2020 restera-t-elle dans les annales comme l’année du coup d’envoi de la démocratisation des marchés boursiers? Une chose est sûre, sous l'impulsion d'un nombre croissant de blogueurs et d'influenceurs, les sujets financiers sont soudainement sortis de l'ombre des bureaux d'experts pour se retrouver projetés sur le devant de la scène web.

Par Christian Staub, Managing Director Europe, Fidelity International

 

FIDELITY - Christian StaubÀ l’heure où les connaissances financières n’ont jamais été aussi faciles d’accès, l’écart d’information entre les experts et les investisseurs amateurs semble s’amenuiser. À tel point que de plus en plus de particuliers se sentent désormais prêts à se lancer sur les marchés financiers.

Grâce à une offre florissante de plateformes en ligne et de courtiers à bas coût, le trading est devenu tendance. S’il y a quelques années à peine, les actions étaient considérées par les jeunes comme la chasse gardée des plus riches, voire comme une œuvre quasi diabolique, aujourd’hui délaisser la bourse serait presque suspect… Néanmoins, les soubresauts du prix de l’action Gamestop (déclenchés par une poignée de jeunes téméraires au sein de la communauté en ligne Reddit) montrent clairement les dérives possibles de cette évolution.

Faut-il le rappeler: spéculer et investir ne sont pas synonymes, et un engagement de long terme dans une action d’entreprise ne doit certainement pas se transformer en un jeu purement spéculatif.

Par conséquent, afin de permettre à tout particulier de mener une vie financière saine sur le long terme, nous devons veiller à ce que les «digital natives», autrement dit ces enfants bercés par le numérique, soient également des «financial natives».

Ces derniers seraient alors en mesure de prendre des décisions d’investissement éclairées, conscientes et fiables; soit par leurs propres moyens grâce à une compréhension réaliste des opportunités d’investissement et des risques inhérents, soit en collaboration avec des conseillers financiers de confiance.

Si les blogueurs et influenceurs financiers peuvent aujourd’hui se féliciter d’avoir amorcé une tendance de fond, d’autres initiatives doivent suivre. Pour ne citer que quelques pistes: l’éducation économique devrait enfin être enseignée dans les écoles, et les lourdeurs administratives et règlementaires mériteraient à certains égards d’être réduites. Trouver le juste milieu entre la protection des investisseurs particuliers et la simplicité d’accès aux marchés financiers est en effet essentiel.

Les gérants d’actifs doivent également contribuer à la démocratisation du monde de l’investissement: par une plus grande transparence sur les coûts, la pérennité des produits, les opportunités et les risques, mais aussi par de nouveaux formats de communication accessibles, par des informations sur la situation financière à portée des investisseurs finaux (par exemple via des tableaux de bord en ligne), et surtout par une digitalisation accrue de l’expérience investisseur.

En ce sens, la prochaine étape sur ce chemin consiste à simplifier l’accès aux marchés privés. La recherche montre en effet que les investissements dans ce segment de marché non coté sont généralement réalisés à plus long terme, mais peuvent également apporter de multiples opportunités de rendement.

Des sociétés de technologie financière sur le non coté peuvent donner accès à de larges groupes d’investisseurs à des classes d’actifs auparavant réservées à une minorité.

En notre qualité d’intermédiaires financiers, nous devons donc nous efforcer de simplifier davantage l’accès aux marchés des actions et aux marchés privés en éliminant les barrières à l’entrée. Si jusqu’à présent seuls les investisseurs fortunés ou professionnels ont pu s’engager sur les marchés privés les plus prometteurs, la démocratisation des marchés doit s’accélérer dans l’intérêt du plus grand nombre. Plus les particuliers deviendront des investisseurs éclairés, plus la démocratisation financière sera une réussite!