Cet article explique ce qu’est la gestion active ou passive dans l’univers complexe de l’investissement actuel. Les stratégies factorielles devenant de plus en plus courantes, les investisseurs sont aujourd’hui face à de nombreux choix.

En bref

La terminologie utilisée, qui ne distingue pas toujours correctement les différentes stratégies, ne leur facilite pas la tâche. Nous proposons ici un schéma global qui définit des termes comme investissement actif, passif et factoriel afin de vous aider à prendre vos décisions.

L’investissement factoriel devient le troisième pilier de l’investissement, aux côtés des stratégies alpha traditionnelles et des indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière. Si l’on s’intéresse aux éléments de rendement qu’il est possible de contrôler, l’on peut établir une distinction claire et fondée entre ces trois options d’investissement. Il ne s’agit pas d’affirmer que l’une est meilleure que les autres, mais de mieux comprendre les particularités de chacune, de manière à ce que les investisseurs puissent prendre des décisions en toute connaissance de cause.

L’essor de l’investissement indiciel et factoriel a créé une certaine confusion autour du sens exact de ces termes et de la nature de leurs stratégies, active ou passive. Mais cette confusion est-elle finalement si importante? La réponse est oui, car l’investissement factoriel devient aujourd’hui le troisième pilier de l’investissement, aux côtés des stratégies alpha traditionnelles et des indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière. Il rompt avec les éléments fondamentaux de l’investissement, tels que le prix, le risque, le rendement, et pourrait entraîner un changement définitif en matière de gestion des actifs.

L’investissement factoriel rompt avec les éléments fondamentaux de l’investissement, tels que le prix, le risque, le rendement, et pourrait entraîner un changement définitif en matière de gestion des actifs.

La manière dont nous envisageons et utilisons ces piliers modifie radicalement nos perceptions. Ils sont toutefois souvent mal compris, ce qui conduit parfois les investisseurs à les écarter à tort ou à en privilégier uniquement un. Cette méconnaissance limite la flexibilité des investisseurs et leur capacité à améliorer leur expérience d’investissement.

Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une option est meilleure que les autres, mais d’apporter des informations permettant aux investisseurs de choisir la solution qui leur convient le mieux. Les trois piliers de l’investissement – indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière, facteurs et stratégies alpha – présentent chacun des avantages et des inconvénients. Ils jouent un rôle important dans l’écosystème de l’investissement et peuvent tous constituer une option intéressante selon les circonstances. Ce document apportera une explication claire de ce qu’est la gestion active et passive. Il donnera aux investisseurs la possibilité de se concentrer sur les éléments pouvant être contrôlés, de prendre des décisions mieux adaptées et d’améliorer les résultats de leur investissement.

Les différents éléments de rendement

Pour simplifier les choses, l’on peut dire que le rendement dépend de quatre éléments: (1) le rendement du marché (2) le rendement de l’allocation d’actifs (3) le rendement de la gestion active (alpha) et (4) les commissions prélevées. Il importe de déterminer ceux qui peuvent être contrôlés et de comprendre pourquoi certains ne le peuvent pas. Les investisseurs individuels ne peuvent ainsi pas contrôler le rendement du marché: même si nous le souhaitons vivement, nous ne pouvons pas contraindre les Bunds allemands à monter ou à baisser. Ce simple fait nous conduit à considérer le rendement du marché uniquement en fonction des événements qui peuvent se produire et de leur incidence sur le portefeuille. Nous contrôlons en revanche l’allocation d’actifs, la gestion active et les commissions. Nos décisions doivent par conséquent se fonder principalement sur ces éléments.

Ainsi que l’ont expliqué en premier Brinson, Hood et Beebower (1986), l’allocation d’actifs est à l’origine d’une grande part des variations de la performance à long terme. Or, nous pouvons nous appuyer sur des informations accessibles à tous pour décider de l’allocation: le portefeuille de marché.

Le portefeuille de marché est l’ensemble théorique de tous les actifs cotés, pondérés selon leur taille. Il est totalement diversifié et sensible uniquement au risque systématique, qui touche différemment les différents segments. Sur les places boursières liquides, le prix courant est le prix d’équilibre entre acheteurs et vendeurs, qui reflète l’avis des investisseurs. Si par exemple une majorité d’investisseurs estiment que les marchés actions américains sont surévalués, ils vont généralement vendre aux États-Unis pour acheter ailleurs et exercer ainsi des pressions baissières sur les actions américaines. Aussi, bien qu’il soit loin de fournir des données suffisantes, le portefeuille de marché apporte des informations utiles.

Tableau 1 : Les trois piliers de l’investissement
Source : Invesco. Pour illustration uniquement.

Investissement passif

Nous disposons à présent des prémices d’une définition de l’investissement passif. Les décisions ne sont pas prises par les investisseurs individuels, mais par l’ensemble des participants du marché, qui tirent parti de leur puissance d’achat et de vente concurrentielle. De manière implicite ou explicite, la plupart des investisseurs passifs décident que le portefeuille de marché leur convient. Parce que le rendement de marché leur suffit à remplir leurs objectifs ou qu’ils ne veulent pas prendre le risque de sous-performer le marché. Ils choisissent dans tous les cas d’accepter ce que leur impose le marché.

Accepter l’allocation d’actifs définie par le marché

Si l’on reprend les trois éléments de rendements que l’on peut contrôler – allocation d’actifs, gestion active et commissions – l’on voit que les investisseurs passifs délèguent au marché la définition de l’allocation et n’appliquent pas une gestion active. Que leur reste-t-il donc? Les commissions. Les commissions sont le seul élément que peuvent contrôler les investisseurs passifs, raison pour laquelle leur niveau revêt pour eux une importance particulière. Warren Buffet avait conseillé à sa femme d’investir dans des fonds passifs peu onéreux s’il mourait. Pourquoi l’un des investisseurs actifs les plus accomplis au monde préconiserait-il cette démarche? Même après avoir versé la majorité de sa fortune de multimilliardaire à des œuvres caritatives, sa femme ne risquerait pas de se trouver à court d’argent, sauf si elle prenait de mauvaises décisions. Le rendement de marché apparaît donc suffisant et s’en écarter contribuerait uniquement à accroître les risques.

Cependant, pour quelqu’un ne possédant pas cette immense fortune, il n’est sans doute pas aussi évident d’opter pour l’investissement passif. Un gain supplémentaire obtenu année après année peut permettre de faire la différence entre un fonds de pension qui remplit ses promesses et un produit qui contraint à dire à ses assurés qu’il n’a pas tenu ses engagements. Grâce à l’effet de cumul, les gains en apparence minimes s’additionnent au fil du temps. Une différence de rendement d’1% (de 5 à 6%) sur un investissement de 25 ans se traduit finalement par 33% de richesse en plus. C’est évidemment une évolution à double tranchant et il importe de bien prendre en compte les commissions et de bien contrôler les risques. Les enjeux sont considérables pour la plupart des investisseurs.

Nous pouvons déduire des paragraphes ci-dessus que les investisseurs passifs se concentrent sur les commissions. Des commissions peu élevées ne suffisent toutefois pas à caractériser l’investissement passif. Si l’on s’en tenait à cette définition, détenir une seule action dans un portefeuille équivaudrait à de la gestion passive. Or, elle ne tient compte ni de l’allocation d’actifs, qui influence considérablement les variations de rendement, ni des risques.

Comment dans ces conditions définir correctement l’investissement passif?

Exemple historique: comparaison des stratégies passives en fonction de l’allocation d’actifs

L’allocation a un impact important sur le rendement, qui augmente au fil du temps. De 1990 à 2017, l’indice S&P 500 a enregistré un rendement annualisé de 9,8%, avec un rendement cumulatif de 1270%. Avec l’indice MSCI World, qui propose une exposition mondiale, le rendement total est nettement inférieur: 6,8% pour le rendement annualisé et 529% pour le rendement cumulatif*.

Supposons que vous ayez choisi d’investir dans l’indice Nikkei 225. Rétrospectivement, l’on sait qu’il ne s’agissait pas d’un investissement judicieux, mais fin 1989, le Nikkei dépassait les rendements américains et des autres pays depuis plusieurs années, un peu comme l’ont fait les États-Unis plus récemment. Au cours des 10 années avant 1989, le Nikkei a augmenté de 891 %, dépassant largement le MSCI World (333%) et le S&P 500 (407%) (graphique A). Un investisseur passif qui suivrait le Nikkei 225 depuis cette date serait toutefois profondément déçu car il a perdu 25 % et enregistré un rendement total d’à peine 1 % sur plus de 30 ans (graphique B).

Ces exemples illustrent plusieurs principes d’investissement de base. Premièrement, l’allocation d’actifs est un facteur très important. Un fonds indexé sur le S&P 500 peut être passif par rapport à l’indice, tout en étant actif si l’on prend en compte l’ensemble des opportunités proposées. Il faut aussi garder en mémoire que les performances passées ne garantissent en aucun cas les performances futures et, comme ce fut le cas au Japon, même les tendances de long terme peuvent changer.

* Source : Bloomberg. Il est impossible d’investir directement dans les indices. Rendements exprimés en USD, hors commissions.

La gestion passive suit-elle toujours uniquement un indice?

Il convient de replacer l’investissement passif dans son contexte. Rappelons que le portefeuille de marché représente l’allocation d’actifs de l’ensemble des investisseurs et non simplement un ensemble aléatoire de titres. Cela signifie que si le portefeuille s’écarte du portefeuille de marché, c’est qu’il comprend une composante active, qu’elle soit volontaire ou non.

Par exemple, un fonds dont l’objectif est de suivre l’indice S&P 500 est passif uniquement par rapport à cet indice, qui rassemble les 500 plus grandes valeurs américaines, pondérées en fonction de leur capitalisation boursière. Il ne comprend pas de composante active. C’est le rendement de l’indice qui détermine celui du fonds et l’allocation d’actifs reprend les éléments du S&P et reproduit ses changements de pondération. Ce même investissement n’est toutefois pas considéré comme passif si on le compare à l’ensemble des opportunités mondiales. Il s’avère même très actif dans notre scénario. Les valeurs américaines constituaient par exemple 52% de l’indice MSCI ACWI IMI. Le fonds S&P ne tient donc pas compte de la moitié des opportunités d’investissement mondiales.1

Un investissement conçu pour suivre un indice est passif uniquement par rapport à ce dernier, qui peut lui-même présenter des aspects actifs.

Cet exposé apporte déjà quelques éclaircissements. Tout d’abord, il importe de s’intéresser principalement aux éléments pouvant être contrôlés: l’allocation d’actifs, une gestion passive/active, les commissions. Il faut savoir ensuite replacer la gestion passive et active dans leur contexte précis. Un investissement conçu pour suivre un indice est passif uniquement par rapport à ce dernier, qui peut lui-même présenter des aspects actifs. L’on ne peut identifier les risques et les possibilités de rendement d’un investissement qu’en sachant précisément sur quels points il est actif. C’est en effet de cette façon que les investisseurs pourront déterminer ce qui peut se révéler favorable ou non à l’investissement.

A suivre…

 


Notes
1. Au 29 décembre 2017. Source: MSCI. L’indice MSCI ACWI IMI couvre approximativement 99% de l’univers d’investissement des actions mondiales.

Références
Banz, R. W. (1981): The relationship between return and market value of common stocks.
Brinson, G., Hood, R., Beebower, G. (1986): Determinants of Portfolio Performance.


Ce document est destiné exclusivement aux investisseurs qualifiés suisses. Il n’est pas destiné au grand public et aux investisseurs particuliers et ne doit pas leur être communiqué.
Sauf mention contraire, les articles de la présente publication sont écrits par des professionnels d’Invesco. Les opinions exprimées sont celles de l’auteur ou d’Invesco. Elles sont fonction des conditions actuelles du marché et peuvent changer sans préavis. La présente publication ne fait pas partie d’un prospectus. Le document comprend uniquement des informations générales et ne tient pas compte des objectifs, de la position fiscale ou des besoins financiers d’un investisseur éventuel. Il ne constitue pas non plus une recommandation en faveur d’une stratégie d’investissement. Les opinions et les prévisions sont susceptibles d’être modifiées sans préavis. La valeur des investissements et de tout éventuel revenu peut fluctuer (à la suite notamment d’une possible variation des taux de change) et les investisseurs risquent de ne pas récupérer le montant investi. Invesco Ltd. ou toute autre entreprise membre ne peut en aucun cas garantir un rendement du capital, la perception d’un revenu ou la performance d’un fonds ou d’une stratégie. Les performances passées ne laissent en rien présager des performances futures. Le présent document n’est pas une invitation à souscrire des parts dans un fonds et ne doit pas être considéré comme une offre d’achat ou de vente d’instruments financiers. Comme tous les investissements, ceux exposés dans le présent document comportent des risques.

Important information
Ce document marketing est exclusivement destiné aux investisseurs qualifiés en Suisse et n’est pas pour l’usage des clients non professionnels. Merci de ne pas redistribuer ce document.
Lorsque des personnes ou des entreprises ont exprimé des opinions qui sont basées sur les conditions actuelles du marché, elles peuvent différer de celles d’autres professionnels de l’investissement et sont sujettes à modification sans préavis. Les données sont du 31 mai 2018, sauf mention contraire.
La valeur des investissements et les revenus vont fluctuer, ce qui peut en partie être le résultat des fluctuations de taux de change et les investisseurs peuvent ne pas récupérer le montant total de leurs investissements initiaux. Les performances passées ne sauraient présager des performances futures. Investors considering alternatives should be aware of their unique characteristics and additional risks from the strategies they use. Les investisseurs qui envisagent des alternatives devraient être conscients de leurs caractéristiques uniques et des risques supplémentaires liés aux stratégies qu’ils utilisent.
Bien que nous ayons pris soin de nous assurer que les informations contenues dans ce document sont exactes, nous ne pouvons en aucun cas être tenus responsables des erreurs, omissions ou omissions commises, ni des actions entreprises pour s’y fier. Les informations présentées ici ne contiennent que des informations générales et ne prennent pas en compte les objectifs individuels, la situation fiscale ou les besoins financiers. Il ne s’agit pas d’une offre d’achat, de vente ou de détention d’instruments financiers, ni d’un conseil en investissement, ni d’une recommandation quant à la pertinence d’une stratégie de placement pour un investisseur particulier.
Aucune partie de ce document ne peut être copiée, photocopiée ou dupliquée, sous quelque forme que ce soit, par quelque moyen que ce soit, ni redistribuée sans le consentement écrit préalable d’Invesco.