Alors que le monde est confronté à des difficultés croissantes dues à l’aggravation des tensions environnementales, au vieillissement des populations et à l’urbanisation, la relation entre les enjeux ESG et l’investissement dans les infrastructures ne peut que se renforcer. Pour répondre à ces défis, il importe de reconstruire le tissu physique de l’économie mondiale. De nombreux gouvernements se trouvent néanmoins dans des situations budgétaires délicates et les sources traditionnelles de financement comme les prêts bancaires deviennent de plus en plus restreintes. C’est dans ce contexte que les gérants d’actifs ESG ont un rôle à jouer.

Jessica Ground
Responsable mondiale du Stewardship, Schroders

Essentiels à la croissance et à la prospérité

Les projets et les entreprises du secteur des infrastructures sont essentiels à la croissance et à la prospérité des économies, car ils créent des emplois et fournissent des services de base aux collectivités. Une étude de l’Economic Policy Institute estime que pour 100 USD dépensés dans les infrastructures, on observe un gain de production du secteur privé de l’ordre de 17 USD en moyenne à long terme. Certains segments du secteur des infrastructures peuvent également jouer un rôle clé pour bâtir un avenir plus vert et aider à lutter contre le changement climatique, en soutenant des moyens de produire de l’énergie plus économes en énergie et plus respectueux de l’environnement.

Il peut s’agir, par exemple, d’investissements dans le développement de projets d’énergies renouvelables, de transports à faible intensité en carbone, comme des stations de recharge de véhicules électriques, d’appareils de mesure en vue d’une utilisation plus efficace de l’énergie et d’équipements de transports publics réduisant l’empreinte carbone.

Autres défis

Aujourd’hui, près de 2 500 milliards USD sont investis dans les infrastructures chaque année dans le monde, d’après McKinsey. Toutefois, 3 300 milliards USD en moyenne sont nécessaires uniquement pour soutenir les prévisions de taux de croissance1. Malheureusement, les infrastructures ne sont pas toujours financées de manière complète et adéquate par les modes traditionnels de financement bancaire. Par exemple, les évolutions récentes du dispositif de Bâle imposent des exigences de fonds propres plus élevées aux prêts d’infrastructures à long terme ainsi qu’aux financements dont la qualité est inférieure à investment grade. Les banques sont plus réticentes à prêter qu’auparavant, ce qui se traduit par des volumes moins importants et des financements moins attrayants.

Les évolutions récentes du dispositif de Bâle imposent des exigences de fonds propres plus élevées aux prêts d’infrastructures à long terme.

Les gérants d’actifs peuvent chercher à combler cette lacune et offrir à leurs clients un accès aux flux de trésorerie stables à long terme que ces projets d’infrastructures peuvent offrir. Par ailleurs, la longueur de la durée de vie économique et les horizons de dette relativement étendus de ces investissements, auxquels viennent s’ajouter leur approche «buy and hold», soulignent à quel point il est important que ces projets soient gérés de manière durable et dans un cadre de bonne gouvernance à long terme. En outre, ces projets devraient idéalement contribuer à améliorer le profil de durabilité d’une région.

Philosophie ESG

L’ESG est un élément fondamental dont les investisseurs doivent tenir compte dans l’exercice de leurs tâches fiduciaires. Toute entreprise d’infrastructures, quelle que soit sa taille, doit entretenir des relations saines avec ses parties prenantes, afin d’assurer sa prospérité future. Ces relations concernent les collaborateurs, les fournisseurs, les clients, l’environnement, les autorités de réglementation et les collectivités au sein desquelles elles opèrent.

Ces parties prenantes occupent différents degrés d’importance en fonction des activités commerciales spécifiques de l’entreprise. Voilà pourquoi une solide surveillance de ces relations est dans l’intérêt de l’entreprise, de ses investisseurs et de ses fondateurs. L’intégration de l’analyse ESG dans le processus d’investissement permet de dégager de meilleures performances corrigées du risque à long terme.

Différentes approches ESG

Dans cette optique, l’analyse de durabilité peut devenir une composante du processus d’investissement à la fois dans une perspective «bottom-up» et «top-down». Elle peut inclure une série d’exclusions, qui permettent d’identifier les projets d’infrastructures répondant le mieux aux besoins, ainsi que des évaluations quantitatives et qualitatives. En termes d’exclusions, les investissements doivent être sélectionnés en fonction de leur modèle économique ou de leur secteur. Par exemple, des investissements dans des centrales à charbon ou des centrales alimentées en biomasse provenant de sources non durables et des projets d’exploitation de gisements de gaz de schiste doivent déclencher une alerte.

En termes d’évaluation quantitative, sur les quelque 50 micro-critères analysés par Schroders pour chaque investissement réalisé, 13 sont directement liés à des facteurs ESG. Ces critères comprennent par exemple la politique des entreprises en matière de santé et de sécurité, les facteurs de risques et d’impact environnementaux, la qualité des actionnaires, les pratiques de gouvernance et l’horizon d’investissement. La présence de ces facteurs dans notre feuille de notation ESG des investissements signifie qu’ils font partie intégrante de l’évaluation de crédit et qu’ils déterminent en dernier lieu si nous investirons dans un actif donné.

Les investisseurs du secteur des infrastructures doivent discuter des problèmes potentiels qu’ils peuvent rencontrer tout au long du cycle de vie de l’investissement.

Avant de prendre une décision d’investissement, les investisseurs du secteur des infrastructures doivent également discuter des considérations ESG qualitatives auxquelles ils sont confrontés, ainsi que des problèmes potentiels qu’ils peuvent rencontrer tout au long du cycle de vie de l’investissement. Il peut s’agir de thèmes tels que les conséquences du vieillissement de la main-d’oeuvre, l’automatisation du travail et les pressions de plus en plus importantes qui pèsent sur l’utilisation des combustibles fossiles.

Nous pensons que l’analyse ESG, aussi bien quantitative que qualitative, doit faire l’objet d’un suivi tout au long du cycle de vie de l’investissement et que les évolutions doivent être signalées aux investisseurs de manière proactive.

Engagements ESG

Sur le plan des infrastructures, la nature de long terme et illiquide des investissements signifie que l’analyse ESG est primordiale. Pour cette raison, nous estimons que l’intégration ESG représente une composante essentielle du processus d’investissement, en garantissant que les actifs sélectionnés sont de la plus haute qualité possible et qu’ils répondent aux besoins d’investissements à long terme des clients du secteur des infrastructures.

 


Cet article est extrait du Rapport sur l’investissement durable 1Q2019 (télécharger le rapport complet)


 

1. McKinsey Global Institute, «Bridging Global Infrastructure Gaps», juin 2016.