Quels que soient les motifs d'intégration de la durabilité et des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans un portefeuille, cette exposition s’avère nettement plus complexe à gérer à travers plusieurs classes d'actifs qu’au sein d’une même et unique classe d'actifs.

Par Lesley-Ann Morgan, Responsable de la stratégie multi-actifs et Jessica Ground, Responsable mondiale du Stewardship

 

Lesley-Ann Morgan

Alors que les détenteurs d’actifs décidant d’adopter des objectifs de développement durable se multiplient, un certain nombre de décisions importantes doivent être prises au moment de construire un portefeuille multi-actifs conforme aux exigences ESG:

  1. Quelle place accorder aux exigences de durabilité dans la gestion des actifs?
  2. Dans quelle mesure les investisseurs désirent-ils intégrer la durabilité à l’ensemble de leurs actifs?
  3. Quelle forme prendra la mise en oeuvre de cette intégration? Concernera-t-elle uniquement certaines composantes, toutes les composantes et/ou l’allocation des actifs?
  4. Si les exigences de durabilité sont prises en compte au niveau de l’allocation des actifs, comment seront-elles être intégrées?

Peu d’études se sont intéressées à la gestion ESG à travers plusieurs classes d’actifs, au niveau du portefeuille global. S’il existe de nombreuses analyses sur les composantes d’investissement individuelles (principalement les actions), la complexité et les interactions liées à une application à travers différentes classes d’actifs ont été moins souvent explorées. À travers une série d’articles, nous étudierons les enjeux ESG dans le contexte plus large d’un portefeuille «entier».

Définir un spectre de durabilité

Jessica Ground

La manière dont les classes d’actifs sont intégrées dans un cadre ESG diffère considérablement en fonction des détenteurs d’actifs, mais il s’agit toujours d’«investissement ESG». Afin de faciliter la compréhension des différentes approches, nous définissons trois niveaux de mise en oeuvre de la stratégie ESG sur un spectre de durabilité:

  1. Filtrage – Filtrage négatif au-delà des exigences réglementaires.
  2. Intégration – L’analyse ESG est un élément constitutif du processus d’investissement. Elle est systématique et intègre des activités d’engagement et de gérance.
  3. Durabilité – L’analyse ESG constitue une pierre angulaire du processus d’investissement. Le portefeuille qui en résulte a un profil de durabilité solide, axé sur la génération de rendements capables de se maintenir sur le long terme.

Quel que soit le niveau d’engagement ESG recherché par un investisseur, nous considérons que la gestion active (de préférence à la gestion passive) permet une plus grande efficacité, pour diverses raisons1. Les exclusions d’entreprises et de secteurs à grande échelle (à travers la mise en place d’importantes contraintes passives) peuvent modifier substantiellement les caractéristiques d’un portefeuille. Une gestion de fonds active est en mesure d’atténuer ces conséquences non intentionnelles, tout en garantissant le maintien des paramètres de risque et de rendement. De plus, les approches passives ne parviennent pas à identifier et à saisir la capacité des entreprises à relever les défis environnementaux, sociaux et de gouvernance.

L’analyse de nombreux produits ESG passifs/indexés nous a permis de constater que le recours aux exclusions les amène généralement à simplifier de manière excessive des sujets complexes. En outre, ces exclusions sont souvent fondées sur des mesures ESG de tierces parties et mises à mal par un manque de cohérence entre les fournisseurs de données (ou l’absence de preuves de génération d’alpha).

Dans le tableau ci-dessous, nous examinons les trois grands niveaux de mise en oeuvre de l’ESG, les avantages et les inconvénients de chaque approche ainsi que leur impact probable sur un portefeuille d’investissement. On observe que si les approches reposant sur le filtrage sont généralement plus faciles à mettre en oeuvre, elles peuvent se traduire par une augmentation involontaire du risque plutôt que par une amélioration des rendements. Le choix des détenteurs d’actifs en matière de positionnement sur le spectre ESG dépend principalement des six facteurs suivants:

  1. Convictions concernant l’importance de l’investissement durable et l’approche qui répond le mieux à ces convictions
  2. Disponibilité des actifs d’investissement gérés selon une approche ESG
  3. Impact des différentes approches ESG sur l’ensemble du portefeuille
  4. Compétences des gérants actifs dans l’intégration des facteurs ESG au sein de leurs processus
  5. Calendrier d’évaluation d’une stratégie : un détenteur d’actifs ayant un horizon de temps plus long est mieux à même de se préoccuper des questions climatiques, par exemple, tandis qu’un investisseur ayant un horizon de temps plus court est susceptible de privilégier les questions de gouvernance
  6. Coût de la mise en oeuvre d’une stratégie ESG

Comprendre l’impact du positionnement sur le spectre de durabilité (Source: Schroders)
* Exemple: un investisseur peut choisir d’investir dans une société minière s’il estime qu’elle est bien dirigée, qu’elle gère ses parties prenantes avec compétence et qu’elle paie les risques ESG résiduels (p. ex., les coûts de démantèlement ou les prix des matières premières à long terme). Un investisseur peut aussi choisir d’investir dans une «action controversée» concernée par les émissions des moteurs diesel si la direction de l’entreprise gère le scandale des émissions de manière appropriée.


1. «Stratégies indicielles ESG: les points importants à surveiller», Schroders, août 2018 .
4. «Démythifier les filtres négatifs: Implications complètes des exclusions ESG», Schroders, décembre 2017.
5. Source: D’après l’article «From the Stockholder to the Stakeholder» (De l’actionnaire aux parties prenantes), Smith School of Enterprise and the Environment, Université d’Oxford et Arabesque Asset Management, septembre 2014, une entreprise bien gérée améliore son coût du capital de 0,8% à 1,32%, et 88% des études identifient une relation positive entre les entreprises durables et la performance opérationnelle.
6. Les entreprises durables (définies comme celles dont la gestion des parties prenantes est meilleure que la moyenne) ont enregistré, sur un horizon de 10 ans, un retour sur capitaux investis (RCI) plus élevé que l’ensemble des entreprises. Analyse fondée sur l’univers MSCI ACWI à partir des données de Thomson Reuters. Le RCI est classé par rapport aux homologues internationaux du secteur, d’après la classification ICB.