Les gros titres de la semaine dernière ont entraîné une chute des actions liées aux vaccins à ARNm, qui restent l'une de nos plus solides convictions dans le secteur des biotechnologies. Ce récent pic de volatilité remet-il en question notre cas d'investissement?

La volatilité à court terme des “sociétés ARNm” est principalement liée aux gros titres, mais nous réaffirmons notre conviction à long terme dans cette technologie. Les vaccins restent l’arme la plus essentielle dans la lutte contre la pandémie. À plus long terme, l’investissement des liquidités provenant des ventes de vaccins Covid associé à la nature disruptive de la technologie ARNm devrait conduire à des résultats cliniques intéressants dans de nombreuses autres indications.

Nous pensons que les valeurs liées à la technologie ARNm continueront d’afficher une croissance bien supérieure à la moyenne du secteur.

Ce qui s’est passé

Jeudi: Moderna réduit ses prévisions de ventes du vaccin Covid 19

Lors de la publication de ses résultats du troisième trimestre jeudi dernier, Moderna a annoncé qu’elle fournirait moins de doses que prévues en 2021 en raison de délais d’expédition plus longs à l’étranger et de problèmes de production. Alors qu’elle avait annoncé en août qu’elle serait en mesure de fournir entre 800 millions et un milliard de doses d’ici la fin de l’année, la société prévoit désormais de livrer entre 700 millions et 800 millions de doses, ce qui entraîne une réduction des prévisions de revenus pour 2021: de 20 milliards de dollars à 15-18 milliards de dollars.

Vendredi: Une pilule miracle remettant en question les vaccins?

Pfizer a annoncé que sa pilule antivirale Covid-19 est efficace à 89% pour prévenir les hospitalisations et à 100% pour prévenir les décès. L’essai ne devait pas donner de résultats avant la fin de l’année mais il a été arrêté prématurément en raison de la forte efficacité observée. Pfizer fournira ces résultats « dès que possible » à la FDA pour approbation, probablement avant Thanksgiving (25 novembre).

Il s’agit du deuxième traitement à présenter des résultats prometteurs, devançant largement la pilule antivirale mise au point par Merck (molnupiravir, efficace à 50 % pour prévenir les hospitalisations et les décès) et approuvée jeudi dernier au Royaume-Uni.

En conséquence, les actions de Moderna, de BioNtech et des entreprises sous-traitantes travaillant avec Moderna (Catalent et Lonza) ont fortement baissé.

Impact sur notre cas d’investissement

Vaccins contre pilules

Si elles sont approuvées, les pilules de Merck et Pfizer pourraient être un outil essentiel dans la lutte contre la pandémie. Les antiviraux agissent en diminuant la capacité d’un virus à se répliquer, ce qui ralentit la maladie. Ces traitements sont faciles à administrer et complètent les vaccins pour protéger contre la Covid-19.

Cependant, d’un point de vue de santé publique, la prévention est plus déterminante qu’un traitement. En général, les vaccins permettent de prévenir les infections et de réduire considérablement les transmissions, tandis que les traitements sont administrés lorsque les patients atteignent leur charge virale maximale (et sont les plus infectieux). Les vaccins sont donc essentiels pour réduire la quantité de virus en circulation. Enfin, les vaccins ont toujours été considérés comme plus efficaces pour gérer et réduire les coûts globaux de santé publique.

Dans le cas de la Covid, les antiviraux ont pu montrer un bénéfice clinique que dans un sous-ensemble de populations: à risque, non vaccinées et présentant des symptômes précoces, alors qu’ils ont échoué dans les autres populations. De plus, ces médicaments antiviraux sont encore chers. Celui de Merck coûte 712 dollars pour un cycle de traitement (consistant en l’administration d’une pilule pendant cinq jours, deux fois par jour, avec des effets secondaires).

Jusqu’à présent, les vaccins à ARNm se sont révélés être le meilleur moyen de combattre la Covid de manière sûre pour les patients, et économique pour les systèmes de santé. Nous ne pensons pas que les traitements antiviraux affecteront de manière significative les campagnes de vaccination, que BioNTech et Moderna fournissent presque exclusivement.

L’histoire de l’ARNm – ce n’est qu’un début

Nous considérons que la pipeline de Moderna et BioNtech est potentiellement disruptive pour le secteur et ne se limite pas à la maladie de Covid-19.

La pipeline de BioNtech est principalement axée sur l’immunothérapie contre le cancer. La recherche se porte sur des vaccins anticancéreux personnalisés, qui stimulent le système immunitaire pour qu’il combatte les mutations spécifiques à chaque patient. Les vaccins contre le cancer ne sont pas un concept nouveau, mais la forte réponse immunitaire induite par les plateformes d’ARNm, associée à des interventions plus précoces et aux progrès des diagnostics de précision, pourrait faire de BioNTech un acteur incontournable sur le marché de l’immunothérapie, qui atteint 100 milliards de dollars.

La recherche de Moderna couvre plusieurs domaines et modalités thérapeutiques. Leurs programmes les plus avancés concernent d’autres maladies infectieuses, notamment le CMV, un virus transmis par les mères provoquant de terribles malformations et troubles chez le nouveau-né, et le VRS, un virus respiratoire qui entraîne un taux élevé d’hospitalisations (coûteuses) chez les patients âgés. Lors de sa journée R&D, Moderna a présenté des données précliniques pour un vaccin multivalent codant pour trois virus et six souches différentes( !), démontrant une réponse immunitaire forte et constante induite pour tous. Cela pourrait être l’une des « killer apps » de la technologie ARNm, faisant potentiellement de Moderna un acteur dominant sur le marché des vaccins, qui représente 60 milliards de dollars de ventes annuelles (ex-Covid-19).

Cash cash cash

Sur la base des projections de revenus actuelles et des accords d’achat anticipé déjà annoncés pour 2022, BioNTech et Moderna devraient chacune détenir plus de 30 milliards de dollars de liquidités nettes d’ici la fin de l’année prochaine, ce qui en feraient les sociétés les mieux financées de tout le secteur biopharmaceutique. Cela permettra à ces acteurs, entre autres, d’investir massivement dans leur pipeline interne et d’acquérir des produits complémentaires.

Le PDG de Moderna a exprimé son intérêt à investir dans l’IA et la médecine génétique. BioNTech a commencé à investir dans une capacité de production qui soutiendrait ses efforts en matière d’immunothérapie personnalisée. Nous pensons que ce cash à investir est non seulement très positif pour ces entreprises mais aussi pour le secteur de la biotechnologie dans son ensemble – et notre approche Biotech 360° est particulièrement bien positionnée pour en bénéficier.

Notre point de vue

Nous maintenons notre conviction, énoncée au début de la pandémie, sur les vaccins à ARNm de Moderna et BioNTech. Nous ne pensons pas que les nouvelles récentes changent notre thèse. Comme une proportion plus importante de la population éligible a déjà été vaccinée, les sociétés avec des plateformes technologiques à forte croissance, telles que l’ARNm, s’orientent vers une expansion post-covid et nous ajustons notre exposition en conséquence.