Les experts d’Invesco estiment que les gouvernements ne sont pas près de mettre un terme à leurs plans d’aides massifs, et que de même, les banques centrales devraient maintenir leurs achats d'actifs et autres lignes de liquidité en 2021.

En 2021, les experts du bureau de Stratégie mondiale de marché d’Invesco n’anticipent pas la disparition des programmes massifs d’achats d’actifs des banques centrales; au contraire, un élargissement de ces dispositifs serait même plus probable. Ce pourrait être une bonne nouvelle pour les actifs risqués cette année. Néanmoins, les experts d’Invesco s’inquiètent des conséquences à plus long terme de la politique monétaire extrême des banques centrales mondiales.

«Nous doutons que l’argent pousse sur des arbres que les banques centrales peuvent cultiver sans conséquence aucune. Peut-être n’y aura-t-il aucun problème aujourd’hui ni demain, mais les effets pourraient se faire ressentir au niveau de nos retraites», souligne Paul Jackson, Responsable mondial de la recherche en allocation d’actifs.

Au cœur de la pandémie et d’une récession mondiales, les banques centrales ont adopté des mesures extraordinaires: «Non seulement ont-elles déployé un filet de sécurité en-dessous des actifs risqués, mais en plus, elles ont relevé de façon manifeste les limites naturelles des marchés. Par leur action, elles ont contribué à la formation de bulles spéculatives dans de nombreux segments, comme le bitcoin ou encore certaines actions américaines, et permis à un forum informatique de petits investisseurs de faire trembler les hedge funds.» En dehors de la sphère financière, de nombreux pays ont par ailleurs vu flamber les prix sur leurs marchés immobiliers.

Ces phénomènes soulèvent des questions quant aux conséquences à court et à long terme des politiques monétaires

Dans l’immédiat, les perspectives économiques semblent moins bonnes qu’on ne le prévoyait il y a quelques mois, car la pandémie continue de faire rage dans de nombreuses régions du monde. Les estimations anticipent une nouvelle contraction des PIB, et les stratèges d’Invesco tiennent même pour possible une croissance mondiale négative en ce premier trimestre. De plus, il s’avère que les vaccins ne sont pas le remède miracle espéré pour permettre à l’économie mondiale de repartir au plus vite. D’une part, la production n’est pas encore à la hauteur des besoins, de telle sorte qu’une grande partie de l’année sera nécessaire pour vacciner en masse la population des pays développés, tandis que les pays émergents pourraient, quant à eux, devoir patienter jusqu’à au moins 2022. D’autre part, il n’est pas encore certain que les personnes vaccinées ne transmettent plus le virus, et pour finir, se pose le risque de nouvelles mutations contre lesquelles les vaccins seraient inefficaces. «Paradoxalement, depuis le lancement des campagnes de vaccination, les Etats ont à nouveau durci les mesures de restriction des voyages internationaux, et le retour à la normale paraît plus éloigné qu’on ne l’espérait il y a quelques mois», reconnaît Paul Jackson.

C’est pourquoi les experts d’Invesco estiment que les gouvernements ne sont pas près de mettre un terme à leurs plans d’aides massifs, et que de même, les banques centrales devraient maintenir leurs achats d’actifs et autres lignes de liquidité en 2021. «Du point de vue des marchés financiers, on peut considérer qu’il s’agit d’une bonne nouvelle, car en définitive, tout ceci signifie que les banques centrales vont continuer d’acheter d’énormes quantités de valeurs d’actifs. Mais dans la mesure où l’accroissement de leurs bilans ne pourra pas atteindre les mêmes proportions que l’an dernier, le soutien ainsi offert aux marchés risque d’être moins important. Ce qui pourrait également donner lieu à des corrections», explique Paul Jackson.

«Quand les banques centrales seront obligées de réduire leurs achats d’actifs, les marchés risquent de se montrer déçus.»

Selon les estimations d’Invesco, l’accroissement des bilans des banques centrales du «QE5», qui ont procédé à des achats d’actifs considérables (la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne (BCE), la Banque d’Angleterre (BoE), la Banque du Japon (BoJ) et la Banque nationale suisse (BNS)) a représenté 8.800 milliards de dollars en 2020, soit autant que pendant et après la crise financière mondiale, mais à partir d’un niveau qui était déjà beaucoup plus élevé.

Paul Jackson s’interroge donc quant à la manière dont les banques centrales voudront abandonner cette routine du QE. Avec des bilans représentant respectivement 44% et 35% du PIB de leurs économies (selon les estimations d’Invesco), la BoE et la Fed se trouvent chacune dans une situation inédite. Comme l’explique l’expert d’Invesco, par le passé, ce type de situation a été réglé non pas par une réduction des bilans des banques centrales, mais par un retour à une plus forte croissance économique, processus qui, la plupart du temps, s’est étalé sur plusieurs dizaines d’années. «Les conséquences de la pandémie s’ajoutent à l’héritage restant de la crise financière mondiale, de telle sorte que la normalisation des bilans des banques centrales pourrait durer une grosse partie du siècle actuel», calcule le stratège.

Ce scénario pourrait encore se révéler trop optimiste

En effet, car les banques centrales des pays développés ont pris le risque d’investir «à fonds perdus» pour atteindre des objectifs d’inflation qu’elles avaient elles-même fixés, une approche probablement vouée à l’échec si l’on considère les obstacles démographiques.

«Plus inquiétant, les banques centrales semblent s’être donné la mission d’empêcher que les marchés financiers soient déstabilisés», remarque Paul Jackson. «Plus précisément, ces institutions font tout ce qui est en leur pouvoir pour limiter les mouvements de baisses, tandis qu’elles tolèrent, voire encouragent, les accès de hausse des cours. Il semble que les marchés financiers, en particulier ceux des actions, aient acquis une importance telle dans les pays développés qu’il est devenu inenvisageable qu’ils puissent s’effondrer sous l’effet des conséquences sur le financement des entreprises et l’économie en termes d’effets de richesse. Par crainte d’une accentuation du ralentissement économique, les marchés actions pourraient ainsi plonger de facto dans une récession d’un niveau disproportionné.

Résultat : les banques centrales renforcent leurs mesures de soutien à chaque récession, et doivent mettre les bouchées doubles dès que la situation devient encore plus grave.

«En essayant d’éviter que les marchés soient déstabilisés, les banques centrales s’éloignent de plus en plus de ce que la plupart d’entre nous auraient auparavant considéré comme un régime de politique monétaire stable», commente Paul Jackson. La seule inflation créée par ces politiques est celle des prix des actifs. De cette manière, il se pourrait qu’inconsciemment, les banques centrales sèment les germes de désordres sociaux en aidant les privilégiés à le devenir encore plus. Un tel phénomène risque de renforcer le populisme, et précisément d’engendrer l’instabilité que les banques centrales cherchent à éviter à l’aide de leur politique monétaire.

 


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