Nowcasters et vues macro de l’équipe en charge de l'allocation dynamique des stratégies multi-assets d'Unigestion.

Guilhem Savry, Jérôme Teiletche, Jeremy Gatto, Florian Ielpo, Olivier Marciot

Les mois de mai et juin ne sont habituellement pas des mois positifs pour les marchés actions, si l’on en croit le fameux adage «sell in May and go away».

Pourtant, la performance des marchés actions fait clairement mentir le dicton: depuis le début du mois de mai, les marchés actions ont progressé de quelques 2%, emmenés par les actions développées. Au final, depuis le début de l’année l’environnement macro n’a que peu changé: c’est surtout le sentiment des marchés qui dessine actuellement l’évolution du prix des actifs.

Si ce sentiment s’est vraisemblablement amélioré en mai, il nous semble néanmoins que nous sommes en train de connaitre une fin de cycle économique. Si une position tactiquement longue actions nous semble aujourd’hui opportune, nous voyons également à plus long terme le risque d’un tel positionnement croître. A mesure que le cycle prend de la maturité, ce risque ne peut que progresser: c’est à nos yeux un appel à créer de l’asymétrie dans les portefeuilles multi-actifs.

Graphique 1 : Nowcasters de croissance
Source : Bloomberg, Unigestion.

L’environnement économique, s’il n’est pas aussi bon que celui de l’an passé, reste somme toute positif pour le monde de l’investissement. Comme représenté en Graphiques 1 à 3, nos nowcasters de croissance et d’inflation continuent de pointer vers une croissance en-dessus du potentiel ainsi que des risques importants de surprises d’inflation. Ce qui a réellement changé en mai au sein de nos métriques c’est l’abaissement du niveau de notre nowcaster de stress de marché: à la fois les Ted-Spreads, la volatilité et les spreads de crédit ont donné depuis le début du mois des signes d’une reprise de risque marquée dans les marchés. La croissance se maintient donc à un bon niveau, alors que l’inflation continue à faire son chemin: rien de nouveau sous le soleil de ce côté-là des facteurs de marché.

Graphique 2 : Nowcasters d’inflation
Source : Bloomberg, Unigestion.

Ce qui a vraiment changé c’est le «sentiment» des marchés: les deux chocs coup-sur-coup des mois de février et mars ont laissé des cicatrices qui pouvaient sembler profondes. Pourtant, les volatilités implicites ont considérablement et globalement reculé en mai: le VIX est revenu à 13%, niveau que l’on pourrait qualifier de niveau «boucle d’or». Le positionnement global des marchés reste extrêmement favorable aux actifs «de croissance» tels que les actions et le crédit. Si les risques géopolitiques restent présents, les cartes du jeu semblent toutes avoir été abattues et ce risque reflété dans le prix des actifs à ce jour. Enfin, le niveau atteint par les indices actions semble aujourd’hui bien plus attrayant que de par le passé: une occasion tactique pour beaucoup.

Graphique 3 : Nowcasters de stress de marché
Source : Bloomberg, Unigestion.

Pour autant, sans vouloir jouer les Cassandre, les risques continuent lentement à s’empiler. Tout d’abord, la normalisation monétaire poursuit son bonhomme de chemin, et les à-coups que celle-ci pourrait produire restent un ennemi des porteurs d’actions: le simple fait que de nombreux breakevens d’inflation restent au-dessous des cibles d’inflation des banques centrales suffit à entretenir ce risque d’une réévaluation de l’inflation – et le mois de février reste encore dans les mémoires. Ensuite, il n’est pas invraisemblable que le cycle actuel soit extrêmement mature: l’investissement des entreprises semble avoir reculé récemment, les buy-backs ont atteint à nouveau des plus hauts et le secteur des utilities surperforme le reste des marchés actions, alors que les développés se retrouvent devant les émergents.

Tout ceci nous laisse dubitatif: le risque de maintenir une exposition aux marchés actions sur le long terme nous semble de plus en plus important à mesure que l’année passe. Si une surpondération action nous semble aujourd’hui faire sens, c’est pour nous un positionnement tactique. Nous restons extrêmement focalisés sur les risques classiques de fin de cycle et notamment l’inflation qui devra faire son retour au cours de ces prochains mois: notre surpondération actions s’ajoute à une surpondération pour les actifs «réels» (breakevens et matières premières) et un long VIX afin de couvrir le risque volatilité.

 

 

 

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