La relation entre les énergies renouvelables et l'industrie pétrolière n'est pas aussi simple qu'elle n'y paraît : l'impact de la baisse des prix du pétrole est bien entendu différente selon le sous-secteur considéré. Néanmoins, la volatilité et les perturbations engendrées par les prix actuels du pétrole semblent renforcer certaines tendances sous-jacentes, favorisant notre positionnement au thème «Sustainable Future».

Géopolitique – Le facteur de volatilité

Une allumette dans la poudrière

Tout conflit au Moyen-Orient engendrerait une forte hausse de la volatilité des prix du pétrole. Les pays du monde entier seraient alors à la recherche de sources d’énergie alternatives et la course à l’indépendance énergétique s’en trouverait accélérée, la combinaison parfaite pour notre thème d’investissement dans le domaine du développement durable.

Le Moyen-Orient représente 60% de la production mondiale de pétrole et 40% du gaz naturel et la grande majorité est transportée par des pétroliers quittant le golfe Persique par le détroit d’Ormuz.

Pétrole et pouvoir vont de pair

La région du Moyen-Orient est riche en pétrole mais également minée par des luttes de pouvoir interrégionales qui existent depuis des décennies et qui polarisent les intérêts de superpuissances économiques comme les États-Unis, la Russie et la Chine.

Les principales puissances locales sont l’Iran et l’Arabie Saoudite, qui se font face sur un certain nombre de fronts, et sont soutenues par des superpuissances mondiales rivales. Plus globalement, les dissensions entre sunnites et chiites peuvent déstabiliser la région.

Un vent de guerre?

Les tensions dans la région n’ont cessé de s’accroître au cours des derniers mois et les américains ont substantiellement augmenté leur présence militaire, particulièrement dans le golfe persique et le détroit d’Ormuz. Compte tenu de la menace nucléaire, une attaque américaine sur l’Iran ne nous surprendrait pas.

Les énergies renouvelables

Quelles opportunités?

La volatilité accrue des prix du pétrole rend les investissements dans de nouveaux projets d’exploration et de production (E&P) moins attrayants. Les groupes pétroliers poursuivent la diversification leurs investissements vers des projets à plus long terme et moins risqués, notamment dans le secteur des technologies propres. Il faudrait que les prix du pétrole reviennent vers USD 50/baril pour que de nouveaux forages soient envisageables sachant que les coûts d’exploitation de puits existants sont à peine couverts à USD 25/baril.

Impact du prix du pétrole sur le marché final

Idée reçue: un pétrole bas réduirait la compétitivité des sources d’énergie renouvelables et compromettrait les investissements dans de futur projets. En réalité, les taux de rendements de projets renouvelables sont comparables à ceux de l’amont pétrolier (upstream) avec un baril à USD 35. De plus, pétrole et renouvelable ne se battent pas sur le même marché: les renouvelables étant utilisés principalement dans la génération d’électricité, là où le pétrole ne représente que 3% du mix électrique globale,

Sensibilité face aux prix du pétrole

La parité réseau (grid parity) est le principal moteur des investissements dans les projets d’énergies renouvelables à grande échelle. De manière quelque peu contre-intuitive, un prix du pétrole bas est susceptible d’améliorer la compétitivité des énergies renouvelables. En effet, la fermeture de stations de forage peu rentables entrainerait une baisse de production de gaz associé au pétrole (APG) et pourrait conduire à une augmentation des prix du gaz naturel; le principal compétiteur aux énergies renouvelables dans la production d’électricité.

Impact du prix du pétrole sur la chaîne de valeur

Le principal impact d’un pétrole bas sur la chaîne de valeur des énergies renouvelables réside dans les coûts de logistique et de transport. Il reste néanmoins peu probable qu’une baisse de couts des carburants se rétribue sur la logistique des différents fabricants/ acheteurs.
La production et l’extraction de matériaux sont eux aussi passablement alimentées par le pétrole, mais celui-ci reste un élément mineur dans la fixation des prix (qui sont plus liés à la logique d’offre/demande).

La faiblesse des prix du pétrole-un impact sur les réglementations et les politiques?

Les décideurs politiques visent l’indépendance énergétique, il est donc peu probable que les réglementations actuelles en faveur des énergies renouvelables changent. En outre, les technologies actuelles, tant solaires qu’éoliennes, sont déjà compétitives face aux combustibles fossiles, et ce, même sans subventions.

Si certains projets ont été mis à l’arrêt ou différés par la pandémie de COVID-19, il est probable que les décideurs politiques accorderont des prolongations de délai.

Véhicules électriques

Quelles opportunités?

La crise COVID-19, plus que la faiblesse des prix du pétrole, est susceptible de stimuler le marché des véhicules électriques, car la distanciation sociale jouera en faveur de la possession d’une voiture privée, les gens essayant d’éviter d’utiliser les transports publics. L’exemple chinois est parlant. Une récente étude menée en Chine montre que 72% des sondés ne possédant pas de voiture envisageraient d’en acheter une.

Les prix des véhicules électriques ont baissé et des constructeurs tels que Tesla annoncent de nouvelles batteries moins chères. Ce faisant, le secteur devient moins sensible au prix du pétrole et incite plus d’acteurs à mettre de nouveaux modèles sur le marché.

Les décideurs politiques sont favorables au développement de ce segment automobile. La Chine étend de deux ans son programme de subvention aux véhicules électriques jusqu’en 2022 et l’Europe met en place une réglementation d’émission de CO2 applicable dès 2021.

Batteries et stockage

Quelles opportunités?

Les acteurs privés et publics veulent se défaire de la dépendance aux énergies fossiles. Les groupes pétroliers diversifient leurs dépenses en capital et s’orientent de plus en plus vers des technologies « propres » y compris dans le domaine du stockage d’énergie. Les gouvernements reconnaissent l’importance des politiques visant à favoriser la gestion de l’énergie plus propre dans l’effort d’atteindre l’indépendance énergétique.

Le marché des batteries et du stockage d’énergie n’est pas directement impacté par la fluctuation des prix du pétrole. Ce segment avant tout est essentiel pour les secteurs des véhicules électriques et des énergies renouvelables, et contribue en fait à leur compétitivité par rapport aux alternatives liées au pétrole.

Les véhicules électriques s’appuient sur la performance des batteries afin de prolonger l’autonomie et les temps de chargement dans l’optique d’améliorer leur compétitivité face aux moteurs à combustion interne. De l’autre côté, les sources renouvelables «intermittentes» nécessitent de nouvelles solutions de stockage longue-durées afin de garantir la disponibilité de l’électricité tout au long de la journée.

Gestion de l’eau et des eaux usées

Quelles opportunités?

Les sociétés proposant des solutions innovantes dans la distribution de l’eau et le traitement des eaux usées répondront aux besoins d’un marché en expansion. L’extraction de pétrole, et notamment de pétrole de schiste, produit d’énormes quantités d’eau, dite «eau produite» qu’il convient de traiter convenablement. Alors que dans les puits conventionnels, l’eau produite est réinjectée dans les réservoirs pour y stimuler la production (waterflooding), l’extraction non-conventionnelle de pétrole (schiste) produit de l’eau qui est en général traitée, acheminée et évacuée car impropre à la réutilisation. Pour certains opérateurs pétroliers, la gestion de ces eaux usées est un des coûts les plus élevés.

Au vu de la situation actuelle, il est fort probable que les E&Ps cherchent à réduire leurs couts au maximum, chose qui pourrait favoriser le développement de nouvelles solutions innovante dans la gestion des eaux produites (traitement avancé pour réutilisation, optimisation de logistique/ transport, etc.).

Catalystes

  • De nouvelles divergences entre les membres de l’OPEP prolongeraient probablement le contexte actuel de volatilité accrue sur les prix du pétrole.
  • La pandémie a montré l’impact d’une réduction de l’activité économique sur le climat. La demande pour des technologies plus propres devrait se faire sentir.
  • Les tensions militaires entre les Etats-Unis et l’Iran dans le détroit d’Ormuz pourraient pousser les prix du pétrole à la hausse.

Risques

  • Un prix du gaz naturel durablement bas améliorerait la compétitivité des centrales à cycle combiné au gaz naturel face aux énergies renouvelables.
  • Les pays dépendants des revenus du pétrole pourraient voir leurs budgets se contracter, et potentiellement affecter les dépenses prévues pour les technologies propres.
  • Les lobbies pourraient faire pression sur les régulateurs afin qu’ils aident l’industrie pétrolière en assouplissant les contraintes environnementales.