’activité atteignent des sommets. Si l’activité économique globale devrait demeurer soutenue en 2018, le risque est donc davantage celui d’une déception.

Cette perspective comporte une part de risque pour les actions, en particulier pour les secteurs cycliques. Mais elle ouvre aussi des opportunités. En aggravant la vulnérabilité du dollar, et en limitant la hausse des taux d’intérêt, ce scénario favoriserait la valorisation des valeurs de croissance aux États-Unis et dans les pays émergents.

Configuration des marchés

En 2017, l’embellie économique, enfin retrouvée, a accéléré la hausse des marchés d’actions mais, grâce aux liquidités offertes par les Banques centrales, n’a toujours pas provoqué d’ajustement sensible des marchés obligataires. Le sommet de la distorsion des prix de marché a certainement été atteint en 2017 et 2018 pourrait à cet égard constituer un tournant majeur. Cette année, l’apport mensuel de liquidité par les Banques centrales se réduira progressivement jusqu’à son extinction probable.

Piloter cette inflexion historique sans provoquer de corrections brutales des marchés constituera un défi sans précédent pour les Banques centrales. Et pour les investisseurs, la plupart des «actifs refuges» traditionnels étant eux-mêmes devenus très chers, la gestion des risques devra impérativement recourir à une gestion active des taux d’exposition via des instruments de couverture appropriés.

Comme nous l’évoquions dans l’introduction, ces trois registres, politiques, économiques et techniques sont distincts mais interdépendants. Les marchés constituent un système, dont les rapports internes ont connu des distorsions sans précédent du fait de l’intervention des Banques centrales. C’est l’ensemble du système qui va connaître une mutation à partir de 2018, et nourrira des risques et des opportunités radicalement nouveaux.


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