Les actions étrangères, les crypto-monnaies et (maintenant) l'immobilier sont difficilement “investissables” par la population chinoise. La seule option qui leur reste est le marché boursier local.

Les récentes initiatives politiques du gouvernement chinois, combinées à une richesse accrue des ménages, sont susceptibles de favoriser l’attractivité du marché boursier local chinois. Les flux monétaires provenant d’autres actifs financiers renforceront encore le marché des capitaux et alimenteront la dynamique de croissance.

Ce qui s’est passé

Pendant longtemps, en raison du nombre limité d’options d’investissement disponibles pour les ménages en Chine, l’immobilier était l’actif qui attirait le plus de flux financiers et d’attention. À mesure que la Chine est devenue plus prospère, les investisseurs locaux sont devenus plus sophistiqués. Une proportion plus importante de la richesse des ménages a été investie à l’étranger ou dans des actifs alternatifs tels que les crypto-monnaies. Pourtant, au cours de l’année dernière, une suite complète de réformes visant à réguler des marchés de capitaux trop libres a remanié les priorités en matière d’allocation d’actifs. Les particuliers chinois retirent leurs capitaux du secteur immobilier et des actifs alternatifs spéculatifs. Nous pensons que ces flux pourraient être redirigés sur le marché boursier local.

Impact sur notre scénario d’investissement

Voici les raisons pour lesquelles nous pensons que le marché boursier chinois est bien positionné pour absorber le flot de capitaux en réponse aux nouvelles réglementations.

Réforme de l’impôt foncier

En l’absence de tout impôt sur la propriété, les successions ou les héritages, les actifs immobiliers ont longtemps constitué la majorité de la richesse des ménages, représentant plus des deux tiers de la richesse totale des ménages. Avec un taux d’accession à la propriété de 96% dans les villes, les ménages chinois privilégient la détention de biens immobiliers en raison des valeurs culturelles traditionnelles ancrées dans une société agricole millénaire.

Cependant, à cause d’un coût de la vie inabordable, d’un taux de natalité en baisse et d’un écart de richesse grandissant, les autorités chinoises mettent en place un programme pilote de taxe foncière sur cinq ans dans certaines régions afin de freiner la spéculation immobilière. Bien que la date exacte de mise en œuvre et la plupart des détails restent inconnus, le plan d’impôt foncier a déjà suscité des craintes parmi les investisseurs et les propriétaires immobiliers, car il devrait être prélevé sur tous les types de biens immobiliers, y compris les propriétés résidentielles et non résidentielles.

Interdiction des crypto-monnaies

La Chine était autrefois la plaque tournante mondiale de l’extraction de bitcoin, avec une part de 75 % de l’extraction mondiale de bitcoin. Cependant, cette année, le gouvernement chinois a émis une interdiction globale du minage et des transactions de crypto-monnaies, réduisant de fait cette part à zéro.

Trois raisons peuvent expliquer la décision du gouvernement. Tout d’abord, l’extraction de crypto-monnaies est extrêmement gourmande en énergie. Au niveau mondial, elle consomme 0,55% de la production mondiale d’électricité, soit l’équivalent de la consommation énergétique d’un pays comme la Malaisie ou la Suède. Pour un pays qui dépend fortement de l’énergie produite par le charbon, la consommation d’énergie liée à l’extraction de crypto-monnaies peut être directement liée aux problèmes environnementaux. Deuxièmement, l’interdiction des cryptos peut être considérée comme une initiative visant à « dégager la voie » pour le futur Yuan numérique (dont les débuts sont prévus lors des Jeux olympiques d’hiver de l’année prochaine). Enfin, la Chine a intensifié la répression des crypto-monnaies en raison de leur nature spéculative et des activités potentiellement illégales qui y sont liées, comme le blanchiment d’argent, la collecte illégale de fonds et le transfert d’argent hors du pays.

Panique sur les produits de gestion de patrimoine

Un produit de gestion de patrimoine (PGP) est un produit financier commun non assuré vendu par des institutions financières chinoises, notamment des banques, des gestionnaires d’actifs ou d’autres institutions financières. Ils offrent généralement aux investisseurs un rendement prédéfini supérieur au taux de dépôt courant. Cependant, l’une des différences les plus importantes entre les PGP et les produits de dépôt bancaire sans risque est que les PGP sont généralement basés sur le prêt d’argent à des entreprises plus risquées telles que des promoteurs immobiliers, dans le but de récompenser les investisseurs avec un rendement plus élevé.

L’histoire des renflouements a donné aux investisseurs la fausse impression que les PGP sont implicitement garantis par les banques émettrices. Mais les paiements d’intérêts manqués récemment par des promoteurs chinois géants (par exemple, plus de 6 milliards de dollars pour Evergrande et 2 milliards de dollars pour Kaisa Group) ont fait fuir les investisseurs, laissant les PGP comme l’option d’investissement la moins favorable pour les investisseurs à la recherche de rendements plus élevés.

La Chine déclare que l’investissement sur les marchés boursiers étrangers est une activité illégale

En octobre, la banque centrale chinoise (PBOC) a averti que l’investissement sur les marchés boursiers étrangers par l’intermédiaire de sociétés de courtage non autorisées en Chine (c’est-à-dire ne disposant que de licences étrangères) est illégal, même si elles servent des clients chinois par le biais d’Internet. Bien que le gouvernement chinois n’ait pas encore déterminé quelles pénalités et restrictions s’appliqueront, les investisseurs chinois ont clairement compris qu’ils s’exposent à des risques réglementaires futurs s’ils investissent à l’étranger. Par conséquent, investir par l’intermédiaire de ces courtiers en ligne non agréés constitue désormais une « zone grise » qui décourage tout nouvel investissement.

L’ouverture d’une nouvelle bourse

En novembre, la troisième bourse chinoise, la Beijing Stock Exchange (BSE), a été inaugurée. Elle vise à fournir une autre plateforme de financement aux petites et moyennes entreprises (PME) « innovantes ». Le lancement de la BSE est intervenu alors que la porte s’est refermée pour les entreprises technologiques chinoises riches en données pour s’introduire en bourse à l’étranger. Selon nous, cette initiative vise à maintenir les capitaux en Chine continentale et à fournir un pool d’investisseurs dans lequel puiser pour financer les entreprises innovantes en devenir.

Notre point de vue

Nous pensons qu’une voie claire se dessine suite à la rafale de politiques de resserrement. La plupart des mesures de répression historiques étant désormais officialisées, le marché boursier chinois semble devoir en être le principal bénéficiaire. Alors que les investisseurs locaux se retrouvent avec des options d’investissement limitées et la nécessité réelle de réaffecter une partie de leurs capitaux, le marché boursier chinois devrait voir une participation accrue des investisseurs, davantage d’introdution en bourse et, au final, une nouvelle dynamique de croissance.

Le plan d’investissement national de la Chine se concentre sur trois piliers : la santé, les énergies renouvelables et les technologies innovantes. Il ne fait aucun doute que la création de valeur qui en résulte se reflétera sur le marché des actions. Chez AtonRa, nous cherchons à tirer parti de notre expertise et de nos connaissances dans ces trois mêmes domaines pour aider nos investisseurs à profiter de ce raz-de-marée de réaffectation des actifs chinois.