Cette série de 7 articles démystifie l'investissement factoriel, une nouvelle approche à mi-chemin entre stratégies actives et passives.

L’efficacité des facteurs

D’un point de vue empirique, d’après les données des indices mondiaux de facteurs de style, les facteurs génèrent un rendement supérieur au marché sur le long terme. Cependant, pour prendre des décisions d’investissement futur, les investisseurs veulent comprendre pourquoi. D’où l’importance des éléments expliquant les facteurs.

Comment expliquer les facteurs?

Plusieurs méthodes permettent d’expliquer l’efficacité des facteurs. L’une d’entre elles consiste à attribuer des facteurs aux primes de risques. Les investisseurs acceptent des risques particuliers, en contrepartie desquels ils doivent percevoir un rendement plus élevé (primes de risques). L’efficacité du facteur taille par exemple peut alors s’expliquer par le fait qu’il peut s’avérer plus difficile de vendre les actions des petites entreprises, avec une faible capitalisation boursière, dans un marché baissier (prime d’illiquidité).

D’autres facteurs trouvent leur explication dans la finance comportementale. L’impact du momentum par exemple peut être attribué à un comportement grégaire ou à la tendance à retenir uniquement les informations correspondant à son propre jugement (biais de confirmation). La théorie des jeux complexes (jeux de population) peut aussi expliquer l’origine des tendances temporairement stables qui étayent le facteur momentum.

Les rendements des investissements factoriels ne sont pas toujours supérieurs

Bien que l’on puisse démontrer relativement facilement que les investissements factoriels génèrent des rendements supérieurs à la moyenne sur le très long terme, les rendements peuvent subir de très fortes fluctuations et variations à court et moyen terme. Les facteurs présentent des avantages et des inconvénients selon les environnements économiques et de marché, l’un surperformant dans telles conditions alors qu’un autre réussira mieux dans un autre environnement. Il s’avère par conséquent extrêmement difficile de faire des prévisions justes (timing).

Quand les facteurs portent-ils leurs fruits?

Les stratégies factorielles enregistrent des résultats très différents selon les différentes phases d’un cycle économique. Pendant les phases de reprise, caractérisées par une croissance faible ou en progression, les petites entreprises, plus flexibles, (taille) affichent souvent de meilleurs résultats, de même que les titres «value» (de rendement) qui présentent déjà une décote. Si la croissance est soutenue mais qu’elle commence à fléchir, ce sont les titres de qualité – entreprises dotées d’un bilan solide – qui réalisent les meilleurs résultats. Dans la seconde moitié des années 1990 par exemple, les stratégies de valeur n’ont pas dégagé de bons résultats lors du rally des actions technologiques. Les stratégies de momentum ont prouvé leur efficacité sur des marchés de tendance, comme dans les années 1999/2000 et 2007/2008. Les stratégies factorielles de qualité et de faible volatilité ont pour leur part donné des résultats particulièrement bons en période de crise.

En pratique, il demeure toutefois très difficile de déterminer le moment le plus adapté à tel ou tel facteur. Il est facile de comprendre rétrospectivement le comportement des facteurs, dès lors que l’on connaît le cycle économique. Il est en revanche plus difficile de prévoir de façon cohérente les phases d’un cycle économique, notamment lorsque l’on se trouve à un point d’inflexion ou que l’on s’en approche. Les gérants actifs traditionnels, qui possèdent ces compétences pour se forger des convictions sur les valeurs, sont à même de résoudre ces difficultés.

Les différents modèles de rendement des facteurs selon les phases de marché offrent aussi des opportunités. Comme nous l’avons mentionné précédemment, l’investissement factoriel permet notamment d’accroître la diversification. Sur le long terme, les facteurs dégagent une prime par rapport aux indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière. Les facteurs enregistrant des résultats différents selon les phases du cycle économique, l’investissement factoriel peut renforcer la diversification. Les stratégies multi-factorielles exploitent cet avantage au sein d’un même portefeuille, tandis que plusieurs stratégies à facteur unique peuvent compléter le portefeuille d’un client.

 


Retrouvez les 7 épisodes de notre série

Concepts de base de l’investissement factoriel

  1. Les facteurs, des indicateurs importants de risque et de rendement
  2. Les facteurs les plus couramment utilisés pour la construction de portefeuilles
  3. Investissements factoriels: historiquement supérieurs au marché
  4. L’efficacité des facteurs
  5. Stratégies factorielles: actives ou passives?
  6. Application des facteurs aux stratégies obligataires
  7. Applications classiques de l’investissement multi-factoriel