Les enjeux ESG ne sont plus l’apanage des activistes politiques. En effet, ils figurent en bonne place sur la liste des priorités des entreprises en frappant désormais à la porte des conseils d’administration.

Cet article est tiré de l’Analyst Survey 2018 réalisée par Fidelity auprès de 162 analystes au niveau mondial.

 

Selon l’Enquête Analystes 2018 de Fidelity, la proportion d’analystes qui estiment que leurs entreprises se préoccupent des problématiques ESG (Environnementales, Sociales et de Gouvernance) est 40% plus élevée que l’an dernier et, pour la première fois, plus de la moitié des répondants déclarent que la plupart des entreprises de leur secteur prennent ces problématiques au sérieux.

Le Japon est la région qui connaît le plus grand changement; 80% des répondants indiquent que les entreprises mettent davantage l’accent sur les enjeux ESG, contre 60% en 2017. Il n’est pas surprenant que les secteurs liés aux ressources naturelles tels que les matériaux, l’industrie, l’énergie et les services collectifs figurent en première ligne en matière de critères ESG, mais d’autres secteurs rattrapent leur retard.

Les enjeux ESG s’installent dans les conseils d’administration

Il ressort du sentiment de nos analystes que les entreprises commencent à manifester un intérêt pour les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. En effet, la proportion d’analystes indiquant que la plupart de leurs entreprises prennent au sérieux ces critères est ainsi passée de 42 % en 2017 à 59 % en 2018 (Graphique 1).

L’enquête révèle également que le pourcentage d’analystes dont la majorité des entreprises ont accru leurs efforts en matière d’ESG a augmenté de 13% à 30%. Qui plus est, cette augmentation est
entièrement due aux entreprises qui, auparavant, ne se préoccupaient en aucun cas des critères ESG. En d’autres termes, cela prouve bien que de plus en plus d’entreprises prennent les enjeux ESG au sérieux.

Graphique1 : Les entreprises prennent les enjeux ESG au sérieux

Fermement à l‘ordre du jour au Japon, mais la Chine déçoit

Au niveau des régions, le Japon se distingue. L’une des « trois flèches » du Premier ministre Shinzo Abe porte sur des réformes structurelles, comme notamment celle de la refonte de la gouvernance d’entreprise. Et cela porte ses fruits sur le terrain; 80% de nos analystes constatent que les problématiques ESG se voient accorder une importance grandissante, contre 60% en 2017 (Graphique 2). L’Asie-Pacifique hors Japon, l’Europe et les États-Unis mettent tous en évidence de grandes améliorations. En revanche, la Chine et les pays d’EMEA/Amérique latine accusent du retard.

Graphique 2: Des notes ESG bien plus élevées dans la plupart des régions

Enjeux ESG: les plus grandes améliorations reviennent aux secteurs de l’énergie, de la finance et de la santé

Au niveau sectoriel, on a pu observer de profonds changements de priorité, en particulier au sein des secteurs de l’énergie, de la finance et de la santé (Graphique 3). Dans l’énergie, la promotion des véhicules électriques incite les entreprises à se demander comment elles peuvent conserver leur utilité et leur valeur dans un monde plus propre. Huit grands producteurs d’énergie, dont Shell, BP et Total, se sont également engagés à éliminer le méthane des chaînes d’approvisionnement en gaz naturel. Du point de vue du réchauffement climatique, le méthane est 30 fois plus puissant que le dioxyde de carbone sur 100 ans.1

Les sociétés financières facilitent la majeure partie des investissements dans les dispositifs liés aux critères ESG en fournissant des milliards de dollars en financement. JP Morgan Chase va fournir 200 milliards de dollars en financement dit propre d’ici 2025 et HSBC a consacré 100 milliards de dollars pour les clients oeuvrant en faveur de la transition vers une économie à faibles émissions de carbone.2, 3

Le secteur de la santé prend également des mesures en réponse à une mauvaise publicité en matière de corruption. Un certain nombre de groupes pharmaceutiques ont récemment fait l’objet d’accusations au sujet de leurs programmes d’incitation à la vente, de sorte que de nombreuses entreprises renforcent leurs procédures de conformité, notamment en réduisant les rémunérations variables des forces de vente et en imposant des exigences plus strictes aux nouvelles tierces parties.

Graphique 3: Améliorations notables dans les secteurs de l’énergie, de la finance et de la santé

L’environnement, un critère prédominant

Selon les réponses de nos analystes, la réglementation environnementale est le facteur ESG le plus important (Graphique 4). 25 % des analystes pensent que la réglementation environnementale constitue la plus grande préoccupation des entreprises, ce chiffre atteignant 34 % en Chine. La lutte contre la corruption et la cybersécurité/la protection des données apparaissent également comme étant une des problématiques clés.

Graphique 4: Les réglementations environnementales tiennent nos analystes occupés

Les réglementations environnementales

Au cours des dernières années, les réglementations environnementales ont été l’un des principaux moteurs des performances des actions et des obligations d’entreprises dans de nombreux secteurs. Le secteur des services collectifs est l’un des plus concerné. Les décisions des gouvernements d’abandonner progressivement le charbon ont conduit de nombreuses entreprises à détenir des actifs irrécupérables. Certaines entreprises, telles que RWE et EON, ont réagi en procédant à des restructurations. Mais, ces mêmes décisions ont également créé des occasions d’investir dans des projets écologiques ou de participer à leur financement. Nous nous attendons à ce que la réglementation environnementale continue de devenir plus rigoureuse, d’autant plus que tous les pays – à l’exception des États-Unis – ont signé l’accord de Paris sur le climat et que la Chine, en particulier, témoigne d’un rôle d’impulsion et d’une intention de dominer l’énergie verte.

La lutte contre la corruption

Au cours des dernières années, les pays ont de plus en plus témoigné de leur volonté de lutter contre la corruption, d’augmenter les amendes pour mauvais comportement et d’aller au-delà de ces seules amendes. Dans certains cas, les pays interdisent aux entreprises de répondre à des appels d’offres, à l’image notamment de l’Inde qui a mis à l’index Leonardo, le groupe italien de défense pesant 5 milliards d’euros en bourse. Dans d’autres cas, les incidents ont un effet à long terme plus positif en exerçant des pressions sur les conseils d’administration des entreprises pour qu’ils renforcent l’équilibre des pouvoirs, améliorent la transparence et mettent même sur pied une nouvelle direction ayant pour mandat de « faire le ménage ». Pour les investisseurs, il est crucial de comprendre la nature des faits de corruption, les conséquences probables et si l’incident est exceptionnel ou s’il est le symptôme d’un problème plus profond.

La cybersécurité et la protection des données

Les assureurs du Lloyds of London estiment qu’une nouvelle cyberattaque mondiale contre un système d’exploitation informatique utilisé par un grand nombre de pays pourrait entraîner des pertes économiques pouvant atteindre 53 milliards de dollars.4 Pour les institutions financières et les bourses qui gèrent d’importants volumes de données confidentielles relatives à leurs clients et à leurs transactions financières, la cybersécurité et la protection des données constituent une grande part de leurs coûts. Nos analystes indiquent que les violations de données représentent la source de préoccupation numéro un des bourses et des fournisseurs d’informations. Remédier à ces violations peut coûter des millions de dollars aux entreprises et encore bien plus sur le plan de l’image de marque et de la réputation. Les violations sont certes difficiles à prévoir, mais les investisseurs peuvent néanmoins se prémunir contre les vulnérabilités de la cybersécurité en limitant leur exposition aux sous-secteurs manipulant des données particulièrement sensibles, en recourant à des réseaux de spécialistes afin d’obtenir de meilleures informations et en vérifiant si une entreprise alloue suffisamment de ressources à la sécurité et si elle possède des systèmes de contrôle interne efficaces.

 


1. https://www.bp.com/en/global/corporate/media/press-releases/eight-energy-companies-commit-to-reduce-methane-emissions-within-natural-gas-industry.html
2. https://www.jpmorganchase.com/corporate/Corporate-Responsibility/document/jpmc-cr-sustainability-fact-sheet.pdf
3. http://www.hsbc.com/news-and-insight/media-resources/media-releases/2017/hsbc-to-help-combat-climate-change-with-a-100-billion-boost-for-sustainable-financing
4. https://www.lloyds.com/news-and-risk-insight/press-releases/2017/07/cyber-attack-report