Une idée préconçue veut que les assureurs utilisent rarement les ETF (ou Fonds Indiciels Cotés) dans leurs stratégies et allocations d’investissement.

Par Charles Moussier, Responsable EMEA des solutions assurances chez Invesco

 

A priori, on pourrait en effet penser que les assureurs n’ont pas besoin des avantages traditionnellement mis en avant pour les ETF. Les assureurs investissent des tickets très importants et bénéficient donc déjà de frais de gestion institutionnels très réduits. Ils investissent sur le très long terme et n’ont pas forcément besoin de la liquidité accrue offerte par le format ETF.

Pourtant il n’en est rien et nous avons pu constater ces dernières années que les ETF avaient un attrait croissant auprès de la clientèle des assureurs européens. Cet attrait ne fait que se renforcer puisqu’un nombre important d’entre eux prévoient d’augmenter leur recours aux ETF et fonds indiciels. Les assureurs français sont ainsi 38% à prévoir d’augmenter le nombre d’ETF au sein de leurs portefeuilles, une proportion proche des autres principaux pays européens (42% aux Royaume-Uni, 37% en Allemagne, 46% en Italie et 45% aux Pays-Bas et en Belgique)1.

La diversification au cœur de l’approche des assureurs

Elément essentiel et différenciant par rapport à d’autres typologies d’investisseurs, les assureurs mettent en avant l’angle de la diversification. S’ils sont sensibles aux avantages intrinsèques des ETF, transparence et liquidité, les assureurs apprécient particulièrement la variété des stratégies en format ETF. Les ETF leur permettent de diversifier rapidement leurs allocations en testant de nouvelles stratégies ou accéder à des classes d’actifs qui sont plus difficilement accessibles ou moins liquides sous d’autres formats.

Ensuite la liquidité des ETF permet aux assureurs de tester leurs expositions sans s’engager sur le long terme. Les ETF peuvent aussi constituer pour les assureurs une étape intermédiaire avant d’envisager des mandats ou des fonds dédiés.

C’est par exemple le cas pour des classes d’actifs très spécifiques, telles que les «Munies» ou «municipal bonds», les obligations émises par les collectivités locales aux Etats-Unis (souvent pour financer des projets d’infrastructures: écoles, réseaux de distribution d’eau, etc.) et qui selon nous peuvent offrir actuellement un potentiel de diversification plus intéressant que d’autres classes d’actifs obligataires sans nécessairement sacrifier le rendement pour autant.

Au sein de notre gamme, nous notons également un intérêt marqué des assureurs pour la recherche de rendement sur de la dette à haut rendement de qualité telle la dette subordonnée bancaire dite Additional Tier 1 (AT1), la dette Hybride Corporate ou bien la dette des Fallen Angels (émetteurs récemment descendus en catégorie spéculative). Pour ces classes d’actifs, certains ETF sont souvent plus liquides que le sous-jacent.

Une montée en puissance des stratégies factorielles et des ETF ESG

Par ailleurs, les ETF constituent l’opportunité pour de nombreux investisseurs de tester des stratégies basées sur des facteurs tels que «momentum», «qualité» ou «faible volatilité»2 . Selon la 5e étude mondiale d’Invesco sur l’investissement factoriel3 dévoilée il y a quelques semaines, l’utilisation des ETF factoriels a encore progressé parmi les investisseurs en 2020. La plupart des investisseurs institutionnels ont désormais recours aux ETF, qui représentent en moyenne 14% de leurs portefeuilles4 de facteurs, et ceux-ci remplacent de plus des facteurs auparavant mis en œuvre par le biais de swaps5 ou d’autres produits dérivés.

Enfin, les ETF peuvent jouer un rôle important dans l’intégration par les investisseurs institutionnels des critères ESG (environnement, social, gouvernance) au sein de leur portefeuille. Pour les assureurs en particulier, les ETF ESG permettent d’articuler respect strict des exigences réglementaires, flexibilité dans leur allocation d’actifs et application fine de leur stratégie ESG, qui peuvent aller jusqu’à la mise en place de dispositifs d’auto-indexation.

Une attention accrue portée à la liquidité

Pour sélectionner leurs ETF, les assureurs regardent trois principaux critères: la liquidité du fonds (par rapport au volume des transactions), le coût du produit, et la performance du fonds (y compris sa tracking error6).

La liquidité est un critère des plus importants pour les assureurs qui doivent avoir la capacité de faire face à des retraits de leur clientèle.

Autant de raisons qui laissent à penser que les ETF pourraient avoir un bel avenir dans les portefeuilles d’investissement des assureurs.

 


1. Source: Cerulli Report on Europe Insurance Asset Allocations 20202.
2. Le momentum : ce facteur désigne le moment durant lequel une action continue de bénéficier de l’élan de ses récents bons résultats. La qualité : ce facteur consiste à identifier les actions des entreprises dont la rentabilité est élevée, qui ne sont que peu endettées et qui bénéficient d’une faible volatilité quant à leurs bénéfices. La faible volatilité : le facteur de faible volatilité permet d’identifier les actions dont le risque affiché est inférieur à celui de l’ensemble du marché.
3. La cinquième étude annuelle d’Invesco sur l’investissement factoriel diffusée en octobre 2020, englobant les réponses de 238 investisseurs factoriels à travers le monde, constate un attrait persistant pour l’investissement factoriel au milieu des perturbations du marché en 2020. L’étude est disponible sur le site internet d’Invesco.
4. Source : Invesco Factor Study, octobre 2020.
5. Swap = opération financière qui vise à échanger des flux financiers entre deux parties, sur une période temporelle donnée et définie à l’avance
6. La tracking error est la mesure du risque relatif pris par un fonds par rapport à son indice de référence.