Nowcasters et vues macro de l’équipe en charge de l'allocation dynamique des stratégies multi-assets d'Unigestion.

Guilhem Savry, Jérôme Teiletche, Jeremy Gatto, Florian Ielpo, Olivier Marciot

2018 se devait d’être une année caractérisée par un niveau de stress de marché accru. Le facteur de stress numéro 1 à ce jour est la guerre tarifaire qui fait actuellement rage de par le monde. Si cette guerre semble bel-et-bien bilatérale, opposant États-Unis et reste du monde, elle n’en a pas moins la capacité d’avoir un effet d’entrainement au vu de la division internationale du travail actuelle.

Deux questions sont clés à ce stade: quelle est la probabilité d’une nouvelle escalade? Et quel est l’impact sur les marchés si escalade significative il y a?

En net contraste avec ce début d’année, ces derniers mois ont vu le ton de la Maison Blanche devenir progressivement plus belliqueux. Ce changement reflète l’ascension et la chute de certains conseillers du président américain Donald Trump: des voix les plus pragmatiques et modérées à l’image de Gary Cohn ayant quitté l’administration alors que d’autres plus extrêmes gagnaient en momentum. Face à ce jeu d’intrigues de palais, des contre-feux subsistent:

  • Les tarifs douaniers mis en œuvre commencent à peser sur l’économie américaine : il ne s’agit plus seulement des voix de GM ou de Harley Davidson qui s’élèvent, mais aussi des données d’enquêtes qui accusent le coup.
  • Ces droits de douane visent la base de l’électorat de D. Trump. Leur mise en œuvre va rendre cette guerre commerciale abstraite très réelle pour ses partisans.
  • Les «mid-term elections» approchent, et la plupart des Américains n’appuient pas ces politiques protectionnistes: les sondages récents ne montrent qu’environ seulement 25% des Américains soutenant des tarifs imposants.

En dépit de ces facteurs limitatifs, la psyché belliqueuse du chef d’Etat américain ainsi que de son cabinet ne sont néanmoins pas à sous-estimer.

Nowcaster de stress de marché
Source: Bloomberg, Unigestion

Nous nous sommes livrés à un exercice d’estimation de l’impact potentiel d’une hausse des droits de douane de 10% sur les marchés actions mondiaux. Selon nos calculs, une telle hausse représenterait une perte d’environ 0,23% de PIB réel mondial sur deux ans ainsi qu’une élévation de 0,15% du niveau des prix. Toutes choses égales par ailleurs, la combinaison de ces deux facteurs défavorables devrait conduire à une baisse des actions mondiales d’environ 2%.

Si de plus l’on considère les cas historiques où un choc exogène semblable est intervenu, les marchés ont eu naturellement tendance à y sur- réagir. Nous pensons ici au Smoot-Hawley Tariff Act de 1930 augmentant les droits de douane américains de 20%, mais aussi aux chocs pétroliers de 1979 et 1990. Cette sur-réaction a historiquement conduit à une baisse additionnelle de 7% les prix des actions, soit une perte totale potentielle avoisinant les 9%.

Pour le moment, les principales victimes de ces barrières tarifaires ont été touchées en conséquence, à l’image de l’indice MSCI EM et du secteur automobile en Europe. Néanmoins ces chiffres ne sont là que pour donner un ordre de grandeur à des phénomènes qui sont rares à l’échelle de l’histoire. Notre lecteur se devra de garder à l’esprit qu’une importante incertitude les accompagne.

Avec un arsenal considérable de couvertures contre divers facteurs de risque, nous sommes à l’aise de conserver une surpondération en actions dans notre portefeuille tactique. Si nos nowcasters de croissance (voir graphique plus bas) soulignent pour le moment une décélération du cycle, nous anticipons leur rebond au cours de la seconde partie de l’année, encourageant les investisseurs particuliers et institutionnels à reprendre leurs achats d’actions.

Nowcaster de croissance (gauche) et d’inflation (droite)
Source : Bloomberg, Unigestion