L'économiste en chef d’Invesco appelle au déploiement de tous les moyens budgétaires et monétaires pour lutter contre une triple crise : sanitaire, économique et de liquidités.

Face à la crise du Covid-19, les autorités budgétaires et monétaires doivent sortir l’artillerie lourde afin de stabiliser l’économie et le système financier, estime John Greenwood, Économiste en chef d’Invesco, après le lancement d’un plan massif de nouvelles mesures d’apport de liquidité et d’assouplissement du crédit par la Réserve fédérale américaine lundi 23 mars.

Les États du monde entier sont actuellement en train de causer délibérément un ralentissement économique pour éradiquer le virus. Face à cette triple crise (sanitaire, de liquidités et des flux de trésorerie et de la solvabilité pour les entreprises et les consommateurs), des mesures drastiques ont été déployées, de la distanciation sociale et l’auto-isolement au confinement effectif de nombreux secteurs et sociétés. Les effets sur l’activité économique sont dévastateurs.

Selon l’économiste en chef d’Invesco, les espoirs de reprise sont très maigres en l’absence de signes clairs de disparition du virus, ou du moins de maîtrise de son évolution. «Quand cela sera le cas, on peut raisonnablement s’attendre à une reprise vigoureuse, à condition que les autorités prennent des mesures adaptées dans l’intervalle», considère John Greenwood.

Deux mesures budgétaires indispensables

Premièrement, les États doivent, dans une large mesure, remplacer les flux de trésorerie perdus par les entreprises et les particuliers, par exemple en compensant une grosse partie des revenus ; deuxièmement, il devront indemniser les entreprises et les professions indépendantes pour les pertes subies à cause des confinements qu’ils ont ordonnés. «En résumé, l’État devra devenir l’acheteur en dernier ressort», souligne l’économiste.

Celui-ci précise que l’effondrement de l’activité économique et la nécessité de mettre en place ces interventions inédites à l’échelon national et international signifient que les États devront avoir massivement recours à l’emprunt pour surmonter la pandémie et aider les économies, les entreprises et les citoyens à survivre financièrement jusqu’à la reprise. «C’est quelque chose qui a déjà été fait en temps de guerre; aujourd’hui, il faut en faire de même dans la guerre contre le coronavirus» déclare John Greenwood.

La stratégie américaine

Pendant ce temps, aux États-Unis, la Réserve fédérale (Fed) endosse de facto le rôle de «fournisseur de dernier ressort» pour mettre un terme à la paralysie des mécanismes du marché et au manque de liquidité précipités par l’épidémie de Covid-19. À cet effet, la Fed a annoncé le 23 mars un programme extrêmement renforcé de mesures d’assouplissement de crédit et d’injection de capital, après avoir déjà déployé massivement des liquidités, sans succès, pour alimenter les marchés là où sont les besoins.

Pour flécher le flux de crédit dans l’économie américaine, la Fed a supprimé tous les plafonds qui contraignaient auparavant ses achats d’actifs. Par ailleurs, trois facilités de crédit ont créées, ré-introduites ou étendues:

  1. une facilité qui permettra aux entreprises d’émettre des obligations et de les vendre à la Fed directement afin de poursuivre leur activité économique pendant toute la durée de la pandémie – que dans les faits, John Greenwood qualifie d’ «argent gratuit fourni par la Fed pendant six mois: en somme, une sorte de crédit-relais»
  2. une facilité pour doper la liquidité du marché secondaire des obligations privées
  3. une facilité accordée aux titulaires de certains titres adossés à des actifs.

De plus, la Fed s’est engagée à lancer un autre dispositif pour détendre les conditions de crédit des PME et les aider à survivre pendant les périodes de confinement/interruption des services et de perturbation des activités.

«Il n’est pas certain qu’à court terme, ces programmes suffisent pour stabiliser les marchés financiers», nuance John Greenwood.

Comme le souligne l’économiste, les avancées réalisées dans la maîtrise de l’épidémie auront beaucoup plus d’impact, car c’est seulement une fois que le virus sera vaincu que tous ces programmes commenceront à stimuler la reprise. Dans l’intervalle, toutefois, au moins pourront-ils garantir la transmission du crédit et empêcher les entreprises de sombrer en nombre.

«À temps exceptionnels, moyens exceptionnels. La Fed a maintenant bel et bien lancé ce type de plan. Nous devons tous espérer que le gouvernement Trump soit à la hauteur de la tâche pour résoudre d’abord le problème sanitaire tout en couvrant les besoins budgétaires urgents», conclut l’économiste en chef d’Invesco.