L’an dernier, au deuxième semestre, les Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft ont vu s’évaporer plusieurs centaines de milliards de capitalisation et les diverses pressions qui pèsent sur le secteur ne se sont pas encore atténuées. Malgré un potentiel de croissance qui ne se dément pas.

Par Nima Pouyan, responsable d’Invesco ETF pour la Suisse

 

Les technologies semblent l’une des principales victimes des turbulences qui ont ébranlé le marché l’an passé. Les rendements du secteur resteront volatils en 2019, mais ils devraient être plus contrastés selon les sous-secteurs et les titres. La plupart des valeurs technologiques misent sur la promesse d’une croissance rapide, promesse qui a été tenue jusqu’à présent. Cela risque toutefois de devenir plus difficile au cours des 12 prochains mois, et ce pour quatre raisons: 1) la croissance économique mondiale ralentit, 2) la mondialisation est critiquée et le sera encore davantage vu la montée des nationalismes, 3) le relèvement des taux d’intérêt aux États-Unis et la perspective de leur augmentation dans d’autres pays diminuent la valeur des cash-flows à venir et renforce la volatilité des rendements, 4) les risques réglementaires se multiplient dans certains sous-secteurs, tels que les réseaux sociaux.

Nous estimons néanmoins que les technologies demeurent légèrement surévaluées, même après la correction de l’automne. Selon notre scénario central, auquel nous avons attribué un taux de probabilité de 60%, la croissance du PIB mondial devrait atteindre 3% cette année, tout comme l’inflation. Bien qu’inférieure à celle enregistrée l’an dernier, cette hausse resterait suffisamment élevée pour inciter la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne à durcir encore leur politique monétaire. Cela pourrait entraîner un nouveau recul des titres et un fléchissement de la croissance des résultats. Les marges pourraient également subir des pressions compte tenu de la hausse des coûts du travail dans la plupart des pays développés. Une nouvelle escalade des conflits commerciaux, notamment entre la Chine et les États-Unis perturberait les chaînes d’approvisionnement. Les droits de douane augmenteraient les coûts supportés par les entreprises américaines qui délocalisent leur activité manufacturière en Chine.

Le secteur technologique pourrait se montrer particulièrement fragile si l’économie mondiale entre en récession – avec une probabilité de 25% selon nous- ou en stagflation – avec une probabilité de 5%. Huit des dix plus grandes entreprises se trouvant en fin de cycle, le risque que la croissance de l’économie mondiale reste sous les 2% n’est pas négligeable. Dans ces scénarios, nous prévoyons une sous-performance du secteur des technologies en raison de sa sensibilité au cycle économique.

Le matériel informatique et les semi-conducteurs ont peut-être été lourdement pénalisés au regard de leurs fondamentaux, en raison de l’exacerbation des risques de guerre commerciale et de la réévaluation du potentiel de croissance mondiale.

Une augmentation de la croissance mondiale supérieure à 4% nous paraît moins probable. Nous attribuons une probabilité de 5% à nos scénarios d’«expansion» et de «déflation bénigne». Dans le premier cas, la croissance du PIB mondiale serait supérieure à celle affichée cette année, mais s’accompagnerait d’une accélération du durcissement de la politique monétaire, les banques centrales s’efforçant ainsi de contrôler l’inflation. Alimentés par la hausse des résultats, les rendements du secteur pâtiraient alors du recul des valorisations, la valeur des futurs cash-flows étant révisée pour tenir compte de la hausse des taux d’intérêt. Le scénario le plus favorable au secteur des technologies serait celui d’une «déflation bénigne». Il conduirait en effet au retour des conditions «goldilocks» qui ont permis au secteur de largement surperformer les indices actions internationaux. Les rendements seraient dopés à la fois par une croissance élevée des résultats et la progression des multiples de valorisation, la politique monétaire restant accommodante.

Nous pensons que le secteur parviendra difficilement à surperformer en 2019 si la Réserve fédérale ne marque pas une pause dans son cycle de resserrement des taux. Ajoutons que les pressions réglementaires s’accentuent sur les titres «big tech», pour les questions relatives aux «fake news», aux droits d’auteur, aux taxes et à la concurrence. Le moment est peut-être venu aussi d’oublier un peu les Facebook, Apple, Amazon, Netflix, Google, des entreprises qui présentent des modèles économiques différents et dont le seul point commun est d’avoir enregistré de bons résultats sur le marché haussier. A notre avis, les rendements des sous-secteurs et des différentes valeurs seront plus disparates l’an prochain et le focus devrait privilégier les sous-secteurs dont la valeur a émergé lors des corrections survenues en octobre et novembre passés. Nous estimons que le matériel informatique et les semi-conducteurs ont peut-être été lourdement pénalisés au regard de leurs fondamentaux, en raison de l’exacerbation des risques de guerre commerciale et de la réévaluation du potentiel de croissance mondiale. Les fournisseurs de service Internet et les logiciels devraient en revanche sous-performer car leur cycle arrive à maturité et la croissance de leurs résultats ralentit.

 

Cet article a été publié initialement dans le magazine SPHERE
(N°12 – janvier/mars 2019)