Pour ma seconde interview je dois reconnaître que j’ai choisi la facilité. Connaissant relativement bien le concept d’AtonRâ, il m’a cependant semblé important de refaire le point sur la manière de fonctionner et sur les produits d’un Asset Manager Genevois, un pionnier de l’investissement thématique. Surtout qu’en ce début de mois, la société fondée par Stefano Rodella, lance son premier fonds UCITS après avoir reçu l’approbation de la FINMA.

Interview du CEO d’AtonRâ – Stefano Rodella –  réalisée par Thomas Veillet – Investir.ch

L’Audio de l’interview – écoutez au lieu de lire

L’alignement des étoiles

Lorsque j’ai posé ma première question en demandant benoîtement d’où venait la genèse d’AtonRâ, le fondateur de la société a instantanément utilisé un terme qui donne tout de suite une idée de son positionnement atypique dans le monde de l’investissement. Si aujourd’hui vous lui demandez quel est son concept, Stefano vous dira que son job est de trouver les sociétés pour lesquelles “les étoiles sont alignées”. Comprenez que son travail de recherche fondamentale tente d’identifier les compagnies qui – avant de considérer l’aspect financier – sont parfaitement positionnées afin de profiter d’un potentiel bouleversement technologique.

Si l’on survole rapidement l’histoire de la société, AtonRâ, elle a été fondée en 2004 et fait de la recherche fondamentale depuis – ils se sont toujours concentrés sur les nouvelles technologies et sur tout ce qui est censé changer notre futur. En 2014, sous la houlette d’un client, AtonRâ lance son premier certificat thématique sur le paiement mobile. C’est la bascule d’une société qui faisait de la recherche fondamentale et qui se transforme alors en Asset Manager. On ne fera pas la comparaison de la chenille qui se transforme en papillon, mais la mutation s’est clairement enclenchée en 2014. Les premiers véhicules de gestion utilisés sont ces fameux « AMC » (actively managed certificates) – des produits qui permettent de démarrer plus vite qui sont plus souples et rapides lorsque l’on part de zéro.

Aujourd’hui, AtonRâ Partners gère 8 thématiques différentes :

  • Intelligence Artificielle et Robotique
  • Bionics
  • Biotechnologie
  • Fintech
  • Paiements Mobiles
  • Sécurité et Espace
  • Sustainable Future
  • Healthcare M&A

Après 6 ans de gestion de certificats, il était temps de passer la vitesse supérieure et de passer au fonds d’investissement à proprement dit. Comme on ne change pas une équipe qui gagne, l’idée d’un fonds qui regroupe le meilleur du meilleur a fait son chemin. Dans un but d’offrir un fonds qui permet d’investir dans toutes les thématiques en une seule fois tout en bénéficiant d’une analyse continue et permanente de la part de l’équipe d’AtonRâ – ce qui revient à dire que l’équipe de gestion peut, en tout temps, décider de réduire le nombre de thématiques incorporées dans le fonds. Lors du lancement du fonds qui a eu lieu le 7 juillet, 7 thématiques étaient  sur la ligne de départ – le thème du Healthcare M&A sera mis de côté parce que certaines valeurs feraient « doublon ».

Comme AtonRâ a vocation de développer d’autres pôles de recherche sur de nouveau secteurs révolutionnaires – la société s’autorise à investir entre un minimum de 4 thématiques et un maximum de 10. Au premier jour, les 7 thématiques principales y seront représentées à raison de 25 titres chacune environ. Au fur et mesure de l’évolution de des nouvelles technologies – AtonRâ aura pour objectif d’identifier la fin d’un cycle technologique afin de sortir d’un thème qui deviendrait plus « value » que « croissance ». Car pour ceux qui n’ont pas encore compris, AtonRâ fait de la croissance et uniquement de la croissance.

Une manière atypique de gérer

Lorsque l’on aborde le sujet de la technique de gestion avec Stefano Rodella c’est là où tout devient intéressant – pour ne pas dire « lumineux » – c’est l’approche différente des sociétés que l’on sélectionne car oui, atypique n’est pas toujours à prendre sous l’angle négatif ou douteux. Chez AtonRâ on travaille avec des ingénieurs « métiers » et pas uniquement des analystes financiers. Le fondateur de la société et de la philosophie de gestion s’est toujours appuyé sur des gens qui comprennent le secteur ou simplement la nouvelle technologie que l’on cible, des gens qui viennent du sérail et pas d’ailleurs. Si vous avez encore un doute ; demandez de parler biotechnologie et recherche moléculaire à une personne qui n’a étudié que des bilans et des comptes de pertes et profits et vous aurez un résultat qui vous laissera songeur. Demandez à ingénieur en biochimie de vous expliquer le concept – pour autant que vous parveniez à tout comprendre – et vous aurez un tout autre sentiment qui vous restera. Je le sais, je l’ai fait. Bon, d’accord je n’ai pas TOUT compris, mais j’ai au moins pu saisir deux ou trois concepts dont le premier qui est qu’au-delà de l’aspect des finances, il faut déjà comprendre le principe de base de la technologie dans laquelle on veut investir, avant d’aller y placer les économies de toute une vie.

J’avais déjà compris le principe en 2000 quand on m’expliquait qu’une dot-com pouvait révolutionner le monde et vous faire livrer des petits pois à la maison. J’avais aussi compris le concept lorsqu’en 2018, il suffisait de passer du thé froid en bouteille à la crypto monnaie pour multiplier par quatre le prix de son action, mais comme toujours dans la finance, j’avais oublié – mémoire de poisson rouge un jour, mémoire de poisson rouge toujours. Puis, en rencontrant Stefano Rodella, il me l’a rappelé et en a carrément fait un mode de vie, un mode de gestion. Mode de gestion plutôt convaincant d’ailleurs.

Croissance ou « value » ?

La question qui devait inévitablement tomber a fini par tomber : les titres de croissance n’ont-ils pas fait le principal du chemin qu’ils devaient faire ? Et la réponse restera assez simple : «ils ont probablement fait le chemin qu’ils devaient faire, mais comme on nous a dit la même chose en 2014 en 2018 et aujourd’hui en 2020, on va continuer à faire ce que l’on sait faire : identifier les thématiques de croissance et sélectionner ce qu’il y a de meilleurs dans ces secteurs » – vous l’aurez compris, AtonRâ ne fait pas dans le « value stocks » – pour être franc, je connais Stefano depuis dix ans et je le vois mal investir dans une Danone ou une Nestlé. Après tout, chacun son métier.

Le comité de gestion d’AtonRâ qui se réunit chaque semaine est donc à l’affût de thématiques et de sociétés qui peuvent générer 3 à 4 fois la croissance du PIB Mondial – 2020 étant hors concours étant donné la situation actuelle. C’est un comité où chacun peut parler librement – que ce soit les financiers ou les ingénieurs « métiers », chez eux on ne croit pas au gérant star et tout le monde apporte sa pierre à l’édifice, à voir les performances et la croissance de la société elle-même, on n’ose même pas demander si cela fonctionne, la réponse est évidente.

En passant ces quelques heures avec le patron d’AtonRâ, j’ai bien compris que la compétence et la recherche approfondie était la clé de voute de la réussite. La jeune société genevoise est déjà en train de travailler sur sa nouvelle thématique, mais impossible d’avoir le moindre indice sur ce qu’elle sera, il semblerait que le succès des précédents thèmes ont encouragé un peu trop de monde dans le monde merveilleux de la finance à faire du « copié/collé ». En tous les cas la passion et un positivisme affiché sur la croissance des nouvelles technologies ne donne qu’une seule envie ; participer à un bout de l’aventure. Durant cette interview, j’ai demandé à Stefano si un retour en arrière de la technologie était possible, la réponse a été immédiate. « Lorsque la roue a été inventée, il y a sûrement des gens qui pensaient que ça n’avait pas d’avenir et pourtant. La technologie avance, c’est les gens qui sont hésitants et c’est eux qui doivent être convaincus » – en éteignant mon enregistreur, j’étais encore un peu plus convaincu qu’avant. Et il faut reconnaître que si le CEO d’AtonRa est un financier et pas un ingénieur, il a pris le soin de comprendre ce qu’il fait et d’être capable d’expliquer en détail pourquoi il investit dans telle ou telle société, que ce soit de la biotechnologie ou de l’intelligence artificielle. Je pensais que je ne dormais pas beaucoup, mais je le soupçonne de passer ses nuits à lire pour emmagasiner tout ce qu’il y a d’emmagasinable pour sa prochaine thématique – thématique de croissance qui devrait rejoindre les 7 autres qui l’attendront déjà dans « The AtonRâ Fund » qui promet un « voyage dans le futur » – un futur qui semble très encourageant. Pour une fois.

Thomas Veillet

Investir.ch

Retrouvez-les sur www.atonra.ch