La première capitulation est celle de Donald Trump devant Nancy Pelosi, qui dirige l’opposition démocrate à la Chambre. Cela met un terme au government shutdown et réduit le degré d’incertitude. Bonne nouvelle ! La seconde est celle de Jerome Powell.

Dernièrement, nombre d’investisseurs s’angoissaient à l’idée que le dégonflement du bilan de la Fed prenne une telle ampleur que cela aurait asphyxié les marchés (une thèse plus que discutable). Le patron de la Fed a dû craindre que cette angoisse provoque un choc financier. Pour l’éviter, il a opté pour un statu quo monétaire durable. Bonne nouvelle ? Peut-être, pas sûr.

Le focus de la semaine passée

La réunion du FOMC du 30 janvier s’est soldée sans modification de politique (ce qui était attendu) mais par un changement notable du biais de la Fed. Dans la ligne de tous les discours récents venant des officiels, le maître-mot pour décrire les futures actions de la banque centrale est PATIENCE, ce qui est assez imprécis pour que chacun y trouve ce qu’il veut bien y trouver.

Le biais en faveur de quelques hausses de taux a disparu du communiqué. A la place, la Fed entend prendre son temps pour aviser de la suite des opérations. La Fed ne ferme aucune porte, ni celle de reprendre les hausses de taux, ni celle de les baisser si nécessaire. Dans l’immédiat, le statu quo prévaudra, ce qui est d’autant plus justifié que le profil d’inflation est orienté vers le bas, que les marchés sont nerveux, que les risques extérieurs ont monté et qu’on n’est pas encore sorti du brouillard statistique provoqué par le shutdown. Six mois de patience sont un minimum. Le marché penche pour un statu quo plus long (graphe de gauche).

La Fed ne décrit plus les risques sur les perspectives comme étant équilibrés, mais ne dit pas non plus si elle les voit pointer plutôt vers le bas ou le haut.

En plus du communiqué usuel, le FOMC en a publié un second, consacré à la normalisation du bilan, signe qu’elle a été très sensible à l’angoisse des marchés à ce sujet. Elle y réaffirme que le principal outil de politique monétaire est la fixation des taux directeurs. L’ajustement du bilan est secondaire. Pour autant, le FOMC se dit prêt à ajuster la taille ou la composition de son portefeuille d’actifs (graphe de droite) s’il s’avérait nécessaire d’assouplir la politique monétaire.

Enfin, et c’est une précision importante, la Fed va opter pour un système de liquidité caractérisé par un large montant de réserves excédentaires des banques (floor system)1. Cela implique que la réduction du bilan ne sera pas poursuivie pendant des années, mais pendant quelques mois ou trimestres seulement.

Economie

Marché du travail – Les inscriptions au chômage ont bondi 53K sur la semaine du 26 janvier, période de shutdown comprenant de surcroît un jour férié. Il n’y a donc là rien de significatif. L’autre donnée relative aux conditions d’emploi est l’indice du coût du travail. Il progresse de 0.7% t/t au T4, et de 2.9% sur un an, nouveau point haut dans cette phase d’expansion.

Marché du travail

Climat des affaires – Avant l’indice ISM manufacturier, les dernières données régionales sont restées mitigées. L’indice de la Fed de Dallas s’est un peu repris, mais l’indice PMI de Chicago a plongé de 7.1pts à 56.7.

Climat des affaires

Confiance des ménages – Comme les autres enquêtes équivalentes déjà parues (U.Michigan, Bloomberg), l’indice du Conference Board a fortement corrigé. L’indice perd 6.4pts en janvier, après un recul de 9.8pts en décembre. Sur deux mois, cela représente une correction inédite depuis 2008. C’est en quasi-totalité les anticipations qui expliquent la chute. Le jugement sur la situation actuelle du marché du travail n’est pas du tout altéré. Plusieurs observateurs ont été prompts à voir dans l’écart considérable “conditions présentes-conditions futures” un signe dramatique d’affaissement du cycle. Comme on envie ces experts capables de tout résumer en une seule métrique et d’ignorer tout le reste, y compris le fait que cinq semaines de shutdown ont pu peser sur les attentes.

Consommateur

A suivre cette semaine

Avec la fin du shutdown, les statisticiens du BEA et du Census Bureau peuvent reprendre leur activité normale. Tout d’abord, il faut purger le stock de données en attente. Les statistiques du mois de novembre étaient déjà en partie traitées au début du shutdown et seront publiées dans les prochains jours avec environ un mois de retard : dépenses de construction, commandes industrielles, commerce extérieur. Pour les statistiques de décembre, le calendrier n’est pas encore établi. La première estimation des comptes nationaux du T4, qui donne la croissance du PIB réel, reste donc suspendue. On peut supposer que la surcharge de travail risque d’altérer la publication pendant quelques semaines avant un retour complet à la normale. Du côté des enquêtes, le principal intérêt sera l’indice ISM du secteur non-manufacturier, le 5 février. Le même jour, Donald Trump pourra enfin prononcer le discours annuel sur l’état de l’Union.