Cette série de 7 articles démystifie l'investissement factoriel, une nouvelle approche à mi-chemin entre stratégies actives et passives.

Investissement factoriel obligataire

D’une manière générale, l’investissement factoriel commence tout juste à être utilisé dans le secteur obligataire. Il existe encore peu d’analyses théoriques et d’études empiriques fiables et la plupart portent sur des segments précis du marché obligataire, tels que les obligations d’État américaines ou les obligations corporate.

La pondération habituelle des titres dans les indices des obligations d’État et corporate, fondée sur la capitalisation boursière, pose des problèmes particuliers. Les pays et les entreprises les plus lourdement endettés étant les plus fortement pondérés, les investissements s’effectuent de manière disproportionnée sur les émetteurs affichant la dette la plus importante. Pondérer un portefeuille en fonction d’expositions factorielles sélectionnées peut donc permettre de mieux contrôler les risques et le rendement.

Les indices obligataires s’avèrent en outre souvent moins équilibrés que les indices actions. Un grand nombre d’indices d’obligations d’État sont fortement orientés vers les États-Unis et le Japon et de nombreux indices d’obligations corporate comprennent essentiellement des titres financiers. C’est la raison pour laquelle l’on a créé des produits qui pondèrent les obligations différemment dans le secteur des ETF (les ETF smart bêta, par exemple), mais leur sélection ne repose pas sur les facteurs de style les plus connus.

Application des facteurs aux stratégies obligataires

Il existe néanmoins quelques approches prometteuses qui permettent d’appliquer les facteurs de style aux stratégies obligataires. D’une manière générale, le facteur valeur peut signifier qu’une obligation est moins chère que d’autres d’après certaines données. Le momentum est le facteur le plus simple à appliquer aux obligations, puisqu’il privilégie celles qui ont enregistré les meilleurs résultats sur une période récente.

Néanmoins, l’investissement factoriel reste moins fréquent dans le secteur obligataire que dans les actions et il existe peu d’études empiriques, essentiellement parce que les données ne sont pas facilement accessibles. Les obligations s’échangeant de gré à gré, sans places centrales, et beaucoup n’étant pas échangées tous les jours comme les actions, il s’avère plus difficile d’obtenir des données fiables sur les marchés obligataires. On observe toutefois l’émergence d’approches prometteuses, qui montrent que l’investissement factoriel va prendre également progressivement plus d’importance dans le secteur obligataire. La plupart des critères sur lesquels se fondent les facteurs appliqués aux actions concernent aussi les obligations et un de nombreuses recherches sont actuellement effectuées dans ce domaine.

Portefeuilles multi-actifs: des facteurs macroéconomiques recouvrant plusieurs classes d’actifs

Les facteurs macroéconomiques recouvrant les obligations s’avèrent également intéressants, en particulier pour les portefeuilles multi-actifs. L’objectif est ici de gérer plus efficacement les allocations au niveau du portefeuille. La diversification entre diverses classes d’actifs classiques (actions et obligations) n’est en effet plus une garantie de la diversification des risques que recherchent les investisseurs car les corrélations entre ces classes d’actifs se sont considérablement renforcées depuis la crise financière. Par ailleurs, en ce qui concerne les expositions factorielles aux classes d’actifs traditionnelles, une gestion explicite des facteurs se révèle particulièrement appropriée.

Dans le domaine obligataire comme dans celui des actions, il s’avère plus difficile qu’on pourrait le penser de suivre les facteurs macroéconomiques. Prenons par exemple l’hypothèse souvent retenue selon laquelle la croissance et l’inflation ont une incidence directe sur les rendements. L’on accorde par conséquent une grande attention à l’analyse des scénarios, qui étudie comment les évolutions macroéconomiques influent sur les obligations.

Les facteurs macroéconomiques contribuent à optimiser les portefeuilles

Une analyse de scénario indique par exemple que la corrélation entre les actions et les obligations était légèrement positive de 1973 à 1998. Elle est ensuite devenue négative et l’est restée jusqu’à maintenant. En revanche, les facteurs macroéconomiques de la croissance et de l’inflation ont été corrélés négativement de 1973 à 1998, puis positivement depuis. L’on peut supposer qu’il existe un lien entre la corrélation entre les actions et les obligations et celle entre les facteurs macroéconomiques de la croissance et de l’inflation et construire un portefeuille à partir de ces observations.

On commence par avancer des estimations de croissance et d’inflation, afin de prévoir comment les différentes classes d’actifs se comporteront dans des environnements différents. Il est ainsi possible de créer un portefeuille optimal composé d’actions et d’obligations, dont l’objectif est d’obtenir un rendement ajusté des risques maximal dans les différentes phases du marché.

Le recours aux facteurs macroéconomiques a toutefois ses limites. Il est par exemple difficile de prendre en compte les périodes de revirement de politique monétaire, comme c’est le cas depuis 2008. Ces modèles permettent néanmoins aux stratégies obligataires de s’appuyer davantage sur les facteurs macroéconomiques.

Compte tenu du succès de l’investissement factoriel dans les actions et de la volonté des investisseurs de trouver des alternatives aux obligations traditionnelles, l’on peut penser que l’investissement factoriel gagnera également en importance dans le secteur obligataire. Il est d’ores et déjà possible de nettement améliorer la structure des portefeuilles multi-actifs grâce à des analyses de scénario basées sur les facteurs de marché.

 


Retrouvez les 7 épisodes de notre série

Concepts de base de l’investissement factoriel

  1. Les facteurs, des indicateurs importants de risque et de rendement
  2. Les facteurs les plus couramment utilisés pour la construction de portefeuilles
  3. Investissements factoriels: historiquement supérieurs au marché
  4. L’efficacité des facteurs
  5. Stratégies factorielles: actives ou passives?
  6. Application des facteurs aux stratégies obligataires
  7. Applications classiques de l’investissement multi-factoriel