L'environnement actuel de généralisation de la croissance économique mondiale, d'expansion du commerce mondial, et de baisse du dollar est plutôt un facteur de soutien pour les marchés de matières premières, même si une envolée des prix reste peu probable.

John Greenwood, Economiste en chef d’Invesco Ltd.

Les deux principaux indices que nous utilisons comme références pour les matières premières, les indices S&P GSCI et CRB, ont certes progressé au cours de la dernière année, mais dans des mesures différentes. Si le GSCI s’est adjugé 14% depuis avril 2017, l’indice CRB n’a signé dans le même temps qu’une modeste hausse de 2%. Cela s’explique principalement par la plus grande pondération des produits énergétiques dans l’indice GSCI (plus de 50%) par rapport au CRB.

Le prix du pétrole brut de Brent a augmenté de 20 % sur douze mois. Il fait preuve de stabilité depuis le début de l’année 2018, même s’il ne parvient apparemment pas à rester au-dessus du seuil des 70 dollars par baril de façon prolongée. Bien que l’exacerbation des tensions entre les États-Unis et l’Iran associée aux autres conflits au Moyen-Orient puisse avoir un plus fort impact sur les approvisionnements en pétrole qu’au cours des dernières années, la production devrait augmenter en 2018. Ainsi, l’Agence Internationale de l’Énergie a revu à la hausse ses prévisions de demande de pétrole cette année, la faisant passer de 97,8 millions de barils par jour (bpj) en 2017 à 99,3 millions de bpj. Pourtant, une fois de plus, les États-Unis enregistrent une très forte croissance de leur production de pétrole brut, assez pour répondre à la majeure partie de l’augmentation de la demande mondiale. La production de brut américain est ainsi en hausse de 10 % depuis le début de l’année 2018 et s’accroît à un rythme de 14 % en glissement annuel. Le nombre d’installations de forage aux États-Unis augmente également, même si son taux de croissance a fortement ralenti. Les dernières statistiques indiquent que le nombre d’installations de forage est en hausse de 16,7 % par rapport à l’année précédente, à comparer à un taux de croissance de 125 % en avril 2017. On compte actuellement un peu plus de 1 000 installations de forage, soit environ moitié moins que le nombre de plates-formes actives avant l’effondrement du prix du pétrole en 2014 (plus de 1 900 installations à l’époque).

Les stocks de pétrole brut à l’échelle mondiale ont chuté au cours de l’année dernière, ce qui fait disparaitre une partie de l’amortisseur dont bénéficient les marchés pétroliers en cas de chocs géopolitiques.

La guerre commerciale qui s’intensifie entre les États-Unis et la Chine représente l’évolution la plus importante pour le marché des matières premières agricoles. Le ministère chinois du commerce a annoncé un programme visant à imposer des droits de 25 % sur le soja en plus d’autres produits agricoles américains comme le blé, le maïs, le coton, le sorgho, le tabac ou la viande bovine. Les producteurs américains de soja auraient le plus à perdre d’une telle mesure, car la Chine représente près d’un tiers de leurs exportations de soja et leur plus gros marché à l’export. La Chine a ciblé ce produit en raison de l’importance de cette récolte pour les partisans de Trump souvent implantés au cœur de l’Amérique profonde. Bien qu’il soit difficile de quantifier avec précision l’impact négatif de cette mesure sur les agriculteurs américains, cela devrait probablement se traduire par une décote des prix du soja américain par rapport à des légumineuses comparables provenant d’Amérique du Sud. Ainsi, les producteurs brésiliens et argentins ont le plus à gagner de ses barrières douanières. Rappelons que la Chine a acheté l’année dernière plus de graines de soja provenant du Brésil que des États-Unis. Les droits de douane peuvent également avoir un effet préjudiciable sur les producteurs chinois car la farine de soja constitue la principale alimentation des porcs élevés en Chine. Ainsi, une hausse du coût de la matière première va probablement augmenter le prix du porc, qui est une composante de l’indice chinois des prix à la consommation.