Commentaires sur l’évolution actuelle du secteur des technologies.

Par Hyun Ho Sohn, gestionnaire du fonds Global Technology Fund de Fidelity, dont les actifs sous gestion représentent environ 3,5 milliards d’euros.

A retenir

  • Changement de favoris, des valeurs Internet vers les fournisseurs de systèmes de communication, titres de logiciels et prestataires de services informatiques
  • Concurrence croissante entre les grandes entreprises de l’Internet
  • Méga-Caps avec des investissements plus élevés et des rendements d’investissements en baisse

 

Concernant la performance des valeurs de la technologie, les très grandes valeurs boursières se plaçaient en tête l’année dernière.

Les marchés étaient et sont toujours pour une grande part guidés par le cour terme. Mais les favoris ont changé: les fournisseurs de systèmes de communication, les titres de logiciels et les prestataires de services informatiques se placent cette année en tête jusqu’à maintenant. Les valeurs Internet, par contre, ont chuté et les Small-Caps sont plus appréciés que les Large-Caps et les Méga-Caps.

Concernant les Méga-Caps, nous constatons un écart croissant en matière de performance. Netflix et Amazon continuent d’enregistrer une forte croissance, tandis que Tencent, Alphabet et Facebook ont des résultats plus faibles. Facebook notamment souffre d’inquiétudes croissantes face à des conséquences négatives éventuelles dues à une réglementation plus stricte. Il s’agit d’entreprises fondamentalement solides mais, à mon avis, cette situation influence déjà totalement les évaluations. La concurrence entre les entreprises augmente également.

Alphabet et Amazon sont en concurrence croissante pour les revenus publicitaires et les recettes de Cloud, tandis que Facebook est en expansion avec son application Marketplace dans le domaine du commerce électronique, et YouTube (appartenant à Alphabet) fait de la concurrence dans le domaine des vidéos. De nombreux investisseurs sous-estiment la baisse des rendements du capital de ces entreprises, à laquelle il faut s’attendre en raison de la pression croissante due à la concurrence. Des investissements toujours plus élevés sont confrontés à des rendements en baisse du capital investi. De plus, la réglementation toujours plus stricte génère des coûts de conformité plus élevés.

Les évaluations dans le secteur des technologies ont un rapport cours-bénéfice moyen de 231, ce qui est encore convenable. Cela vaut également à long terme, tout comme pour le rapport avec les évaluations actuelles sur les marchés internationaux des actions. En outre, les taux de croissance dans le secteur sont deux fois plus élevés que la croissance de la performance économique mondiale.2 Les Méga-Caps Internet et logiciels sont plus couteux, tout comme les IPO qui profitent de la masse de liquidités et des taux d’intérêts constamment bas (sauf aux USA).

De plus, la souplesse de la politique monétaire souple a conduit à une discipline laxiste de nombreux entreprises en matière de capitaux. L’émergence de l’informatique dématérialisée permet en outre à ces entreprises d’acquérir des capacités à des prix raisonnables. Les actions d’entreprises de plus haute qualité devraient mieux profiter que d’autres d’une politique monétaire plus rigoureuse. Les investisseurs réagiront sans doute aux coûts croissants du capital en prenant plus fortement en compte les Cashflows et la solidité des bilans. Cet environnement est probablement moins favorable aux valeurs en croissance et actuelles. Dans l’ensemble du secteur, la tendance est à l’augmentation de la qualité. Les marges de bénéfices et les rendements du capital sont plus élevés que sur les marchés internationaux des actions dans leur ensemble.3

En général, les investissements dans l’informatique restent donc à un niveau élevé. Beaucoup d’entreprises transforment leurs processus opérationnels pour profiter de la numérisation, ce qui stimule le secteur, aussi bien du point de vue cyclique que structurel. La force du dollar américain et la faiblesse des monnaies des pays émergents, en liaison avec un ralentissement de la conjoncture dans les pays émergents (surtout en Chine), représentent un problème cyclique à court terme. Néanmoins, la réévaluation du dollar entraîne déjà les premières conséquences sur les bénéfices des entreprises. Dans les trois ans à venir, le secteur continuera cependant d’être soutenu par des facteurs tels que la numérisation, les investissements dans des centres de calcul, de nouvelles technologies telles que l’IA et les véhicules autonomes, ainsi que les investissements des entreprises dans les systèmes informatiques.

 


1. Thomson Reuters Datastream, juillet 2018
2. Diginomica.com, novembre 2017
3. Thomson Reuters Datastream, Bloomberg, juillet 2018