Quels que soient les motifs d'intégration de la durabilité et des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans un portefeuille, cette exposition s’avère nettement plus complexe à gérer à travers plusieurs classes d'actifs qu’au sein d’une même et unique classe d'actifs.

Par Lesley-Ann Morgan, Responsable de la stratégie multi-actifs et Jessica Ground, Responsable mondiale du Stewardship

 

Choix de la mise en oeuvre des exigences de durabilité au sein d’un portefeuille

Une fois défini le degré de durabilité qu’un détenteur d’actifs souhaite incorporer dans un portefeuille, la prochaine étape concerne le choix de sa mise en oeuvre. De nombreux articles ont analysé la gestion des différentes classes d’actifs, notamment les actions et les obligations, en lien avec les considérations ESG.

Laissant de côté une analyse approfondie, nous avons résumé dans le tableau ci-dessous les possibilités de gestion des différentes composantes des classes d’actifs le long du spectre de durabilité.

Possibilités de gestion de différents investissements le long du spectre de durabilité
Source : Schroders

L’influence de la durabilité sur l’allocation d’actifs

Si un détenteur d’actifs estime que les risques associés à la durabilité se manifestent au niveau des titres individuels, ou que les investisseurs peuvent contribuer positivement à un monde plus durable en investissant dans des titres triés sur le volet, l’évaluation de la durabilité fait l’objet d’un processus bottom-up. Dans ce cas, l’allocation d’actifs ne tient pas compte des facteurs de durabilité. Cependant, les risques et les opportunités qu’englobe l’ESG – changement climatique et évolutions démographiques – appartiennent fondamentalement au monde réel. En raison de la nature et de l’incidence possible de ces questions, de nombreux détenteurs d’actifs estiment qu’elles doivent également être intégrées (ou du moins prises en compte) au niveau de l’allocation d’actifs. En considérant par exemple le changement climatique, le simple fait de tenir compte d’un facteur de durabilité au niveau de l’allocation d’actifs (en l’occurrence, le changement climatique) peut avoir une incidence significative sur le profil de rendement/risque d’un portefeuille.

Si un détenteur d’actifs décide de prendre en compte la durabilité au niveau de l’allocation d’actifs, un certain nombre de dilemmes doivent être tranchés. Est-il approprié d’inclure des facteurs éthiques dans l’évaluation des obligations d’État? Faut-il sous-pondérer un émetteur souverain non durable s’il n’existe aucun forum de l’engagement?

Recours aux produits dérivés et budget de durabilité

Dans de nombreux portefeuilles multi-actifs, les produits dérivés sont utilisés à des fins de couverture ou de gestion efficace du portefeuille. Les produits dérivés concernent des indices larges (p. ex., FTSE 100 et S&P500) qui, par nature, sont exposés à toutes les actions de l’indice. Lorsque des produits dérivés sont utilisés dans le cadre d’une stratégie d’investissement ESG, un portefeuille qui avait une exposition limitée ou nulle à des actions affichant de mauvaises performances ESG peut se retrouver exposé à ces titres. Toutefois, l’utilisation de produits dérivés ne se traduit pas par un investissement en capital dans les «mauvaises» actions, et l’investisseur ne détient aucun droit de vote attaché à celles-ci.

Les produits dérivés sont généralement utilisés à court terme afin d’ajuster l’exposition, plutôt que pour engager des capitaux sur une période prolongée. Nous suggérons donc d’exclure les produits dérivés du calcul du budget de durabilité (tout en les autorisant dans les portefeuilles durables, à des fins de couverture ou d’efficacité). Bien entendu, cela ne signifie pas que les produits dérivés doivent être utilisés pour obtenir une exposition explicite à des secteurs ou à des actions qui ne seraient pas souhaitables autrement!

Conclusion

Nous sommes convaincus que les détenteurs d’actifs doivent appliquer les critères ESG à l’ensemble de leurs actifs au lieu de privilégier une mise en oeuvre fragmentaire ciblant des composantes individuelles. Cela exige des décisions concernant le degré de prise en compte des considérations ESG et la manière dont elles doivent être mises en oeuvre. Bien que nous n’ayons pas examiné en détail la mise en oeuvre des approches fondées sur l’ensemble des actifs dans la présente série d’articles, nous avons proposé un spectre de durabilité sur lequel les détenteurs d’actifs peuvent se positionner.

Les détenteurs d’actifs doivent gérer un certain nombre de budgets, y compris les budgets de gouvernance et de risque. Nous estimons utile d’envisager l’adoption d’un budget de durabilité, parallèlement à ces autres budgets, afin que l’équipe dirigeante (conseil d’administration / mandataires) puisse évaluer l’appétit pour la durabilité dans ce contexte concurrentiel.

L’évaluation de l’impact probable et les arbitrages entre les divers budgets requièrent du temps et de nombreux débats, mais nous pensons qu’il est important de définir un positionnement ESG pour l’ensemble du portefeuille d’actifs.