Cette série de 7 articles démystifie l'investissement factoriel, une nouvelle approche à mi-chemin entre stratégies actives et passives.

Stratégies factorielles: actives ou passives?

Les stratégies factorielles qui sont mises en œuvre avec les ETF passifs ont suscité récemment beaucoup d’attention et attiré des montants d’investissements importants. Cela peut donner l’impression que les stratégies factorielles sont toujours mieux adaptées aux produits d’investissement passif. Une analyse plus approfondie montre toutefois qu’elles peuvent impliquer un niveau d’intervention élevé en ce qui concerne la rotation des titres, et ce même dans le cas d’ETF passifs. Par exemple, la stratégie de momentum suppose naturellement de modifier des portions importantes du portefeuille, notamment lorsqu’une tendance évolue après avoir été très marquée pendant une longue période. Cette stratégie aurait sélectionné massivement les valeurs technologiques lors de la phase ascendante de la bulle Internet, mais n’aurait certainement plus été appliquée dans le portefeuille après 2000.

Les stratégies factorielles ne sont en tout cas pas réservées aux produits d’investissement passifs et aux ETF. C’est même le contraire: les équipes de gestion active utilisent les facteurs depuis plusieurs dizaines d’années pour construire et structurer leurs portefeuilles, même si ces derniers ne portent généralement pas le nom d’investissement factoriel. On constate en étudiant l’histoire de la recherche factorielle que les facteurs sont beaucoup plus anciens que les ETF dans la gestion d’actifs.

Les origines de l’investissement factoriel

Les bases de l’investissement factoriel ont été définies dans les années 1960, avec la conception du modèle d’évaluation des actifs financiers (CAPM) par William F. Sharpe, John Lintner et Jan Mossin. Il distinguait l’alpha, qui calcule la surperformance d’un titre par rapport à un indice, du bêta, qui évalue les risques du marché. Le modèle à 3 facteurs développé pour les actions en 1993 par Eugene Fama et Kenneth French associe des primes de taille et de valeur aux risques du marché. En 1997, Mark Carhart ajoute à ce modèle un 4e facteur, le momentum. Les premières études sur les facteurs taille et valeur ont toutefois été menées au début des années 1980 et celles sur la faible volatilité remontent à 1972. Le livre de Graham and Dodd, Security Analysis, publié en 1934, aborde les mêmes concepts que ceux sur lesquels reposent les facteurs, tels que la qualité et la valeur. On le voit, les stratégies factorielles sont utilisées depuis longtemps dans la gestion active, même si l’on n’employait pas alors le terme «facteur» de façon aussi systématique qu’aujourd’hui.

Différences entre investissement factoriel passif et actif

Les gérants quantitatifs actifs utilisent généralement des modèles factoriels ou multi-factoriels qu’ils ont eux-mêmes conçus et qu’ils suivent et améliorent en permanence. Le travail du gérant actif est au cœur du processus d’optimisation. C’est pourquoi ces stratégies manquent souvent de transparence pour les investisseurs, sauf en ce qui concerne leurs caractéristiques et leurs objectifs principaux. Les produits passifs reposent pour leur part souvent sur des stratégies à facteur unique suivant des indices factoriels transparents et accessibles à tous.

Investissement factoriel actif ou passif?

L’investissement factoriel peut être appliqué à des fonds actifs ou à des ETF, les deux processus présentant des avantages et des inconvénients. Si les ETF sont généralement moins coûteux et plus transparents en matière de méthodes utilisées et de sélection des positions, les stratégies factorielles actives présentent l’avantage d’offrir plus de flexibilité. Les recherches ont permis des avancées au fil du temps et les études et modifications apportées en permanence contribuent au maintien des bonnes pratiques dans ce domaine.

Ces stratégies peuvent en outre être multi-factorielles et attribuer différentes pondérations aux facteurs, selon l’environnement de marché. Elles visent dans ce cas à exploiter au mieux les avantages des facteurs individuels en fonction des conditions de marché et s’adaptent à tout changement. Il peut apparaître difficile aux investisseurs privés d’appliquer une stratégie factorielle à des ETF passifs, en particulier ceux reposant sur des approches uniques suivant des règles fixes.

 


Retrouvez les 7 épisodes de notre série

Concepts de base de l’investissement factoriel

  1. Les facteurs, des indicateurs importants de risque et de rendement
  2. Les facteurs les plus couramment utilisés pour la construction de portefeuilles
  3. Investissements factoriels: historiquement supérieurs au marché
  4. L’efficacité des facteurs
  5. Stratégies factorielles: actives ou passives?
  6. Application des facteurs aux stratégies obligataires
  7. Applications classiques de l’investissement multi-factoriel