Le marché chinois de la biotechnologie offre un taux de croissance élevé, un cadre réglementaire favorable et un fort afflux de capitaux. Associé à des avantages structurels tels qu'une vaste population de patients et une énorme quantité de données alimentant leurs outils d'Intelligence Artificielle, il n'est pas étonnant que la pays regorge d'innovations. Cette situation rend la Chine incontournable pour tout investisseur en biotechnologie.

A l’aube d’une percée majeure

La Chine est devenue le marché de médicaments biologiques qui connaît la croissance la plus rapide et qui abrite certaines des entreprises biotechnologiques les plus innovantes. Actuellement, le pays représente le deuxième plus grand marché de médicaments au monde. Il devrait passer de 262,2 milliards de yuans en 2018 à 641 milliards de yuans en 2023 (soit un taux de croissance annuel de 19%).

Avec le plan “Made in China 2025”, le gouvernement vise à accroître la R&D et la NMPA (FDA chinoise) a introduit plusieurs réformes pour accélérer l’approbation des nouveaux médicaments. Preuve du dynamisme chinois, le volume des introductions en bourse et des fusions-acquisitions au premier semestre 2020 a atteint une valeur de 3,9 milliards de dollars. Il dépasse largement les 3,1 milliards de dollars enregistrés pour l’ensemble de l’année 2019.

Une vague de réformes pour stimuler l’innovation

Le gouvernement a présenté 15 réformes dans le cadre du plan “Healthy China 2030” pour prévenir et contrôler les principales maladies en encourageant la R&D dans le secteur stratégique de la biotechnologie. En conséquence, le nombre d’essais cliniques et de dépôts de brevets a explosé ces dernières années. Par exemple, en 2018, le nombre de brevets déposés par les entreprises chinoises était deux fois plus élevé que celui des entreprises américaines.

La NMPA fait pression pour obtenir une expertise nationale

La FDA chinoise (National Medical Products Administration) a amélioré ses pratiques pour moderniser le processus d’essai clinique et accélérer ainsi l’approbation des médicaments innovants. La NMPA a rejoint l’ICH (agissant pour l’harmonisation internationale des essais cliniques) en 2017, poussant les entreprises mondiales à mener leurs essais en Chine. Le nombre de centres médicaux qualifiés pour mener des essais, est passé de 478 à 886 au cours des trois dernières années.

Les sociétés biopharmas locales à la conquête du monde

Les incitations gouvernementales combinées à l’augmentation des flux de capitaux ont entraîné une explosion d’entreprises biotechnologiques locales de haute qualité qui ambitionnent de s’étendre au-delà de la Chine. Nombre d’entre elles lancent des programmes cliniques aux États-Unis, en Europe ou au Japon, soit seules, soit dans le cadre de collaborations stratégiques. Aux Etats-Unis, J&J et Amgen ont signé des partenariats avec respectivement Legend et BeiGene.

Le marché chinois des produits biologiques: Du louveteau au tigre

L’afflux de “Haigui” stimule l’innovation et la croissance

L’innovation et la croissance du marché chinois des produits biologiques favorisent le retour des “Haigui” (expatriés revenant travailler en Chine) hautement qualifiés. Ils ramènent avec eux une expérience et des compétences importantes, obtenues dans les universités et les laboratoires occidentaux. Ils représentent plus de 30% du personnel de R&D biomédicale.

Encourager l’exportation des médicaments plutôt que l’importation

Les fabricants chinois de substances pharmaceutiques actives (API), les ingrédients bruts des médicaments, sont de grands exportateurs. Cependant, les produits finis chinois sont encore peu exportés et sont principalement destinés au marché intérieur. Avec les récents efforts du gouvernement et des entreprises de biotechnologie, la balance penche de plus en plus du côté des exportations. Et grâce à cette politique gouvernementale, la Chine se classe au deuxième rang des pays qui exportent des produits biologiques vers les Etats-Unis (principalement des API).

Cette situation évoluera encore car plus de 85% des producteurs chinois prévoient d’exporter des produits biologiques de qualité BPF (bonnes pratiques de fabrication) vers les marchés occidentaux au cours des cinq prochaines années.

Les introductions en bourse de sociétés biotechnologiques attirent des capitaux étrangers massifs

Depuis 2018, la Bourse de Hong Kong a revu ses règles de cotation, permettant la cotation des sociétés de biotechnologie n’ayant pas encore de revenus et de profits. Par conséquent, d’importants capitaux d’investissement ont afflué dans le secteur. Pour preuve, depuis 2018, 17 sociétés de biotechnologie de Chine continentale ont été cotées à Hong Kong pour un montant total de 5,12 milliards de dollars. Et en 2019, le montant moyen des fonds levés était de 4 à 5 fois supérieur à la moyenne américaine, la plus importante levée de fonds par la cotation a même dépassé 900 millions de dollars.

Le secteur de l’immuno-oncologie domine en Chine

Dans le plan “Healthy China 2030”, le cancer figure parmi les cinq premières priorités et la seule façon de gérer cette maladie est l’innovation. La Chine compte 55% de tous les patients diagnostiqués dans le monde avec un cancer gastrique, oesophagien ou hépatocellulaire. Fortes de cette population, les entreprises disposent de nombreux patients, ce qui leur permet d’accélérer le processus des essais cliniques.

L’immunothérapie, qui est la pierre angulaire des nouveaux traitements contre le cancer, représente 25% de l’ensemble des essais oncologiques lancés ces deux dernières années.

Un terreau propice au développement de la thérapie cellulaire

Depuis 2017, la Chine est le leader mondial du développement de la thérapie cellulaire CAR-T grâce à une meilleure clarification de la voie réglementaire, à l’amélioration des normes de fabrication et au statut d’examen prioritaire.

Même si 90% de ces études sont encore en phase préclinique ou en phase 1, les programmes réglementaires prioritaires peuvent contribuer à accélérer la progression vers les phases cliniques.

Les acteurs locaux à l’assaut des leaders internationaux

Alors que le marché chinois a connu une vague d’approbation des traitements étrangers, dont les fameux inhibiteurs PD1/ PD-L1, les entreprises locales entrent maintenant sur le marché avec leurs propres atouts. Elles offrent une différenciation convaincante et des prix plus bas grâce à des coûts d’essais cliniques moins élevés, en plus de la supériorité en termes d’efficacité et de sécurité.

Keytruda et Opdivo, développés respectivement par Merck et Bristol-Myers Squibb, ont été les premières immunothérapies étrangères approuvées en Chine, en 2018. Depuis lors, Junshi Pharma, Jiangsu, Innovent et Beigene ont tous reçu une approbation nationale.

Un double modèle d’entreprise avec une vision globale

Les principales sociétés biopharmas chinoises travaillent sur deux marchés parallèles, en développant de nouveaux médicaments qui seront commercialisés au niveau mondial et en octroyant des licences pour des médicaments étrangers destinés à une distribution locale.

Les marques mondiales sous licence pour la distribution locale de médicaments à succès comprennent Revlimid de Bristol, Xgeva d’Amgen et Zejula de GSK.

Une approche évolutive pour les nouveaux médicaments

Le développement des médicaments actuels est encore largement basé sur l’approche “me-too”, s’appuyant sur les succès existants avec une différenciation progressive. Mais ces dernières années, les chercheurs chinois explorent de nouvelles voies thérapeutiques à un rythme comparable à celui de leurs concurrents occidentaux.

La découverte de médicaments basée sur l’IA donne lieu à de nouvelles thérapies telles que les anticorps bispécifiques et les immunothérapies ciblant de nouvelles voies cellulaires.

Une stratégie mondiale ambitieuse

Mettant l’accent sur cette approche mondiale et sur les aspirations “au-delà de la Chine”, la stratégie utilisée repose souvent sur la réalisation d’essais aux États-Unis et sur l’approbation réglementaire de la FDA avant la NMPA.

Par exemple, des études sont menées aux États-Unis sur le zanubrutinib (inhibiteur de BTK), principal produit de BeiGene, dans une série de cancers du sang comme traitement de première ligne. En cas de succès, le zanubrutinib se classerait au deuxième rang sur une opportunité de revenus de 8 milliards de dollars rien qu’aux États-Unis.

Catalyseurs

  • Modernisation des essais cliniques. L’innovation dans les essais cliniques (virtualisation, utilisation de l’AI) s’accélère, soutenant le développement de nouveaux traitements destinés au marché local et mondial.
  • Approbation de la NMPA. Le soutien des autorités réglementaires sous forme d’incitations et d’accélération du processus d’approbation des médicaments pourrait également se traduire par une accélération d’approbations et de nouveaux essais cliniques.
  • Évolution de l’écosystème. Le marché des capitaux évolue encore et soutient la création de grandes entreprises pharmaceutiques multi-produits.

Risques

  • Transparence. Le manque de transparence évidente concernant la conduite des essais, l’intégrité des données et la supervision réglementaire peut empêcher l’adoption sur les marchés internationaux.
  • Conséquences de la pandémie. A cause de la COVID-19, les gouvernements à travers le monde pourraient soutenir davantage la production et l’innovation locales, en particulier dans le domaine biopharmaceutique, ce qui remettrait en cause les efforts d’expansion mondiale des biotechnologies chinoises.