Certains produits alimentaires sont plus controversés que d’autres au regard du développement durable. Malheureusement pour les amateurs de sucreries, le chocolat compte parmi les plus problématiques.

Par Katherine Davidson, Gérante actions internationales

 

On observe depuis quelques années une sensibilisation croissante de la population au bilan carbone de son alimentation. Il ne s’agit pas seulement des «kilomètres alimentaires» associés à la production de denrées dans un pays et à leur transport vers un autre. Il s’agit également de la déforestation qui résulte du défrichage des terres pour la culture et l’élevage, des émissions produites par le bétail, de la culture du fourrage, de la transformation des aliments, du conditionnement, etc.

Le graphique ci-dessous montre le bilan carbone du chocolat par rapport à d’autres produits alimentaires. Le constat est sombre. Le chocolat rivalise avec la viande rouge en termes d’émissions de gaz à effet de serre (GES) par kilo.

Le problème du chocolat est qu’il contient de nombreux ingrédients délicieux mais néfastes pour l’environnement, comme les produits laitiers, le cacao, le sucre, l’huile de palme, etc. De plus, l’impact de la culture du cacao en termes d’utilisation des sols est le principal responsable de l’empreinte écologique désastreuse du chocolat.

Certes, la comparaison avec la viande rouge est un peu sévère : une tablette de chocolat pèse en moyenne moins de 50 grammes alors qu’un steak peut en peser jusqu’à 200, même si les œufs géants qui trônent dans les vitrines des chocolatiers n’en sont probablement pas loin.

Mais dans une optique d’investissement durable, les émissions de gaz à effet de serre ne sont hélas pas le seul problème.

Les pratiques de travail du secteur ne sont pas viables

Le traitement des travailleurs dans la chaîne d’approvisionnement est pour nous l’une des principales préoccupations. La plupart des grandes marques de chocolat appartiennent à de grands groupes basés en Suisse ou aux États-Unis. La distance avec le Ghana ou la Côte d’Ivoire, où vivent les populations qui cultivent le cacao pour leurs fournisseurs, est donc considérable. Le traitement de ces agriculteurs et ouvriers qui travaillent dans les plantations de cacao suscite de nombreuses interrogations. Les grands groupes disposent tous de politiques détaillées régissant les normes de travail chez leurs fournisseurs, mais sont-elles réellement efficaces ou appliquées?

Le travail des enfants dans l’industrie du cacao suscite notamment de vives inquiétudes depuis longtemps. On estime que jusqu’à deux millions d’enfants travailleraient dans les exploitations familiales du secteur. Non seulement les enfants qui travaillent dans ces plantations ne sont pas scolarisés, mais ils accomplissent souvent des tâches dangereuses, comme utiliser des machettes ou pulvériser des pesticides.

Les industriels du chocolat se sont engagés à éliminer le travail des enfants dans leurs chaînes d’approvisionnement depuis 2001, mais n’ont pas respecté les échéances de 2005, 2008 et 2010. Selon certaines estimations, le nombre d’enfants concernés aurait même augmenté. Compte tenu de ce bilan, il n’est pas surprenant que même l’objectif plus modeste fixé cette année, à savoir une réduction de 70%, semble ambitieux.

La complexité des chaînes d’approvisionnement est ici au cœur du problème, d’autant plus que 90% du cacao dans le monde est cultivé par de petits exploitants, dont le nombre s’élève à environ six millions.

Les grands groupes chocolatiers ne sont pas en mesure de remonter jusqu’aux cultivateurs qui produisent leur cacao, et encore moins de déterminer si le travail des enfants a contribué à cette production. Mars ne peut établir la traçabilité de son cacao jusqu’au cultivateur qu’à hauteur d’un quart, Nestlé et Hershey à hauteur de la moitié environ.

Des efforts plus soutenus sont nécessaires pour remonter à la source du cacao et pour inspecter les conditions qui règnent dans les plantations. Cela étant, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire et ce n’est pas une solution en soi. La seule solution durable serait en réalité de s’attaquer à la pauvreté qui est à l’origine du travail des enfants. Parmi les mesures envisageables figurent le versement d’une prime aux agriculteurs, le soutien aux coopératives agricoles et l’accompagnement des exploitants dans la diversification de leurs activités afin de compléter leurs revenus.

Les entreprises commencent à évoluer dans cette direction, mais la plupart n’en sont qu’au stade préliminaire des discussions. Le secteur pèse 100 milliards de dollars par an en termes de chiffre d’affaires, mais il risque de voir sa réputation ternie et de se heurter à la concurrence de nouveaux arrivants plus responsables et plus souples s’il ne se montre pas à la hauteur. En outre, la paupérisation des agriculteurs menace la pérennité de l’approvisionnement. Pour les investisseurs, il s’agit là d’une perspective peu attrayante.

Le commerce équitable est un label, pas une solution

Qu’en est-il des programmes «Fair Trade», ne sont-ils pas censés régler le problème? Malheureusement, la réalité est plus complexe. La demande croissante des consommateurs en faveur de produits éthiques a entraîné une prolifération de programmes différents assortis de normes différentes, ce qui favorise le «Fair Washing» (lavage équitable). Il est par conséquent difficile pour les clients de se fier aux labels, surtout si l’on considère les cas très médiatisés dans lesquels certaines exploitations se sont vu retirer leur certification Commerce équitable à la suite de contrôles surprises. De nombreux grands producteurs et distributeurs de produits alimentaires ont si peu confiance dans les programmes en vigueur qu’ils se sont retirés et ont instauré leurs propres procédures éthiques, ce qui complique encore davantage la situation pour les consommateurs.

En outre, si les programmes de commerce équitable contribuent à lutter contre les problèmes sociaux associés à l’industrie du chocolat, ils ne répondent en rien aux préoccupations environnementales.

Outre l’impact de la culture du cacao, d’autres enjeux existent, comme la traçabilité et l’impact environnemental de certains ingrédients tels que l’huile de palme ou les noisettes. Le rôle de l’huile de palme dans la déforestation est un sujet particulièrement controversé. Et puis il y a le conditionnement… En tant que cadeau ou produit de luxe, le chocolat a tendance à être conditionné de manière excessive. Les œufs de Pâques, par exemple, sont souvent emballés dans du papier d’aluminium, placés dans un moule en plastique puis dans une boîte en carton. Certains contiennent même de petits chocolats emballés individuellement.

Comment les investisseurs (et les consommateurs) peuvent-ils réagir?

Votre envie irrésistible de chocolat a-t-elle succombé à toutes ces critiques? Le fait est que nous sommes nombreux à adorer le chocolat et à rechigner à y renoncer (moi y compris). Les alternatives à faible teneur en lait peuvent présenter une solution. Les consommateurs soucieux du bilan carbone peuvent remplacer le chocolat blanc ou au lait par du chocolat noir. Les petits ruisseaux font les grandes rivières, comme dit le proverbe. Personnellement, ça ne me dérange pas car je préfère le noir de toute façon!

Au Royaume-Uni, la popularité du «Veganuary», qui consiste à adopter un régime vegan en janvier, a incité les entreprises à produire un large éventail de produits alimentaires à base de plantes pour remplacer la viande. C’est en partie pour cette raison qu’une fois janvier écoulé, de nombreux particuliers ont décidé de modifier leur régime alimentaire de façon permanente, non seulement dans un souci de protection des animaux, mais aussi pour des raisons plus générales liées au développement durable.

De nombreux fabricants ont réagi en créant du chocolat vegan, lequel réduit bel et bien l’empreinte carbone, mais la fabrication de chocolat sans cacao n’est pas une option réaliste. Même s’il était possible de produire un substitut synthétique comme pour la viande, cela ferait baisser le prix du cacao et priverait de revenus ces six millions d’agriculteurs au lieu de les libérer de leur servitude.

En termes d’investissement, nous recherchons des entreprises capables de produire une croissance et des performances durables à long terme. L’exemple du chocolat montre à quel point les risques liés au développement durable sont souvent cachés. Cela souligne l’importance de mener des recherches approfondies pour comprendre non seulement les activités d’une entreprise, mais aussi celles de tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement.


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