L’équipe Invesco en charge des marchés en développement, dirigée par le directeur des investissements, Justin Leverenz, répond aux questions clés soulevées ces dernières semaines concernant le renforcement des réglementations en Chine et son incidence sur les perspectives de l’équipe pour les actions chinoises.

À retenir

  • La Chine a renforcé ses réglementations. Des durcissements de réglementation se sont multipliés dans tous les secteurs, prenant les investisseurs de court et faisant vaciller la confiance dans les actions chinoises.
  • Des opportunités subsistent. Bien que chagrinés par le repli considérable d’un certain nombre de nos positions en Chine, d’importantes opportunités à ne surtout pas négliger y persistent selon nous pour les investisseurs.
  • Nos perspectives restent optimistes. Nous demeurons convaincus que la Chine s’apprête à potentiellement devenir l’un des grands marchés haussiers de l’histoire humaine.

 

Par quoi les renforcements successifs des réglementations survenus en Chine ces derniers mois ont-ils été motivés? Quelle en est la logique sous-jacente?

INVESCO - Justin Leverenz
Justin Leverenz

Des durcissements de réglementation se sont multipliés dans tous les secteurs, prenant les investisseurs de court et faisant vaciller la confiance dans les actions chinoises, en particulier dans les certificats américains de dépôt (ADR) cotés. Le Nasdaq Golden Dragon China Index (HXC), un indice d’entreprises chinoises cotées aux États-Unis pondéré selon la capitalisation de marché, a cédé près de 29% depuis le début d’année1.

Une réflexion à trois niveaux s’impose selon nous pour pleinement saisir les tenants et les aboutissants de ces interventions chaotiques:

Premièrement, quelles sont leurs implications immédiates? De «quoi» s’agit-il et quelle est la visée des nouvelles réglementations imposées? Quelles sont leurs implications pour la croissance des entreprises, leurs parts de marché et leur rentabilité?

Deuxièmement, quels sont les objectifs politiques généraux qui sous-tendent ces changements de réglementation, autrement dit, quel est le «pourquoi» de ces mesures?

Troisièmement, a-t-on affaire à des changements existentiels de ligne politique? Un changement fondamental de comportement s’est-il produit ou s’agit-il plutôt d’un changement existentiel dans l’économie politique chinoise? Qu’est-ce qui a motivé ce changement? Les deux derniers niveaux de réflexion vont au-delà des implications immédiates, et visent à mieux comprendre ce que les décideurs politiques tentent de mettre en place en réponse à diverses tensions, à l’échelon national comme à l’international.

La réflexion de la communauté des investisseurs nous paraît aujourd’hui largement centrée sur les implications immédiates, certes importantes afin de comprendre les incidences à court terme sur les résultats. Toutefois, dans une Chine en pleine évolution, ce niveau de réflexion est peu utile pour déterminer la valeur que recèlent réellement les entreprises.

Les multiples et chaotiques modifications intervenues ont notamment visé les domaines suivants:

  • La réglementation des FinTech a complètement chamboulé la donne dans ce secteur où tout bouge très vite, et les nouvelles mesures ont coïncidé avec l’entrée en bourse manquée d’Ant Group fin 2020. Lesdites mesures ont été conçues pour maîtriser l’endettement systémique (crédits non garantis aux particuliers), harmoniser la réglementation bancaire avec les plateformes techniques, et réduire l’aléa moral (avec le modèle de titrisation d’Ant).
  • La réglementation anti-monopole s’est penchée sur la concurrence monopolistique et la protection du consommateur, avec une attention particulière pour les plateformes internet dominantes.
  • La réglementation de la sécurité des données.
  • La réglementation de protection des travailleurs à la demande (livraison alimentaire, e-commerce).
  • La réglementation des services privés liés à l’enseignement a purement et simplement interdit la majeure partie des activités de soutien scolaire primaire et secondaire, conduisant à la quasi disparition de ce secteur jusque-là florissant.
  • Les restrictions de contenu dans le divertissement ainsi que les nouvelles attaques des médias sociaux – et peut-être bientôt des plateformes de partage de vidéos courtes, y compris du rôle des célébrités, influenceurs et leaders d’opinion.

Dans cet environnement de renforcement des réglementations et de changement incessant, il convient de s’interroger sur les implications pour la croissance et la rentabilité des entreprises. Les marchés ont violemment réagi alors que les investisseurs tentaient de comprendre les répercussions les plus directes sur la valorisation des entreprises.

Vient ensuite la question du «pourquoi»

Les motivations qui sous-tendent ces évolutions des politiques menées nous paraissent suffisamment claires. Les forces en jeu sont néanmoins très nuancées et interdépendantes. Examinons-les donc une par une.

Deux aspects clés sont d’emblée assez évidents:

  • Les inégalités en Chine après trois décennies de croissance débridée. Les décideurs politiques chinois – comme bon nombre de leurs homologues – cherchent à rectifier l’asymétrie croissante de la distribution des fruits de la performance, entre le capital et le travail. Leurs objectifs sont clairement mis sur la table. Ils veulent améliorer la mobilité sociale, et renforcer l’égalité des chances grâce à une concurrence loyale et à la réglementation des pratiques monopolistiques.
  • Le développement des marchés de capitaux chinois. Une autre motivation, du moins pour une part des mesures prises, est peut-être le souhait de stimuler le développement des marchés de capitaux chinois, en restreignant les entrées en bourses étrangères et en promouvant Hong Kong en tant que place financière de choix, «avantageuse tout en appartenant à la Chine». Nous reviendrons sur ce point important plus bas.

INVESCO - Sun Mattison
Sun Mattison

Ces différentes motivations sont globalement alignées sur les grands objectifs politiques définis lors du 19e congrès du Parti en 2017, qui a entériné la «pensée de Xi Jinping» caractérisée par la mise en avant du «socialisme à la chinoise». Les trois grands objectifs qui nous paraissent pertinents ici – à savoir l’environnement, l’équité et la géopolitique – ont trait aux externalités négatives associées à la croissance effrénée de la Chine ces dernières décennies. Il va par ailleurs de soi que chacun de ces grands objectifs s’articule comme il se doit avec les objectifs politiques industriels fixés afin de faire face aux défis à relever.

  • Environnement. D’énormes avancées ont été réalisées ces cinq dernières années afin d’améliorer la durabilité environnementale de la Chine. Par exemple, des mesures ont été prises pour réglementer les activités des fournisseurs de l’industrie lourde (sidérurgie, charbon, cimenteries et exploitations minières) de façon à contrôler la production. L’expansion des énergies renouvelables, l’électrification des transports (véhicules et composants électriques) et la distribution d’électricité à très haute tension ont quant à elles été résolument promues. Il s’agit là également de priorités politiques pour l’industrie du futur.
  • Équité. Les décideurs politiques sont confrontés aux frustrations de la société liées à l’équité et à la mobilité sociale, qui comme partout ailleurs remettent la légitimité de l’État en question. Pour améliorer l’égalité des chances, la Chine a mené des initiatives ambitieuses dans le logement, l’éducation, la santé, les régimes de retraite et l’assurance.
  • Géopolitique. Le troisième objectif est la sécurité nationale, dans un monde que la Chine perçoit comme de plus en plus hostile à son développement. Les décideurs politiques s’efforcent de remédier aux dépendances externes perçues. Les trois plus importantes sont, selon nous, les dépendances vis-à-vis du pétrole, des semi-conducteurs et du dollar américain, la devise dominante dans les échanges commerciaux du pays.

Passons maintenant au troisième niveau de réflexion et penchons-nous sur les menaces existentielles perçues

INVESCO - Bhavtosh Vajpayee
Bhavtosh Vajpayee

Nous sommes d’avis que la vision politique de la Chine a connu un changement existentiel ces dernières années. À Beijing, les dirigeants actuels envisagent le monde sous un jour nouveau, par rapport à leurs prédécesseurs de l’après Mao Tsé-toung. L’idée d’un Occident en déroute et voulant contenir le développement de la Chine semble de plus en plus répandue dans le pays. «Occident» signifie ici plus particulièrement les États-Unis, la croyance étant que ces derniers sont fatigués de leurs obligations internationales, après leurs interventions coûteuses au Moyen-Orient et en Asie centrale. L’idée est aussi que la crise financière de 2007, la pandémie de Covid-19 et le coût de ces interventions manquées ont mis au jour de profonds problèmes structurels et culturels en Occident. Essentiellement, ces croyances conduisent à l’idée que les États-Unis se replient à nouveau sur eux-mêmes, laissant un vide géopolitique sur l’échiquier mondial. La croyance existe également que le système libéral élaboré après la Seconde Guerre mondiale est de moins en moins favorable à la montée de la Chine, puisque les États-Unis, ses sponsors, connaissent un certain déclin.

La Chine subodore (peut-être à raison) que les objectifs politiques ultimes de l’Occident sont la maîtrise et la transformation, et que les décideurs politiques occidentaux ne s’accommoderont pas de ce qu’ils considèrent comme un acteur non libéral d’influence mondiale. La Chine doit donc pallier à ses vulnérabilités, qui sont le pétrole, les semi-conducteurs et le dollar américain.

  • Pétrole. La Chine n’est pas un pays riche en ressources naturelles. L’électrification des transports et la transition vers les énergies renouvelables ne répondent par conséquent pas uniquement à des objectifs environnementaux mais visent aussi la sécurité et la souveraineté nationales.
  • Semi-conducteurs. Les semi-conducteurs et les composants technologiques associés sont principalement contrôlés par l’Amérique, et dans une moindre mesure par le Japon. Un point très important de l’agenda chinois est donc d’essayer de parvenir à l’indépendance dans ce domaine.
  • Dollar. La Chine veut rapatrier ses entreprises, principalement à Hong Kong, région administrative spéciale chinoise. Bien que la Chine soit la nation pesant le plus lourd dans les échanges commerciaux mondiaux, le dollar américain n’en reste pas moins la devise de réserve et la plupart des transactions internationales s’effectuent par le biais du dollar. La dominance du dollar et son exploitation potentielle au détriment de la Chine sont perçues comme des menaces pour la sécurité nationale. Ceci alimente le souhait de la Chine de développer un marché de capitaux très liquide, propre à encourager les partenaires commerciaux à adopter le renminbi (RMB) comme devise de transaction.

 

Pour en savoir plus, écoutez notre récente conférence téléphonique.

 


Notes de bas de page

1. Source : Bloomberg L.P., 17 septembre 2021.

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Cet article est publié en Suisse par Invesco Asset Management (Schweiz) AG, Talacker 34, CH-8001 Zurich.