La demande d’actifs non cotés ne cesse d’augmenter, et pas seulement chez les investisseurs institutionnels traditionnels. Nous examinons comment les marchés du non coté se «démocratisent ».

Par Tim Boole, Responsable de la gestion des produits

 

Par le passé, les actifs non cotés, comme le capital-investissement, n’ont été accessibles qu’aux grands investisseurs institutionnels.

Mais la situation évolue.

L’une des principales raisons pour lesquelles l’investissement dans les actifs non cotés est jusqu’à présent resté hors de la portée des investisseurs privés réside dans la nature des transactions. Il peut s’avérer chronophage de trouver des transactions, complexe de les structurer, tandis que les rachats peuvent prendre beaucoup de temps et poser leurs propres difficultés.

Toutefois, la demande des investisseurs privés s’accroît. De nombreux grands gestionnaires d’actifs non cotés qui ne s’adressaient auparavant qu’à une clientèle institutionnelle développent des produits plus accessibles.

Qu’est-ce qui a conduit à ce changement? Qu’est-ce que cela signifie pour le secteur? Et qu’est-ce que cela implique pour les petits investisseurs privés?

Nous expliquons ici les évolutions des produits, des technologies et de la réglementation qui ouvrent les portes de l’investissement dans les actifs non cotés.

Hausse de la demande, à laquelle l’offre répond

Le graphique ci-dessous présente une «cartographie» de la demande pour les actifs non cotés. La croissance relative aux investisseurs fortunés (HNWI) devrait être plus rapide que les sources traditionnelles de capital, comme les fonds de dotation.

2022.04.04.% actifs non cotés

Il est important de noter que les classes d’actifs sous-jacentes n’ont pas changé.

Une dette d’infrastructure peut avoir une durée de vie de 30 ans, et une société de capital-investissement une période de détention typique de 5 à 8 ans. Aucun de ces éléments n’a changé.

Toutefois, la réglementation portant sur les personnes autorisées à détenir des actifs non cotés a commencé à s’assouplir, tandis que les technologies contribuent dans le même temps à lever les barrières liées au manque de liquidité. Cela signifie que l’offre de véhicules d’actifs non cotés que les investisseurs privés peuvent utiliser augmente rapidement.

Comment les produits ont-ils évolué?

Les structures de fonds utilisées pour accéder aux actifs non cotés peuvent être regroupées en deux catégories : ouvertes ou fermées. Elles peuvent être réparties en trois degrés de liquidité: liquides, semi-liquides ou illiquides.

2022.04.04.évolution des produits

Fonds ouverts semi-liquides

L’innovation dans les fonds semi-liquides ouverts, notamment pour les classes d’actifs telles que le capital-investissement, le crédit non coté et l’immobilier, progresse rapidement. Il s’agit de cycles de souscription et de rachat mensuels ou trimestriels. La liquidité provient de deux sources :

  1. Souscriptions et rachats des investisseurs
  2. Distributions d’investissement.

Les souscriptions et les rachats sont effectués sur la valeur liquidative (VL) du fonds. Comparativement aux fonds fermés, cela élimine la volatilité ou le bêta du marché, ceux-ci s’appuyant sur un marché secondaire pour obtenir de la liquidité.

La gestion des liquidités dans les fonds semi-liquides passe par des outils de construction de portefeuille et de gestion des liquidités. La construction de portefeuille constitue la première ligne de défense. Un portefeuille bien construit, diversifié géographiquement et sectoriellement, sur différents types et millésimes, peut générer un niveau de «liquidité naturelle» régulier et constant. Lorsque nous avons procédé à diverses simulations sur l’ensemble de nos programmes historiques d’investissement en capital-investissement, nous avons constaté que, mis à part dans les situations de marché les plus extrêmes, le niveau de liquidité naturelle était plus que suffisant.

En deuxième ligne de défense, les fonds semi-liquides utilisent souvent des outils tels que les plafonds de rachat ou la possibilité de suspendre les souscriptions/rachats afin de permettre au gérant de mieux contrôler les liquidités au sein du fonds. Un objectif associé a trait au fait que l’utilisation de ces outils de liquidité contribue à modérer le comportement des investisseurs en cas de tensions sur les marchés. Si un investisseur sait qu’il doit attendre trois à six mois avant de pouvoir se désinvestir d’un fonds, il est moins susceptible de le faire avec impulsivité.

La gestion des liquidités doit également être examinée sous l’angle des souscriptions de liquidités à l’égard du fonds, car les soldes de trésorerie peuvent peser sur la performance.

2022.04.04.Mécanique de liquidités

Fonds cotés fermés

Bien que les fonds semi-liquides aient procuré un meilleur accès au marché à certains investisseurs, il existe un certain nombre de stratégies d’investissement qui restent plus accessibles via des fonds fermés. Il existe également un haut niveau d’innovation dans ce domaine.

Les fonds fermés cotés (plus connus sous le nom d’investment trusts au Royaume-Uni) offrent aux investisseurs privés un moyen idéal d’accéder à un portefeuille d’actifs non cotés tout en préservant la flexibilité de passer des ordres quotidiennement.

L’un des domaines de croissance les plus rapides a concerné le lancement de fonds fermés sans fenêtres de liquidité ou avec fenêtre de liquidité périodique. Un certain nombre de nouvelles plateformes digitales ont été lancées ces dernières années, qui permettent aux investisseurs privés d’accéder à un large éventail de stratégies d’actifs non cotés par l’intermédiaire de fonds nourriciers. La technologie a contribué à réduire une grande partie des coûts et de la complexité liés à l’offre de ces fonds nourriciers aux nouveaux investisseurs.

Les évolutions réglementaires-abordées plus loin dans cet article-ont également ouvert de nouvelles opportunités de lancement de nouveaux fonds. Ces nouvelles structures de fonds fermés sont spécifiquement conçues pour les investisseurs privés : elles disposent d’un calendrier structuré d’appels de fonds, d’une durée de vie plus courte que des fonds plus «institutionnels» et de plus faibles montants minimaux de souscription.

Comment la technologie apporte-t-elle sa contribution?

La technologie a été un catalyseur important de la démocratisation des actifs non cotés à différents égards.

Elle a notamment permis le développement de nouvelles plateformes qui aident les entrepreneurs à lever des capitaux auprès d’investisseurs privés apportant du capital d’amorçage, alors qu’ils étaient auparavant cantonnés à des amis et à la famille. Parmi les plateformes Internet figurent Seedrs (Royaume-Uni), SeedInvest (États-Unis) et investiere.ch (Suisse). Les entrepreneurs peuvent présenter leurs idées et start-ups à des investisseurs privés qui peuvent choisir le montant à investir, même s’il s’agit de faibles montants comme 500 dollars US par exemple. Des concepts similaires s’appliquent à l’immobilier.

2022.04.04.Technologie et changement

Le concept s’est également étendu à la dette privée, qui constitue traditionnellement le domaine exclusif des banques et des prêteurs spécialisés. Dans le domaine de la dette privée, la démocratisation est connue sous le nom de prêt entre pairs. Les investisseurs privés peuvent choisir d’accorder des prêts à des particuliers ou à des entreprises afin d’obtenir des rendements plus élevés que ceux offerts par les comptes d’épargne traditionnels ou des obligations.

La technologie a aussi ouvert l’accès aux actifs non cotés par le biais de nouveaux canaux de distribution et de communication. L’enregistrement des nouveaux investisseurs, qui s’appuyaient auparavant sur un réseau d’agences ou devaient passer par la constitution d’un dossier papier, est désormais automatisé, ce qui réduit ainsi les délais et les coûts de l’entrée en relation. Le reporting peut de même être numérisé, ce qui permet de réduire les coûts pour les gestionnaires d’investissement afin de le rendre plus économique pour les petits montants de souscription.

Nous sommes ravis de la perspective de nouvelles innovations qui contribueront à soutenir encore davantage l’ouverture des marchés des actifs non cotés. Il s’agit notamment de la perspective de «tokenisation», qui peut offrir aux investisseurs de nouvelles façons d’accéder à des actifs non cotés sans certaines restrictions que les structures de fonds peuvent parfois appliquer. En étant en mesure de fournir aux investisseurs un droit de propriété numérique sur un actif à l’aide de la technologie de la blockchain, le coût de détention d’une part de la propriété d’un actif diminue significativement pour l’investisseur. Cela apporte par ailleurs plus de flexibilité en matière de liquidité.

Évolution de la réglementation pour faciliter l’accès aux actifs non cotés

La réglementation pose toujours des défis à la démocratisation des actifs non cotés et, selon notre expérience, les évolutions réglementaires sont inégales selon les marchés. Toutefois, de nombreux gouvernements reconnaissent que le rôle croissant du capital privé est important pour la croissance économique et la création d’emplois. Les investisseurs particuliers apportent une source de capital à une économie. L’accent est de plus en plus porté sur la mise à jour des réglementations afin de faciliter l’accès et de garantir que les investisseurs particuliers puissent profiter des rendements historiquement plus élevés des actifs privés.

Parmi les exemples de nouvelles réglementations en Europe figurent le European Long Term Investment Fund («ELTIF») et, au Royaume-Uni, le Long Term Asset Fund («LTAF»), actuellement en préparation. Ces deux structures constituent un moyen réglementé pour les investisseurs particuliers sophistiqués d’accéder à des investissements dans des actifs non cotés. Aux États-Unis, le Department of Labor a décidé que les plans 401K pourraient investir dans le capital-investissement, précisant ensuite en janvier 2022 que cela serait sujet à l’adéquation des plans.

Toutefois, compte tenu du rythme d’évolution de la technologie et de l’innovation, cela a conduit à des situations où les contraintes réglementaires peinent à être appliquées pour l’objectif initialement visé. C’est un équilibre délicat que les régulateurs doivent trouver pour ouvrir l’accès tout en veillant à ce que leur rôle principal de protection des investisseurs soit maintenu.

Perspectives

Il semble certain que la démocratisation des actifs non cotés se poursuivra. Le rythme de ce mouvement sera déterminé par les facteurs macroéconomiques et l’évolution de l’environnement réglementaire.

Nous pensons que l’accès et la liquidité continueront d’évoluer et favoriseront encore davantage l’ouverture de ce marché. Il est intéressant de noter que ces évolutions mènent également à une situation où la distinction entre actifs cotés et non cotés devient moins prononcée et où le statut de propriété pèse moins dans la stratégie d’investissement. Nous assistons déjà à cette évolution en parallèle avec le développement des fonds publics-privés.

 


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