Les dirigeants d’entreprise sont optimistes quant à l’avenir. Selon l’enquête 2018 auprès des analystes de Fidelity, ils sont même encore plus optimistes qu’au début de l’année dernière.

Cet article est tiré de l’Analyst Survey 2018 réalisée par Fidelity auprès de 162 analystes au niveau mondial.

Un sentiment qui atteint de nouveaux sommets

Graphique 1: Une confiance des dirigeants au plus haut en 5 ans au niveau mondial1

Notre indicateur de sentiment mondial, une mesure globale de la confiance des dirigeants qui reflète l’opinion d’ensemble de nos analystes sur les entreprises qu’ils couvrent, s’est hissé à son plus haut niveau en cinq ans. Il s’établit désormais nettement en territoire «positif», impliquant ainsi que les analystes qui anticipent une amélioration des conditions au cours des 12 prochains mois sont plus nombreux que ceux qui prévoient une dégradation.

Cette confiance est étonnamment uniforme d’un secteur et d’une région à l’autre et meilleure que l’an dernier, sauf au sein de la technologie (où les niveaux de confiance étaient déjà extraordinairement élevés).

Graphique 2: La confiance des dirigeants est en hausse dans toutes les régions…

Graphique 3: …et dans tous les secteurs

Les dirigeants entrevoient des conditions favorables et prévoient en conséquence. Plus qu’au cours des années précédentes, ils ont confiance dans la croissance de la demande, tout en continuant de s’employer à réduire leurs coûts. A la grande différence des années précédentes, ils investissent à nouveau dans leur propre capital productif. Ils dépensent dans la technologie afin d’innover et de faire face à la concurrence, de même qu’ils augmentent timidement les salaires.

Ils tiennent à mettre à profit l’amélioration de la rentabilité afin de rémunérer les actionnaires en leur versant des dividendes plus élevés et en rachetant davantage d’actions, tout en guettant de nouvelles opportunités en matière de fusions-acquisitions. Ils se félicitent de bilans sains, non seulement grâce aux économies de coût et à la prudence dans leurs dépenses, mais également parce que nombre d’entre eux ont tiré avantage de la hausse du marché obligataire pour refinancer leur dette en profitant de taux moins élevés et d’échéances plus longues.

Graphique 4: Les principales composantes de l’indicateur de sentiment sont en hausse, tandis que les bilans restent prudemment gérés

Un nouveau sens moral

Les dirigeants sont également à l’écoute. Il est impossible de juger à ce stade s’il s’agit ou non d’un comportement lié au pic du cycle et à des conditions financières favorables, mais il est clair que les entreprises ne font plus la sourde oreille quant aux préoccupations des investisseurs au sujet des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

Certes, de nombreux analystes considèrent qu’il ne s’agit encore qu’une minorité d’entreprises qui mettent l’accent sur ce point, mais la tendance est indéniable. Autrefois le pré carré des riches marchés d’Europe du Nord, les problématiques ESG trouvent désormais leur place dans les agendas des conseils d’administration au sein de toutes les régions.

Graphique 5: Critères ESG: de plus en plus au centre de l’attention

Peu de signaux d’alerte

Dans l’ensemble, l’enquête donne peu de raisons de s’attendre à une fin imminente de ces conditions quasi parfaites et ne tire clairement pas la sonnette d’alarme.

Les dirigeants d’entreprise ne sont pas si préoccupés que cela par les risques géopolitiques, ne prévoient pas un « atterrissage brutal » de la croissance économique chinoise et s’attendent à un modeste coup de pouce de la part des politiques économiques du Président américain Donald Trump. Si ce n’est la rupture technologique, il y a peu de choses qui semblent les empêcher de dormir la nuit (et ils augmentent leurs budgets dédiés à la technologie afin de faire face à la concurrence et de se positionner au mieux de façon à répondre à de telles menaces).2

L’inflation n’est pas non plus un sujet de préoccupation. Une inflation excessive des coûts, des salaires ou des prix à la production, ainsi que la hausse des coûts de financement, pourraient conduire à un durcissement des conditions monétaires, ce qui limiterait la croissance réelle de la demande et obligerait les entreprises à réduire leurs investissements. Nos analystes font certes état d’une augmentation modérée des coûts de production et des salaires, ainsi que d’une légère amélioration du pouvoir de fixation des prix parmi leurs entreprises, mais ils s’attendent néanmoins bel et bien à ce que la hausse des prix à la production demeure inférieure à celle des prix à la consommation.

Une confiance teintée de prudence

A ce stade du cycle, l’endettement des sociétés commence généralement à augmenter à mesure que la confiance se mue en arrogance. En outre, l’endettement total mondial (incluant la dette privée et publique) s’est envolé à des niveaux record et bien supérieurs aux niveaux d’avant la crise, rendant ainsi toutes les grandes économies plus vulnérables que jamais à la hausse des taux d’intérêt.3

En conséquence, il n’aurait donc pas été surprenant de voir les anticipations en matière d’endettement et de défaut augmenter, et les bilans se détériorer. Or, ce n’est pas ce que notre enquête révèle. Au contraire, elle laisse entrevoir des bilans bien financés dans tous les secteurs ; des besoins de financement, des coûts de financement et des taux de défaut stables ; ainsi qu’une légère baisse de l’endettement au cours des 12 prochains mois – une situation qui est révélatrice d’une allocation de capital prudente en dépit de plusieurs années de croissance économique.

Il pourrait y avoir une certaine effervescence en matière d’activités favorables aux actionnaires, lesquelles tendent à se renforcer en fin de cycle, même si les transactions les plus rentables sont plus susceptibles d’être réalisées lorsque les cours des actions sont bon marché. La trésorerie rapatriée aux États-Unis en vertu de la nouvelle législation devrait principalement servir à financer des programmes de rachat d’actions. Là où l’endettement apparaît être orienté à la hausse (chez 20 % des analystes seulement), cette situation est attribuable aux rachats d’actions, aux fusions-acquisitions et aux distributions de dividendes, ainsi qu’à l’augmentation des dépenses d’investissement. Quasiment aucun analyste n’attribue l’endettement croissant à la détérioration prévue des flux de trésorerie.

Graphique 6: Peu de signaux flagrants de surchauffe

Cela peut-il durer?

Une situation marquée à la fois par des marges record des entreprises, des financements extrêmement bon marché, une stabilité des salaires, des prix des matières premières favorables et une croissance économique mondiale synchronisée est pour le moins inhabituelle. Ce doux climat des affaires peut-il persister?

Allonger davantage les échéances de la dette va être plus difficile, les taux d’intérêt et les rendements augmentent désormais par rapport à leurs points bas et les marges des entreprises ne peuvent quasiment faire autre chose que baisser. Les coûts de financement devraient augmenter en Chine, mais il n’est pas pour autant prévu un fort ralentissement de la croissance ; Il reste encore à voir dans quelle proportion la croissance fléchira. Peu d’entreprises dans le monde prévoient des risques géopolitiques, en dépit de l’accentuation des tensions sur la planète, du Venezuela au Moyen-Orient et en passant par la péninsule coréenne.

L’an prochain, notre enquête pourrait ne plus brosser un tableau aussi idyllique. Mais pour cette année, les entreprises demeurent extrêmement confiantes et elles agissent en conséquence.

 


1. L’indicateur de sentiment global repose sur le regroupement de cinq indicateurs clés qui reflètent l’opinion d’ensemble des analystes à l’égard des entreprises des secteurs qu’ils couvrent. Les réponses vont de 1 à 10 (10 étant l’opinion la plus positive) et sont pondérées par rapport à la capitalisation boursière du secteur concerné. L’indicateur ainsi obtenu est plus fiable qu’un chiffre en valeur absolue si l’on veut établir des comparaisons.
2. Sentiment au moment de l’enquête réalisée en fin d’année.
3. Selon l’Institut de la finance internationale (IIF), l’endettement mondial s’est hissé à un niveau sans précédent de 230 000 milliards de dollars au 3ème trimestre 2017, soit 16 000 milliards de dollars de plus que son niveau de la fin 2016 et plus de trois fois le PIB mondial : https://www.iif.com/publications/global-debt-monitor